II.'* Ils ne liront aucun livre sans en avoir ob
^58 — tenu la permissron de M. l'Aumônier ou des Dames qui les visitent et les instruisent..
Exercices de piété qtd doivent se faire tous les
jours à la prison.
Tous les matins on récite dans la chapelle la prière , suivie de la lecture de la vie du Saint.
A deux heures instructions suivie du chapelet et d'une courte réflexion sur le sujet de rinstruction, ou sur une des grandes vérités de notre sainte Religion.
Tous les soirs la prière à la chapelle.
Nota. On fera le catéchisme aux prisonniers ou après la prière dum£|,tin, ou après celle du soir, vivant la commodité des personnes chargées de ce soin..
SUR LA VIE BT l'oPUSCULE
He m."' styiiITE de KERSABIëC.
La-prospérite ne distribue pas tous les honneurs ; l'infortune , surtgut Jorsqu'elle a frappé une illustre victime , a aussi ses grandeurs et ses pompes; au milieu de la cour triste et grave que lui font un petit nombre d'amis fidèles , elle n'emprpxite , il est vrai , aucun éclat à la metgnificence des palais , au luxe des parures , à la foule des adulateurs et à tout cet appareil par lequel Phumaine faiblesse cherche à se rehausser ; sa majesté toutefois , pour être plus dénuée , n'en est pas moins imposante avec le seul cortège de ses malheurs et de s;^ résignation , de ses désolations et de son courage j $i elle manque de ce qui éblouit les yeux, elle possède ce qui émeut les cœurs: elle n'a pas besoin^ pour être inspectée , des règles arbitraires , d'un^ ,i:pii:f utiqusc étiquette; les grandes et immuables lois de la nature lui en tiennent lieu; ce sont elles qui déterminent et commandent, par un sentiment irrésistible d'attendrissement et de respect , les honimages qui lui sont dus.
Je ne suis pas étonpé qu'avdc ces charmes simples et sévères die ait dç quoi provoquer l'aniibi'tion des âmes généreuses, et qu'il se trouve des
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personnes qui , dédaignant les palais des heureux, vont chercher la faveur à une autre cour , à celle du malheur. M."' Stylite de Kersabiec paraît avoir toujours éprouvé ce noble penchant. Ce n'est pas à Nantes, dans la maison de M."* Duguîny, auprès d'une illustre princesse, qu'elle a fait le premier essai dans le grand art de la consolation des affligés; cette cheminée, où elle a été enfin découverte avec la mère de Henri , n'est pas le premier asile de l'adversité où elle se soit volontairement enfetmée; elle avait déjà séché d'autres larmes , consolé d'autres douleurs, partagé d'autres disgrâcesr, avant d'être adtnîse à cette place d'honneur auprès de l'héroïque Caroline , avant d'être appelée à prêter l'appui dé son âme forte et religieuse pour soutenir le poids de cette royale infortune.
Mais cette circonstance solennelle était nécessaire pour trahir le secret de ses charités , et révéler à toute la France , à toute l'Europe cette fiUe généreuse; sans cela l'on aurait peut-être à jamais ignoré ce haut caractère , cette vive piété , cette tendre compassion , ce zèle , ce courage d'une bienfaisance toute chrétienne : l'amitié elle-même n'aurait peut-être pas osé sans motif divulguer ce qu'elle avait vu ; elle se serait fait une loi de ne pas faire connaître à d'autres les œuvres pieuses que M."' de Kersabiec semblait vouloir se cacher à ellemême , et qu'elle ensevelissait avec tant de modestie et d'humilité dans l'obscurité des prisons : il a fallu qu'elle fiit surprise dans une occasion si éclatante ; il a fallu que la gloire de la très-illustre prison-
nière rejaillît Hiatgré elle sur sa modeste et courageuse compagne , et que la même trahison qui a livré la princesse à ses ennemis déchirât en quelque 3Qrte le voile qui couvrait cette belle vie.
Nous ne connaissons point l'enfance de M*"* de Kersabiec: mais nous en savons pissez sur les années de sa jeunesse qu'elle a passées à Mende , où son père était alors colcmel de recrutement, pour pouvoir conjecturer par quelles vertus elle a dû se prépBrer à la tendre charité dont elle a donné le spectacle dans cette ville. C'est là qu'on l'a vue , non légère et empressée dans les fêtes du monde , mais gi^ave et assidue dans les prisons ; c'est là qu'on l'a vue ^ non briller ^ comme elle l'aurait pu , par ses grâces et son esprit , mais fuyant l'éclat et gardant pour un plus noble usage les dons que la nature lui avait prodigués , les employer tous^ pour soulager et rendre meilleurs les malheureux que la justice humaine entasse dans les cachots -^ on ne parlait pas de son enjouement, de ses saillies , de Télégamee de sa parure , de ses succès dans le monde; mais les prisonniers savaient avec quelle noblesse de maintien cet ange de Dieu apparaissait dans leurs sombres réduits , avec quelle adresse elle sïnsiouait dans les cœurs les plus farouches et les plus prévenus , avec quelle tendresse elle consolait , avec quelle force elle reprenait ^ avec quelle éloquence elle persuadait , avec quelle puissance elle subjugait et convertissait.
Elle ne passa que peu d'années à Mende , et dans ce court espace de temps les prisons changèrent
de face : ce n'était pas^ le triste séjour où l'on voit le crime sous toutes ses formes aussi diverses que hideuses , la haine avec toutes ses fureurs , la crainte avec ses inquisitions et son désespoir , la justice avec ses défiances et ses rigueurs : le repentir , la résignation , la religion y habitaient , et , sous leurs douces et pacifiques influences , à la grande misère des eaehats avaient succédé les vertus heureuses d'une communauté bien réglée. Une autorité non moins forte , mais plus humaine que celle des geôliers, y maintenait l'ordre ; c'était une jeune fille , qui , après avoir en quelque sorte déchargé lies prisonniers de leurs fers , les tenait tous par les chaînes plus fortes de la vénération , de la reconnaissance et de la charité. Elle avait trouvé dans une bienveillance sincère tempérée par une sage fermeté , dansTalliance de la tendresse la plus vive et d'une noble réserve, le grand secret de gagner l'affection et de commander le respect. Aussi a-t-On remarqué plus d'une fois que les caractères les plus intraitables , les plus indomptables même à la sévère discipline des prisons , cédaient à l'irrésistible ascendant de M."*d^Kersabiec , et les pieuses coopératrices qui l'ont accompagnée dans ces pénibles exercices avouent qu'elles ont vu plus d'une fois son zèle triompher des obstacles contre lesquels elles avaient échoué, et conquérir à la vertu des malheureux dont elles avaient dfeespéré. Déjà même les fruits de sa religieuse activité n'étaient plus renfermés dans les prisons ; les prisonniers qui en sortaient portaient avec eux dans toutes les par*
ties du département de la Lozère le témoignage pu^ blic de l'utilité de se3 travaux parmi eux: au lieu qu'auparavant dans les campagnes on n'apprenait qu'avec ei&oi le retour de ces malfaiteurs que la prison trop souvent corrompt et exaspère plutôt qu'elle ne les corrige , et qui semblent n'y avoir attendu la fin de leurs peines que pour recommencer leurs scélératesses. On était étonné de voir que cette terrible école du crime (dt devenue une école de vertu : les mêmes hommes qui avaient scandalisé par leurs désordres et qui avaient enfin Bgiérité d'être atteints par la main de la justice , changés par la pieuse adresse de cette fille miséricordieuse , revenaient non-seulement tranquilles et inofiensifs , mais édifians et exemplaires.
Pour obtenir de si merveilleux résultats , où trouvait-elle ses ressources ? où puisait-elle son dévouement? était-ce dans la passion ambitieuse d'une vaine réputation de bienfaisance ? L'ambition ne va pas avec des travaux si modestes , si tranquilles , si soigneusement cachés. Quel ambitieux s'est jamais avisé d'aller chercher la gloire dans les ténèbres des cachots et l'honneur auprès de ceux qui l'ont perdu? Nous voyons bien nos orgueilleux philanthropes parcourir la France en poste , visiter rapidement toutes les prisons , en mesurer les cachots , en compter les prisonniers , les évaluer par rapport à la population des départemens ; mais ces charlatans d'humanité ne portent qu'un son de toutes les trompettes delà renommée, et à leur retour les journaux nous étalent tous les fruits de leur bienfaisance
dans- quelques calculs statistiques et dans de belles phrases, où, à force de compassion pour les détenus, ils laissent douter s'ils sont plus occupés de nous intéresser à leur sort ou d'accuser la justice qui en venge la société , d'excuser le crime ou de rendre le châtiment odieux. M."* de Rersabiec était bien différente de ces hommes , qui paraissent dans les prisons moins comme des bienfaiteurs que comme des curieux , et qui se contentant d'en examiner , A d'en analyser froidement la misère au lieu de la soulager , laissent à d'autres le soin de la.bien&isance, et semblent vouloir en accaparer pour eux toute la gloire.
Ce n'est pas à la philanthropie qu'appar tient ^ la gloire d'avoir formé cette vraie amie des prisonniers ; la Religion la réclame ; c'est dans la Religion seule , M.*^* de Kâ:sabiec le déclare elle-même , c'est . dans la Religion seule qu'elle a trouvé et que l'on peut trouver le courage et la constance que demande l'œuvre si rebutante des prisons^; ce fut la Religion qui lui montra , ce sont ses magnifiques paroles , le nom de Dieu ficrit sur le front de chcteun.des prisonniers; à l'éclat de cette céleste empreinte, Ifhorreur des cachots disparut à ses yeux j le crime même perdit en quelque sorte tout ce qu'il a de repoussant pour une âme vertueuse; elle ne vit dans l'homme flétri par la justice et le mépris de ses semblables que l'objet de la miséricorde d'un Dieu de charité; ses pensées s'agrandirent; sa générosité naturelle s'enflamma ; son cceur s'attacha à ces malheureux avec toute l'exaltation d'un dévouement chrétien.
Mais qui pourrait bien décrire les sentimens sublimes qui l'animèrent et la soutinrent dans cette religieuse entreprise ? Il faut l'entendre elle-même parler de Texcellence de l'œuvre des prisons , dire la quantité des personnes qui s'y consacrent , tracer les règles par lesquelles elles doivent diriger leur zèle ^ déterminer l'ordre et le nombre des exercices auxquels elles soumettront peu à peu les prisonniers. On ne sait ce qu'on doit y admirer le plus , de l'élévation des pensées ou de la simplicité et de la délicatesse du style , de l'étendue des vues ou de la méthode avec laquelle tout est distribué , de la* force de caractère ou de la tendresse de cœur et de l'onction de la piété qui assaisonnent tout. Sous sa plume les choses les plus petites s'ennoblissent , les plus pénibles paraissent faciles , les plus rebutantes ont de l'attrait. A la lecture on reconnaît aussitôt qu'un esprit riche et orpé ne suffit pas pour écrire ainsi; il faut que le cœur soit de la partie; c'est l'effusion d'un cœur plein de la charité évangélique* pieuse et généreuse Kersabiec! vous voilà donc 9 après avoir si long-temps et si assidûment visité les prisonniers , à votre tour prisonnière ! Avez-vous donc flétri tant de vertus par quelque ^ crime , ou bien les temps où nous vivons sont-ils si malheureux qu^'on doive désormais s'attendre à ne plus rencontrer la vertu que dans les prisons ? Qui pourra croire que celle qui ne s'était jusque-là fait connaître que par sa bienfaisance , ait pu un instant nourrir un projet dangereux , je ne dirai pas pour l'état 9 mais même pour un seul particulier ! Quel est
celui qui vous aura connue , et qui pourra vous supposer volontairement coupable , ou même imprudemment complice ? Une entreprise ^ quelle qu'elle soit , à laquelle vous aurez pu consentir que votre nom fût associé , ne paraltra-t~elle pas à tous , par cela seul et d'avance , juste et louable ?
O courageuse amie des prisonniers! nous ne craignons pa& que ces prisons , où vous avez volontairement passe les plus belles années de votre vie , puissent abattre votre grande âme ; cette Religion qui vous a fourni tant de consolations pour les autres n'en manquera pas pour vous ; ce Dieu que vous avez si souvent visité dans ses membres souffrans vous visitera à son tour j cette privation momentanée de votre liberté vous paraîtra elle-^ême une belle récompense du pieux usage que vous en aviez fait. Aussi n'est-ce point pour vous fortifie^ , ou pour prévenir vos juges , que nous cherchons à vous rappeler à vous-même et à vous faire connaître aux autres ; vous n'avez besoin , nous le savons , ni des encouragemens de vos amis , ni de l'indulgence de "VOS ennemis. Mais il fallait que la France , il fallait que l'Europe sût quelle était celle dont l'infortune avait si étroitement attaché le nom à celui de l'héroïque mère de Henri ; il fallait que la France , il fallait que TEurope sût quels complices s'était choisis cette illustre conspiratrice ; il fallait qu^on connût bien partout quels sinistres desseins l'on pouvait avoir à redouter de l'intime alliance de Caroline de Berri et de Stylite de Kersabiec ; il fallait enfin que les prisonniers , à qui vous aviez
consacré tant de soins , pussent en tirer plus de profit , et que ce que vous paraissiez n'avoir fait que pour quelques-uns devînt utile à tous.
Au moment où nous traçons ces lignes , nous apprenons que M."" de Rersabiec est séparée de S. A. R. Madame la duchesse de Berri ! En prison , au milieu des prisonniers , et sans pouvoir les secourir I En prison , et loin de Madame ! quels coups ! quels déchireraens de cœur ! Que ce lui soit au moins une consolation , si elle connaît ceci , de penser que , même privée de sa liberté , elle pourra encore n'être pas inutile et à ses chers prisonniers , et à la noble captive , par ce qu'elle a fait autrefois et par ce qu'on raconte encore d'elle.