‹ Réflexions sur la miséricorde de Dieu (volume 2)Chapitre 109 sur 175 · QUATORZIEME REFLEXION · texte numérisé non relu

QUATORZIEME REFLEXION

Prier Dieu continuellement qu'il rompe les chaînes qui nous attachent encore aux créatures, et lui demander un renouvellement de ses miséricordes, et la grâce de n'en pas abuser.

■^^^ h ! Seigneur , qui ne vous glorifiez d'être terrible qu'envers l'ingratitude des pécheurs, ne permettez pas que par la mienne je pervertisse les desseins de votre miséricorde sur mon âme, et qu'au lieu de profiter de cette maladie que vous ne m'avez envoyée que comme un coup de fouet, pour me faire

sonofer à moi-même et retourner à vous, elle ne fasse rien que combler la mesure de mon éternelle réprobation.

Ne souffrez pas que le premier usage de cette vie et de cette santé que vous venez de me rendre ne soit qu'un épanchera ent de mon cœur vers le monde et la créature, et un retour de toutes ces mêmes habitudes que je détestois lorsque l'image de la mort, de mes crimes, et l'enfer, me faisoient trembler jusque dans la substance de mes os.

Délivrez-moi, Seigneur, de cet esprit de résistance et de cette malheureuse capacité de pouvoir faire ce que je veux, quand je ne veux pas ce que vous voulez ; sauvez-moi de cet esprit de rébellion, de cette négligence intérieure qui me fait différer la conversion de mon cœur.

Employez votre bras tout-puissant pour briser les chaînes de fer qui m'attachent à la créature et à moi-même.

Exaucez-moi, quand je vous demande

pour moi une nouvelle rédemption et un renouvellement de vos plus grandes miséricordes.

Mais surtout ne permettez pas, ô mon Dieu ! que tant de grâces, de tendresses et de bontés, dont je me sens tout accablée, ne servent qu'à me faire voir que mon cœur n'avoit point de part à tout ce que la frayeur de vos jugemens (quand je les croyois proches) faisoit proférera ma bouche.

Enfin, ne souffrez pas, Seigneur, que mon endurcissement contraigne votre miséricorde de céder à votre justice, de peur qu'après m' avoir voulu faire grâce en me châtiant, elle ne me perde en m'abandonnant sans correction à tous ces désirs déréglés de mon cœur. C'est ce qui fait qu'avec tant de larmes je vous demande votre charité, parce que sans elle je n'ai nulle vertu ni nul mérite, et que dans sa possession je trouve tous ceux qui me sont nécessaires pour surmonter tous les obstacles que je rencontre à ma conversion.

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