‹ Réflexions sur la miséricorde de Dieu (volume 2)Chapitre 155 sur 175 · LETTRE XXXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXV

Ce -12 février J677,

ous avez dû voir par tout ce ^-' que je vous ai mandé, pendant la

p maladie de notre Mère, que je n'étois pas si fortement attachée à la spéculation que je ne me sentisse encore un cœur sensible dans les occasions.

Je vous avouerai que j'ai éprouvé des mouvemens de crainte et de tendresse si pressans que j'en étois toute troublée. J'ai lâché de connoître d'où venoient ces sentimens, et j'ai cru qu'il n'y avoit que la nature qui craignoit de perdre une personne si accomplie. Cependant, la grâce m'a toujours dit : « Dieu est ta consolation ; mets en lui ton unique espoir ; tout le reste n'est

lien. » Vous seul me suffisez donc, o mon Dieu! dans le temps et dans l'éternité , Je renonce à toutes les consolations du monde et je ne connois plus, dans cette vie, d'autre peine que la crainte de l'offenser. Ce n'est pas que je n'aie continuellement à gémir d'une foule de foiblesses et de misères, qui renaissent comme de mauvaises plantes à mesure que je les détruis ; mais puisqu'elles sont en moi, je loue la bonté divine de ce que je les vois. Cela me donne lieu de m'hiimilier à tous momens sous la main du Seigneur; et c'est en m'humilianl devant lui, que je m'élève au-dessus de ma foiblesse et que je recouvre de nouvelles forces. Je parle à Dieu dans le silence de mon cœur ; je l'appelle, et il vient à mon secours ; il me parle, et ses paroles sont des paroles de douceur et de vie, qui consolent mon âme et qui la remplissent de confiance et d'amour.

J'éprouve à présent ce que vous m avez tant de fois répété, que plus on s'attachoit à

Dieu, et plus on trouvoit de plaisir à l'aimer. Mais, vous l'avez éprouvé vous-même, avec des dispositions plus heureuses, vous avez commencé bien avant moi, et vous touchez au point de la perfection, tandis que je ne puis que la désirer. Vous faites maintenant tout naturellement pour Dieu, ce que je ne puis faire pour moi-même, sans le secours continuel de la grâce. Demandons-la humblement au Seigneur, et vivons autant dans la défiance de nousmêmes, que dans l'attente de ses bontés.

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