DE LA VALHERE. LXV
puis , sur son ordre , au Roi lui-même. Furieux de tant d'audace , Louis XIV chercha longtemps en vain quels pouvoieut être les auteurs de cette odieuse machination , tramée dans son palais même , par ceux qui l'approchoient de plus près. Le plus compromis étoit son favori particulier, le marquis de Yardes. Celui-ci savoit que le Roi n'aimoit pas madame de Navailles , parce qu'elle avoit autrefois contrarié ses galanteries avec les filles d'honneur de la Reine 5 il lui attribua formellement la dénonciation dont il étoit l'auteur*. Louis XIV avoit déjà prouvé, lors de l'arrestation de Fouquet, qu'il possédoit à un haut degré le talent d'imposer silence à ses colères^. Un éclat, en ce
1 . Mémo'nes de madame de Motteville ; t. IV, p, 3:25 ; de mademoiselle de Montpensier- t. III, p. 551 ; de Conrarl (coll. Petitot)p. 282. Histoire de madame Henriette d"* Angleterre; p. 89.
2. Le P. Paulin , confesseur de Louis XIV, écrivoit, en 1653, au cardinal Mazarin : « Sa Majesté
LXVI LA DUCHESSE
moment , auroit peut - être causé le scandale qu'il vouloit encore éviter. La vertueuse duchesse de Navailles ne fut disgraciée que plus d'un an après, et le bruit courut alors que le Roi lui avoit su trèsmauvais gré d'avoir fait faire, par la Reine- Mère , des reproches à madame de Brancas*, pour être sortie avec mademoiselle de La Vallière^. Cependant, les auteurs de la fausse lettre à la Reine avoient enfin été connus et punis , comme ils le méritoient. « Le comte de Guiche , dit mademoiselle de Montpensier, fut envoyé
grandit en sagesse et en dissimulation. Votre Éminence permettra à un mourant de la supplier, dans son intérêt, de ne mettre auprès du Roi que des personnes très-assurées. t>
1. Femme du comte Charles de Brancas, chevalier d'honneur de la reine Anne d'Autriche, dont le fils servit, dit-on, de type à La Bruyère pour son caractère du Distrait.
2. Journal d'Olivier (V Ormesson ; extrait cité dans les Mémoires de mademoiselle de Montpensier, t. IV, p. 528, appendice.