DE LA VALLIERE. LXXXV
Un mois après, la Reine et la cour suivoient le Roi, d'abord à Compiègne, ensuite à Avesnes. Le voyage d'Avesnes tient une place importante dans les Mémoires du temps et fait tache dans la vie de la duchesse de La Vallière. Enivrée par la faveur dont le Roi venoit de lui donner un éclatant témoignage, persuadée qu'une destinée au moins éorale étoit réservée à l'enfant qu'elle portoit encore dans son sein, elle eut , un seul jour peut-être , mais c'étoit trop, le tort irréparable de se montrer publiquement insolente à l'égard de la Reine. En face de la cour et de l'armée, qui avoient les yeux fixés sur elle, la petite violette démentit hautement sa réputation de modestie et de douceur. Comme tant d'autres, le vent de la faveur l'avoit égarée et jetée hors de sa voie. Un témoin oculaire, très-digne de foi, mademoiselle de Mont-
Vallière : Coupé de gueules et d'or, au lion léopardé, coupé d'argent et de sable : de France (trois fleurs de lis) à la bax're raccourcie de gueules.
LXXXVl LA DUCHESSE
pensier, donne, sur le voyage d'Avesnes et sur les étapes de la cour, des détails précis qu'il faut bien reproduire. A la Fère, sur le bruit que la duchesse de La Vallière venoit d'arriver, Mademoiselle vit la Reine « qui pleuroit, qui avoit vomi et qui se trouvoit mal. » Madame de La Vallière vint la saluer au moment où elle montoit en voiture. Irritée de tant d'audace, la Reine défendit de lui envoyer à manger; on ne l'osa pas. Toutes les dames de la cour manifestoient leur indignation; mais aucune avec autant de feu que madame de Montespan. « J'admire, disoit-elle, sa hardiesse de s'oser présenter devant la Reine, de venir avec cette diligence, sans savoir si elle le trouvera bon. Assurément, le Roi ne lui a point mandé de venir. Dieu me garde d'être maîtresse du Roi ! Mais si je l'étois , je serois bien honteuse devant la Reine. » Arrivée à Guise, Marie-Thérèse avoit défendu que personne partît avant elle et donné l'ordre aux troupes envoyées pour l'accom-