DE LA VALLIERE. XCIX
étoit loin où, frappée du vertige de la faveur, elle avoit, en face de la cour, coupé de toute la vitesse de ses chevaux , la voiture de la Reine, pour voir le Roi la première. S'il faut en croire mademoiselle de Montpensier, le maréchal de Bellefonds la vit souvent à cette époque, et il lui indiqua, pour la diriger, le P. Sécar, qui lui conseilla de se faire Carmélite De son côté, la mère de la duchesse de La Vallière l'engageoit à quitter la cour. Elle auroit voulu
sans doute vers cette époque qu'un contemporain de madame de La Vallière fit un sonnet où elle reproche au Roi son inconstance. Ce sonnet, qui circula alors en manuscrit , paroît avoir été imprimé pour la première fois dans La vie de la duchesse de La Vallitre , par ***. Cologne, 1695, in-12, p. 299. Nons en citerons seulement quelques vers :
Tout se flétrit , tout passe et le cœur le plus tendre Ne peut d'un même objet se contenter toujours. Le passé n'a point eu d'éternelles amours , Et les siècles futurs n'en doivent point attendre
Amour, à qui je dois tout mon mal et mon bien , Que ne lui donniez-vous un cœur comme le mien . Ou que ne faisie/.-vous le mien comme les autres?
C LA DUCHESSE
élever les enfans de sa fille, mais Louis XIV s'y opposa formellement. Il estimoit peu la marquise de Saint-Remy, et il n'auroit pas cru en sûreté les pierreries de madame de La Yallière , dont la fortune passoit pour être considérable*. Il ne lui permettoit même que très-rarement de la voir. On avoit dit un moment à la cour que le duc de Longueville^ en étoit amoureux et vouloit l'épouser ; on avoit parlé aussi du fameux Lauzun , mais ces bruits furent bientôt démentis. Vers la fin de l'année 1673, les projets de retraite aux filles de Sainte-Marie
1 . Elle avoit possédé notamment , à Versailles , un terrain où elle avoit fait élever un pavillon donnant sur la rue de la Pompe. Louis XIV racheta ce terrain en 1672 pour y faire construire les écuries de la Reine. Le pavillon dont il s'agit sert aujourd'hui de magasin pour les grains de la guerre. [Histoire anecdotique des rues de Versailles, par M. Le Roi;t. I, p. U2.)
2. Charles-Paris d'Orléans, comte de Saint-Paul, puis duc de Longueville, Né le 20 janvier 1649 à l'hôtel de ville de Paris; mort en juin 1672, au passage du Rhin.