PREMIÈRE RÉFLEXION
Sur les obligations de consacrer à Dieu une vie qu'on ne tient que de sa miséricorde, et de ne plus retomber dans le péché.
ue VOUS rendrai-je , mon Dieu , pour m' avoir rendu la santé et la vie, pour m'avoir retirée des portes de l'enfer, pour avoir conservé mon âme, en-
fin pourtant de grâces et de miséricordes dont vous avez usé envers voire pauvre servante ?
Est-ce trop, mon Dieu, pour reconnoître tant de bienfaits, est-ce trop que de vous les rendre? Est-ce trop pour réparer les scandales d'une vie où je n'ai fait que vous offenser, que de l'employer tout entière à vous servir et à vous honorer? Est-ce trop, pour satisfaire à votre justice, et vous faire oublier tant de plaisirs profanes, est-ce trop que de m'en priver ?
Enfin, est-ce trop, mon Seigneur, pour me garantir d'une éternité malheureuse, que de n'aspirer plus qu'à la félicité éternelle, à la possession de vous-même, à ce torrent de vos voluptés divines* dont vous rassasiez vos élus.
Maintenant que votre lumière éclaire ma
1 . La deuxième édition et les suivantes portent : (c de vos bontés divines. » L'Écriture dit, à propos de la félicité des saints : « Inebriabuntur ab ubertate domus tuse et torrente voluplatis tiiœ potabis eos. »
Ps. XXV.
raison , et que votre grâce pénètre mon cœur; maintenant que le souvenir de l'état pitoyable d'où vous venez de me tirer me trouble et m'inspire néanmoins la confiance de vous adresser ma prière, ne souffrez pas, Seigneur, que je retombe dans cette léthargie et ce pernicieux oubli de mon salut, ou que, sans remords et sans inquiétude, je m'endorme à l'ombre d'une funeste mort.
Que l'image de cette fin dernière, de ce moment affreux où vous jugerez nos justices, et où mon àme toute couverte de crimes, sans pénitence et sans confusion, s'est vue toute prête de recevoir le dernier coup de mort, ne s'efface jamais de ma mémoire, non plus que de mon cœur ces infinies miséricordes qui ont arrêté vos foudres et vos vengeances.
Que la joie que je sens du retour de ma vie ne soit pas une funeste joie qui m'ôte votre grâce et me redonne au monde; que tous ces vains fantômes, qui ne sont
pas encore bien effacés de mon esprit, n'y reprennent jamais la place de ces solides vérités que vos miséricordes y viennent de graver.