DE LA VALLIERE. LVII
au point de braver, pour la voir, la sévère duchesse de Navailles, gouvernante des filles d'honneur de la Reine. Mais le charme fut de peu de durée et mademoiselle de La Yallière ne tarda pas à reprendre son empire sur le cœur de Louis XIV. Un accident faillit le lui faire perdre. Elle avoit pour confidente une fille d'honneur de Madame, mademoiselle de Montalais*, à qui elle se confioit entièrement, et qui lui racontoit tout ce qu'<slle savoit
i. Mademoiselle de Montalaîs, fille de Pierre de Montalais, seigneur de ChambelUii. Elle se fit chasser de ]a cour en 1662, pour la part qu'elle prit aux intrigues du marquis de Yardes, du comte de Guiche, de Madame et de la comtesse de Soissons. Bussy-Rabutin raconte (Correspondance, t. II, p. 309) qu'elle fut enfermée aux Petites- An glaises du faubourg Saint • Victor. On la transféra sans doute peu de temps après à Fontevrault, car Louis XIV écrivit le 20 décembre 1662 à l'abbesse de ce couvent {OEuvres^ t. V, p. i03) pour l'autoriser à la mettre en liberté. Mademoiselle de Montalais fut aussi liée avec madame de Montespan. Bussy-Rabutin, qui la connoissoit^ dit qu'elle étoit du caractère le plus léger, et presque foUe.
i de Madame avec lé comte d Guiclie, et de la comtesse de Sitissous avec le murquis de Vardes ', Prudente et réservée à l'excès, mademoiselle de La Vallière se gardoit de rieu dire au Roi. Il sut un jour qu'elle avoit des secrets pour lu! et il ta quitta dans uneviolente colère. "Ils étoient convenus plusieurs fois, dit mndame de La Fayette, que, quelques brouilleries qu'ils eussent ensemble , ils ue s'endormjroieot jamais sans se raccommoder et sa us s'écrire.» Mademoiselle de La Vallière atteudit un mot de pardon toute la nuit. Le matin, la tète perdue, elle sortit de chez Madame et alla se réfugier dans un petit couvent de Saint-Cloud. Il fallut annoncer au Roi qu'elle avoit disparu. Ce qui prouve à quel point il l'aimait alors et combien ce départ le troubla , c'est qu'il courut la chercher lui-
tous lieux. Il la trouva dans le
I . François-René Ju JJec, marquis de Vardp», capilainc des Cent-Suisses, uiarié à Catherine de Nîco-
parloir, ea dehors du couvent, car on u'avoit pas voulu la recevoir à l'intérîeiu', 1 Ckrtichee à lerre, hors d'elle-même, elle ' pleuroit et sanglotoit. Comment résister k ces preuves réciproques d'amour :' Louis XIV ramena la charmante fugiuve chei Madame, qu'il supplia, les larmes aux yeux, de la recevoir et de la garder ',
Le célèbre carrousel du 5 juin 1GG2 fournît à mademoiselle de La Vallière l'occasiuu d'un nouveau et délicieux triomplie. Si les lioimeurs appareils de la fètc furent pour lu Beioe , tout le monde savoit à la cour, ijue l'hommage réel s'adressoit à la maîtresse du Koi. Cinq quadrilles représentant aulaut de nations dlfTérenles, les Rouiaîus, l£s Persan», les Turcs, les Indiens et le» Aoiéncaia», ei^
I . Siiloire de ^~*-^f BtmneUe d" ÂHgUlern ; lut, cit., p. 83 n fBÎT. — Mimoirfi de miJrimviMlU d^ JÊamifrmaen i. lil, ji, &:£&. — D'>|«:ti imJn»- de
nfnpée as couTtot de QiûUul. !« ]4M|>art dei H*>
LX LA DUGHSSSB
cutèreiit pendant plusieurs jours de brillantes passe-d' armes. Ils avoient pour che& le Roi, Monsieur, Monsieur le Prince, le duc d'Enghien et le duc de Guise. Le fils du duc de Lesdiguières eut les honneurs de la course à la bague et reçut des mains de la Reine mère un riche diamant*.
Un homme que le Roi honoroit de son amitié , le marquis de Bellefonds , dont Texemple et les conseils exercèrent plus tard une souveraine -influence sur mademoiselle de La Yallière, courut aussi la bague et remporta un prix. Cependant les précautions d'Anne d'Autriche pour que la jeune Reine ne connût pas celle qui possédoit le cœur de Louis XIV n'empêchèrent pas ce secret de transpirer. Un soir, vers les derniers jours de 1662, mademoiselle de La Vallière traversoit la chambre de Marie- Thérèse; madame de Motteville étoit présente. « Cette fille qui a des pendans dV