‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 35 sur 183 · LXVIII LÀ DUCHESSE · texte numérisé non relu

LXVIII LÀ DUCHESSE

vers suivans, gracieux et tendres comme celle qui les inspira :

Non, sans doute, il ii*est point de bergère plus belle; Pour elle cependant qui s'ose déclarer ? La presse n'est pas grande à soupirer ponr elle, . Quoiqu'elle soit si propre à faire soupirer.

Elle a dans ses beaux yeux une douce langueur, Et, bien qu*en apparence aucun n*en soit la cause, Pour peu qu'il fut permis de fouiller dans son ccear, On ne laisseroit pas d'y trouver quelque chose.

Mais pourquoi là-dessus s'étendre davantage? Suffit qu'on ne sauroit en dire trop de bien, [Et je ne pense pas que dans tout le village, [1 se rencontre un cœur mieux placé que le sien.

Mais ces charmans badinages furent suivis de jours d'inquiétude et de vives angoisses. Cette « petite violette, comme a si bien dit madame de Sévigné, qui se cachoit sous Therbe , et qui étoit honteuse d'être maîtresse, d'être mère, d'être duchesse, » elle alloit être mère pour la première fois. Depuis quelque temps, elle étoit sortie de chez Madame, et le Roi lui avoit

DE LA YÀLIilERE. LXIX

donné l'hôtel Brion, contigu au jardin du Palais-Royal. Elle cacha d'abord sa confusion au château de Vincennes. Sa grossesse avançant, elle revint à Paris. Un des plus illustres et des plus graves personnages de l'époque, Colbert, dont la faveur étoit alors toute-puissante et pour qui le Roi n'avoit pas de secrets, a raconté les détails du premier accouchemejnt de mademoiselle de La Vallière et les précautions qu'il dut prendre pour se conformer aux instructions qu'on lui avoit données. Déjà , au mois d'août 1663, pendant le voyage de Louis XIV en Loiraine, Colbert avoit été chargé de faire parvenir Va correspondance du Roi à sa maîtresse. Les lettres autographes de Louis XIV nous initient aujourd'hui à ces mystères. Le 31 août 1663, il mandoit de Metz à son ministre intime : « .... Rendez les lettres que je vous envoie, particulièrement celle où il n'y a rien dessus, qui s'adresse à la personne que je vous ai recommandée en partant, vous m'entendez bien. » Le lende-

LXX liA DUCHESSE

main, V septembre, le Roi éerivoit encore à Colbert : « . . . . Je yous adresse les lettres pour les reines, et puis, vous savez, où il n'y a point d^adresse ^ . » Secondé par sa femme, Colbert fit tout préparer à Thôtel Brion. Quand Tépoque prévue approcha, les préoccupations de Louis XIV devinrent excessives. La lettre suivante , adressée également par lui à Colbert , en donnera une idée. « Samediy à minuit, La personne que vous savez vient d'avoir une espèce d'éblouisseraent, et elle a été assez longtemps sans voir d'un côté, des deux yeux également. Elle croit, et moi aussi, qu'une saignée lui feroit grand bien, mais elle ne le veut pas faire, ni moi lui conseiller, que l'homme que vous savez ne le trouve à propos. Cela lui est déjà arrivé deux fois depuis deux ou trois mois. Envoyez aussitôt chez cet homme, et lui

1. Collection des documents inédits. Documents historiques sur C Histoire de France, par M. Champoliiun-Figeac ; t. II, p. 510. Les originaux de ces leUres existent à la Bibliothèque impériale.

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