Corresp, con^èie; t. II, p
DE LA YALLIERE. GTII
ter la cour pour le cloître, ce n'est point là ce qui me coûte ; mais parler au Roi , oh ! voilà mpn supplice*. »,
Pendant qu'elle dévoiloit ainsi les plaies de son âme au maréchal de Bellefonds, la duchesse de La Vallière se préparoit sérieusement par la méditation à la grande affaire qui, depuis plusieurs mois , étoit devenue l'objet unique de ses pensées. Commencées au milieu de$ orages du monde, et terminées dans la solitude des Carmélites , ses Jié flexions sur la miséricorde de Dieu sont, dans maints passages, une véritable confession érrîte. r^mm^ nn y voifles foiblesses ^ les imperfections et les soiiffrances de cette pauvre âme blessée à mort^ par ringratitude de celui à qui elle avoit crû autrefois donner toute sa vie ! Avec ^^^f>np tmipi^p ^elîcate et naïve elle s y peint ! N'est-ce pas d'elle-même évidemment
CVIII LÀ fttCBCSSS
Tain plaisir et d*une bdgmtelle la reiiq>Ut et l'occupe , que les louanges et Testime da monde lui font tourner la tête et renivrent de leur fumée? On lui croyoit pea d*îndiiUH tion « |K>ur la médisance et pour ces boitt mots qui percent le prochain jusqu*au Tif^ et que le monde compte pour rien , pourra qu'ils fassent rire. » Ce sont, au contraire, « ses péchés favoris , péchés d'autant, plus désagréables aux yeux de Dieu, qu'ils plai' sent davantage aux hommes et qu'ils sont de malheureux eflets de Tamour-propre. > S'il faut l'en croire , nul ne prenoit plus ai^ ment qu^elle les impressions des choses qu'elle voyoit, des personnes qu'elle fréquenloit, et ne faisoit plus facilement le biea avec les bons, le mal avec les méchans. A quoi lui servoit-il donc de pouvoir se glorifier d'être une amie généreuse et pleine de probité, de tendresse et de gratitude, si elle étoit pour son Dieu une créatiu'e sans foi) sans amitié et sans reconnoissance ?
Dans ces Réflexions , d'un style quelque-
DS LA TAI.I.IEILE. CIZ
fois incorrect, précieux et maniéré, dont Fauteur dte tour à tour Aristote et Descartes, le repentir et le remords des fautes passées se traduisent souvent par des accens passionnés qu'une froide analyse ne sauroit rendre que très-imparfaitement.
c Que je ne m'impose pas si fort à moi-mcme, ô mon Dieu ! que de croire être bien convertie^ pour n'avoir (ait proprement que changer les péchés de mes sens contre ceux de l'esprit; une vie toute profane, pleine d'orgueil et de sensualité, mais où j^étois toujours troublée par la vue de mon crime et les remords de ma conscience, contre une où je ne travaille qu'à me remplir de l'amour de moi-même et de ma conscience....
« Regardez avec pitié cette pauvre pécheresse qui, encore tout enflammée du feu. de ses convoitises, vous demande, comme la Samaritaine, une goutte de cette eau vive, avec laquelle vous étanchâtes tout d'un coup dans son âme la source et la soif des péchés....
« Vous me jugerez sur les vérités que votre grâce a si souvent portées en dépit, de moi au fond de mon âme, et sur tous ces remords que I c
GX LA DUCHESSE
VOUS mêliez dans mes plus criminelles délices, pour vous faire écouter à mon cœur, mais que j'ai toujours étouffés pour suivre avec un plus grand abandon ma passion et le mensonge....
« Créez en moi, ô mon Dieu, un cœur qui vous aime, quand il faudra vous le témoigner en résistant à ma concupiscence, et mortifier pour Taniour de vous les désirs déréglés de mes sens et de ma chair ; un cœur qui vous aime et qui se déchire lui-même, t[uand il faudra faire céder la créature au Créateur, et étouffer la tendresse de la nature pour n'écouter plus que la voix de la grâce ; un cœur qui vous aime quand il faudra résister en face à la faveur, vous préférer à ma famille, et à ce que j'ai de plus cher au monde, pour vous témoigner que je vous aime par-dessus toutes choses*.... »
Quelques lettres de Bossuet au maréchal de Bellefonds où il est question de la duchesse de La Vallière , . achèvent de nous initier aux mystères de ce drame intime. Le 25 décembre 1673, M. de Condom,