‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 79 sur 183 · QUINZIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

QUINZIÈME RÉFLEXION

Sar la manière de vivre d'une personne qui est obligée par quelque nécessité d'être dans le monde, et comme elle doit y combattre tout ce qui est opposé à la morale de Jésus-Cbrist.

epandez donc, ô mon Dieu ! dans le fond de mon âme, quelque étincelle de ce céleste amour, pour faire que je n'aie plus que du dégoût et du mépris pour toutes les choses créées et [jui passent, et que je souffre avec plus de patience les amertumes de mon exil.

Imprimez dans mon cœur des sentimens si vifs de vos miséricordes, et des reconnoissances si tendres envers vous de tous vos bienfaits, que je n'en perde jamais le souvenir ; et pour vous donner des marques Ju profit que m'ont fait vos salutaires châ-

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lîmeos, et du véritable changement de nion cceur, faites que les œuvres suivent les ardens dé&irs que je sens de me donner à TOUS, et de mourir mille fois, plutôt que de jamais vous offenser, afin de n'être pas trouvée parmi les vierges folles , lorsque vous viendrez récompenser celles que vous trouverai veillantes et qui auront leurs lampes pleines de toutes sortes de bonnes œuvres.

Cependant, comme en voulant embrasser toutes les vertus et les posséder tout d'un coup. Ton en demeure souvent vide, et qu'on ne fait rien pour vouloir quelqueftùs fairt> trop et excéder les limites de votre gri\oo ; 4]uoi(]ue mes désirs ne lui donnent point de bornes en moi-même, et que mon àme souhaite de vous aimer avec toute la plénitude dont elle peut être capable, voici ce qu en considérant mon extrême foiblesse je désiiv de pratiquer par-dessus toutes choses, si votre miséricorde ne m'abandonne pas.

Je n'attendrai donc pas, ô mon Dieu ! à

sortir de mon dangereux assoupissement, que tout le soleil de votre justice soit levé. Aussitôt que l'aurore de votre grâce commencera à poindre, je commencerai d'agir et de travailler à l'œuvre de mon salut ; je ne douterai point qu*il ne soit temps de quitter toutes mes vieilles habitudes et de commencer la vie d'une créatui-e nouvelle. Je n'aurai pas la présomption de croire d'abord que je sois capable de grandes choses; je me défierai de moi-même, de ma pesanteur et de mon sommeil ; je dessillerai simplement les paupières, et je lèverai les yeux vers le ciel, en me conteùtant d'avancer et de croître dans votre amour, comme l'aurore, doucement et injperceptiblement, peu à peu, et selon qu'il plaira au divin soleil de mon âme. Je commencerai à parler de , vos miséricordes au milieu de ceux qui font un perpétuel commerce de bagatelles et de vanités, avec qui je ne parlois autrefois que d'ambition, de tendresses, de fortunes et de prospérités,

Ce sera au milieu des personnes qui n'adorent que leurs intérêts que j'irai confesser que vous êtes mon Dieu, le seul et l'unique adorable, qu'il n'y a de richesses qu'en vous, que vous êtes la solide prospérité et la véritable grandeur ; et je leur apprendrai que ma fortune est entre vos mains , et que lorsque vous aurez achevé de me convertir, je serai plus glorieuse que si j'avois fait la conquête de tout le monde.

J'abandonnerai ces natures flatteuses et molles, avec lesquelles j'ai perdu tant de temps ; et pour réparer la perte de ce temps, je leur apprendrai que l'inutilité , la paresse et l'oisiveté, dont elles font une si solennelle profession , sont des emplois qui ruinent absolument les affaires de leur salut.

Si je ne puis faire encore de grands biens, je tâcherai d'en faire de petits, et de vous donner des marques d'un amour naissant, si je ne puis vous • en donner d'un amour parfait et consommé. Si je n'ai pas, Sei-

gneur, une foi aussi vive que celle de rhumble centenier, qui lui mérita tout d'un coup l'effet de ses prières , je m'unirai à vos apôtres, afin de vous demander avec eux Taugmentation de la mienne.

Pour honorer les sentimens du christianisme que vous avez mis dans mon âme, je fuirai avec horreur tous ces ihëchans qui se parent de leur libertinage, qui se font estimer par leurs vices, et qui (comme parle la sainte Ecriture) ne regardent jamais Dieu dans leurs voies.

Oui, Seigneur, quelque engagement que j'aie avec ces libertins de profession, qui ne

peuvent servir qu'à nous inspirer de l'irré-'. ligion et qu'à flétrir la réputation la plus pure, qu'à nous donner une présomptueuse opinion de nous-mêmes qui mérite votre abandon, et qu'à faire honorer le mal et le méchant comme la vertu 'même ; quelque goût que j'aie pour leur esprit ou pour leurs personnes, je serai fidèle, ô mon Dieu ! à

m'éloigner autant qu'il me sera possible de leur commerce et de leur amitié. Car ce n'est pas le moins que je vous puisse rendre pour m' avoir tant aimée, que de hsûr la compagnie de ceux qui ne vous aiment pas.

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