SECOND BUT DU MARIAGE
Inconvéniens du divorce relativement aux enfans.
|Ais quel mal ne causeroit pas la loi qui favorise le divorce, si elle afFoiblîssoit le respect filial et refroidissoit Tamour paternel, ces premiers fondemens de Tordre particulier et public 1 Examinons cette importante question.
L'on se flatte, en se mariant, d'étendre son existence autour de soi, et de la prolonger, même dans l'avenir, en obtenant du Ciel des enfans bien nés, doux délassemens des fatigues de l'âge mûr, consolation des infirmités de la vieillesse: l'on espère qu'ils marcheront sur nos traces, qu'ils nous donneront, en quel-
bO REFLEXIONS
que manière, Thonorable et flatteuse répétition de notre vie passée, et qu'ayant reçu de nous la naissance, ils nous feront renaître à leur tour; et en effet, le mérite de nos enfans double nos jouissances, en ajoutant leurs vertus à nos vertus et leurs succès à nos succès. Tel fut cet heureux père qui mourut de joie aux jeux Olympiques dans le moment où ses trois fils, prosternés à ses genoux, lui faisoient hommage à Tenvi des trois couronnes qu'ils venoient de remporter sous ses yeux. Mais ces nouvelles vies ajoutées à la nôtre, cette nouvelle espèce d'identité ne peut s'obtenir, comme nous le verrons bientôt, que par la continuité d'une union pure et indissoluble.
Les qualités, le mérite de nos enfans, ne sont pas l'unique source du bonheur qu'ils nous procurent : des époux qui s'aiment goûtent encore un plaisir délicat en voyant leurs images réunies dans leur fils ou dans leur fille, comme en un seul tableau; ils s'y retrouvent embellis par toutes les grâces de la jeunesse, et ce spectacle réveille en eux une longue suite de sentimens agréables : quelquefois même un époux tendrement aimé se voit seul tout entier dans les traits
SUR LE DIVORCE 6l
de ses enfans. La nature, qui devient ainsi le garant et Tinterprète de l'amour conjugal, se plaît à consacrer de son inimitable pinceau les chastes sentimens d'une femme fidèle; et tous les regards que jette un père attendri sur des fils qui lui ressemblent retombent sur leur mère avec une nouvelle douceur. Il est inutile de répéter que les changemens de familles, que de nouveaux liens et de nouvelles adoptions, mettent obstacle à toute l'illusion ou à toute la réalité de ces touchantes jouissances. Le génie hardi de Rubens forma l'entreprise, à peine concevable, de rendre sur la toile les sentimens de deux époux qui reçoivent du Ciel favorable à leurs vœux le premier gage de leur mutuelle affection, la première reproduction de leur être. Regardez ce tableau dans la galerie du Luxembourg, portez toute votre attention sur cette jeune reine qui sourit, au milieu des plus grandes douleurs, dans l'espoir d'être bientôt mère et d'ajouter un lien à ceux de l'amour et du devoir. Timante voila le visage d'Agamemnon prêt à perdre sa fille sous le couteau de Calchas, car il ne put parvenir à représenter i'afiQiction d'un père portée à son dernier terme.
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La joie de Henri IV est à Tautre extrême; Tun se voit renaître, et l'autre se voit mourir. Timante nous laissoit tout imaginer; Rubens ne nous a pas permis de rien imaginer de plus« Approchez-vous donc, promoteurs du divorce, approchez-vous de ce lit, si bien nommé par le peuple U lit de misère j mais que l'espérance et Tamour se hâtent de couronner de fleurs; ôtez à celle qui donne la vie avec douleur le courage, et je dirois presque le bonheur de souffrir; prononcez les paroles funestes qui rendent le divorce possible sur la tête de cette créature innocente qui entre dans le monde : elle est foible, dénuée et gémissante; ôtez-lui ses seuls protecteurs; ajoutez ainsi votre malédiction à ses cris ; tarissez dans sa source, ou par l'indifférence, ou par le défaut d'espoir, l'aliment si pur qui devoit conserver les jours encore fragiles de ce malheureux enfant; rendez odieux à sa mère les soins continuels qu'il exige; qu'elle ne s'attende plus à la reconnoissance de son mari; qu'elle renonce à l'espoir d'ajouter à son bonheur intérieur par de nouvelles jouissances, et d'être plus aimée en donnant de nouvelles preuves d'amour; ôtez aux angoisses et aux fa-
tigues du corps toutes les récompenses du sentiment et de ia pensée. Ah ! qui voudroit donner la vie à ce prix! Médée poignarda ses enfans aux yeux de Jason, qui Tabandonnoit pour Creuse; terrible image des effets du divorce et de l'indifférence, ou de la haine même qu'il peut inspirer pour les fruits d'un amour qui n'existe plus. Époux ingrats! vous ne donnerez que des marâtres à vos enfans ^ vous ne laissez pas à leur mère la certitude des récompenses de Tamour et de l'estime. £t lorsque des fils demandés au Ciel, dans l'erreur de nos désirs, trompent nos plus douces attentes, c'est alors surtout qu'on voudroit porter ses plaintes devant un tribunal d'amour et d'espérance : car quel baume salutaire pourroit verser sur ce genre de blessure un époux ou une épouse étrangers à nos enfans ! Il faut que des parens malheureux se réunissent dans l'expression d'une douleur qui leur est commune; il faut qu'ils tombent ensemble aux pieds de l'Être suprême pour lui demander avec une égale ardeur le retour de l'enfant prodigue, et pour prononcer, en présence du Ciel, l'engagement de remplir seuls la double tâche des vertus que
de plus jeunes mains dévoient partager avec
eux '.
On a beaucoup écrit contre les inconvéniens du divorce; je ne relèverai donc que les moins apparens et les moins observés, et je m'adresse seulement aux âmes tendres et douces, déjà dans la dépendance de tous les devoirs, de toutes les vertus, de tous les sentimens, et dont l'existence et les jouissances sont un composé de rapports et de liens qui se fortifient mutuellement; j'espère les convaincre que cette question du divorce est, en dernière analyse , celle du bonheur ou du malheur des êtres sensibles.
L'on se rappellera peut-être un tableau charmant des Étudts dt la Nature, où l'auteur nous découvre dans un seul exemple la chaîne continue et indissoluble de tous les objets de la création : il choisit au hasard la simple plante du fraisier, qui parfume le printemps, qui rafraîchit le voyageur fatigué, qui présente ses dons aux abeilles, pour qu'elles nous en offrent