Réforme de l'enseignement
Le -six mars, mil huit cent soixante-quatorze, j’arrivais à Québec complètement inconnu. J’avais été averti par avance qu’il n’y avait rien à faire dans ce pays pour un professeur ; et je ne venais point, comme on l’a dit, pour implanter en Canada mon système d’enseignement, qui, à cette époque, était encore incomplet, même pour le latin. Aussi peu s’en est fallu que je ne quittasse l’Amérique pour retourner en Europe sans avoir montré mes travaux à personne.
Ce n’est que, sur les instances d’un de mes amis, . que, par manière d’acquit, je m’adressai au Révérend M. Hamel, recteur de l’Université-Laval, homme d’une grande bienveillance. A la suite de cette visite, dont je garderai toujours le meilleur souvenir, j’entrepris de faire l’exposé de mon système, dans l’espérance, cette fois, que le Séminaire de Québec voudrait bien en faire l’essai ; mais il ne parut pas possible à ces Messieurs de l’appliquer en grand. La chose en resta donc là et je me décidai à partir non certes sans regretter Québec.
Mais auparavant, et la veille même de mon départ, j’écrivis une longue lettre à l’honorable Ouimet alors Ministre de l’Instruction Publique, sans avoir, je ^l’avoue, le moindre espoir d’être entendu Grande fut
ma surprise, le lendemain, de recevoir unn lettre d’audience. Je me rendis immédiatement au ministère, où l’honorable Ouimet me reçut avec une grande bonté ; et aujourd’hui, que j’ai réussi, je tiens de nouveau à lui en témoigner ma reconnaissance. Ma cause était gagnée, et tous les Canadiens de quelque valeur se déclaraient pour moi.
Un orage cependant se préparait à mon insçu et je ne devais pas échapper à la critique malveillante, sans laquelle rien de sérieux ne peut se faire ici-bas. Pendant que je travaillais à remplir avec honneur mes engagements, un complot se formait entre certains professeurs pour m’abattre par tous les moyens possibles. On verra, dans ce livre, tous les détails de la lutte que j’ai eu à soutenir.
Je les ai cloués au 'pilori d’une main vigoureuse, et je veux qu’ils se repentent longtemps de m’avoir in-
sulté. Us ont été placés comme des mannequins pour faire peur aux moineaux.
Us vont, je le sais, pousser des cris de paons ; mais qu’importe ! S’ils sont contents, tant mieux ! J’ensuis fort aise. S’ils ne le sont pas, tant pis ! Ce sera tout de même. Mon système est connu et même avantageusement connu. Je ne demande plus rien.