‹ Refrains militairesChapitre 9 sur 18 · A MON PETIT AMI GEORGES C · texte numérisé non relu

A MON PETIT AMI GEORGES C

Dans un cher pays que rien ne console,

Qu'on détient en vain, mais qu'on ne tient pas,

Sa gourde au côté, son panier au bras,

Le petit garçon se rend à l'école,

Mais sans chansonnette et sans cabriole ;

Il marcherait même à tout petits pas.

a Ah I les écoliers, s'il faut qu'il le dise, » Au jour d'aujourd'hui sont bien mal lotis.

» Ça fait deux, l'école et le paradis I »

Et mieux il en voit la toiture grise, Plus ses petits pas deviennent petits.

Ça n'est pas du tout par fainéantise.

Quelque peu bavard, tant soit peu rieur.

Le petit garçon est très travailleur.

Il sait bien qu'on n'a que ce qu'on amasse.

a Mais depuis un temps rien n'est à sa place :

» Un maître nouveau dirige la classe,

9 Et le maître ancien était si meilleur I

» Ah ! le maître ancien, c'était le vrai maître I » Avec son bon rire et sa bonne voix I » Quelque gros délit qu'on eût pu commettre, » A peine il tapait sur le bout des doigts ; » Et puis pour savant, dame I il devait l'être : » 11 parlait français, il parlait patois !

» Mais Tautre... Àh, Jésus! Ouelle différence! » Barbu comme un bouc^ hargneux comme un loup, y> 11 est d'un méchant I . . . et d'une ignorance ! . . . » Croiriez-Yous jamais qu'en tout et pour tout, » Il n'est qu'un pays qui soit à son goût, » Et que ce pays, ce n'est pas la France !

» La France!... » A ce mot, cessant d'avancer.

Le petit garçon s'arrête et soupire ;

Je ne sais pas bien ce qu'il peut se dire,

Mais ce qu'il se dit semble lui sourire,

Et l'on voit très bien que, sans se presser,

Le petit garçon s'écoute penser.

VU

Il est justement à l'ombre d'un chêne.

Dans un bel endroit sablé tout exprès.

Où dans le bon temps venaient rire au frais

Ceux qui ne rient plus dans ces temps de peine.

Tout au pied de Tarbre est une fontaine.

Qui coule à flots clairs sur son lit de grès.

Le petit garçon s'est assis sur l'herbe,

Toujours méditant, se taisant toujours.

— Cher petit roseau, tes chagrins sont lourds ! -

Enfin, retroussant d'un geste superbe

Sa barbe à venir sur sa lèvre imberbe,

Le petit garçon se tient ce discours :

ff D'abord, ce n'est pas si loin la frontière ;

i> On voit le poteau du haut du moulin.

>' U a du bon pain dans sa panetière,

" De l'eau dans sa gourde et du cœur tout plein..

» Puis sa liberté n'est que trop entière :

» Le petit garçon est un orphelin.

C'est dit ! Il déloge et coûte que coûte. . . 11 en peut coûter un très grand danger :

Car si le méchant gendarme s'en doute, C'est au cachot noir qu'il ira loger.

Mais si le bon Dieu veut le protéger.

Quel gendarme peut l'arrêter en route ? »

Là-dessus, faisant un signe de croix,

Il se sent rempli d'un courage extrême,

Et pour s'en aller au pays qu'il aime

11 cherche des yeux le chemin des bois,

Quand en haut de l'arbre, et tout en haut même,

Le petit garçon entend cette voix :

« Tout oiseau qu'on soit, on a sa souQ'rance ;

» Aussi moi, je sens mes cieux envahis:

'> Tous ces étrangers, pleins d'irrévérence,

a Chantent des chansons contre mon pays.

» Toi qui sais jusqu'où c'est encor la France,

» Laisse- moi te suivre aux lieux où tu fuis. »

Le petit garçon ne perd pas la tête,

Bien qu'au fond le cœur lui battît un peu ;

11 a poliment levé sa casquette

Et dit à l'oiseau d'une voix bien nette.

En fixant sur lui son grand œil bien bleu :

— ft Comme tu voudras, oiseau du bon Dieu ! a

Le petit oiseau descend du grand chêne, Vole vers Tenfant et, sans s'excuser, Droit sur son épaule il vient se poser.

Le petit oiseau se posait à peine Que, du pied de l'arbre et dans la fontaine, Une douce voix se met à jaser.

« Tout poisson qu'on soit, on a ses chimères, » Et j'ai fait un rêve en ces temps mauvais : » Nos ruisseaux sont gros des larmes des mères, i> Leurs flots sont troublés, leurs eaux sontamères, » J'ai soif d'une eau pure en pays français.

» Tu serais bien bon si tu m'exauçais. —

» Un petit poisson n'est pas chose lourde;

2) Le mal du pays est un mal sacré.

» C'est dit : si tu veux entrer dans ma gourde,

D Poisson du bon Dieu, je t'emmènerai.

A peine ce mot est-il proféré

Que du bas du sol monte une voix sourde:

« Tout caillou qu'on soit, on a son souci !

» Quand jadis sur moi courait la jeunesse, » Sous ses pieds dansants, je dansais aussi.

» Mais ils sont venus les jours de tristesse I » Des talons ferrés m'écrasent sans cesse ; 3> Ne me laisse pas sous ces talons-ci. »

Ce que répondit l'enfant, on s'en doute; Ou qui n'en sait rien n'en doit rien savoir.

Enfin, quand l'escorte est en ordre toute, Le petit garçon brandit son mouchoir, Et, drapeau flottant, on se met en route.

Sous les bois profonds, verts comme l'espoir.

Les bois sont franchis; on est dans la plaine. De beaux pommiers blancs poussent au milieu ; Au loin, très au loin, comme un ruban bleu, La rivière fuit, profonde et sereine.

Les quatre petits sont sous l'œil de Dieu.... Mais ils sont aussi sous l'œil de la haine.

Le méchant gendarme, au haut du chemin,

A Yu tout à coup la bannière blanche :

« Où peut bien aller ce méchant gamin?

» On n'a pas congé, ce n'est pas dimanche... »

Et dégringolant comme une avalanche,

Il court après lui, le sabre à la main.

Fort heureusement pour le camarade.

Elle a fait grand bruit la dégringolade.

Le petit garçon Tentend le premier.

Se tourne, voit Thomme et, d'une escalade, 11 est dans le haut du plus haut pommier.

Mais il laisse en bas son petit panier.

C'était une énorme, énorme imprudence !

Ce petit panier, c'était son arrêt; Mais c'est vraiment là que la Providence Va faire éclater son ordre secret.

Et que ce récit prouve à l'évidence Ce que l'union des faibles pourrait.

Le petit garçon ne peut plus descendre;

Déjà Fennemi grimpe dans son fort,

Il atteint déjà la branche où le prendre.

« Perdu I dit Tenfant, je n'ai qu'à me rendre. »

Le petit oiseau lui dit : « Pas encor I

» Prends-moi par la patte et tiens-toi bien fort.»

Le petit oiseau vole, vole, vole;

La rivière est proche, il arrive au bord ;

Mais là, le pauvret tombe à bout d'effort.

ce Perdu I » dit l'enfant que ce coup désole.

Le petit poisson lui dit : « Pas encor 1

» Prends-moi par la queue et tiens-toi bien fort.»

Le petit poisson nage, nage, nage;

Et quand le gendarme arrive acharné,

Tout bleu de surprise et tout chaud de rage.

Les petits amis sont sur le rivage.

D'où l'enfant lui fait un beau pied de né.

(Ce n'est pas gentil, mais c'est de son âge.]

Le méchant gendarme, au haut du chemin, A Yu tout à coup la bannière blanche :

a Où peut bien aller ce méchant gamin?

» On n'a pas congé, ce n'est pas dimanche.

Et dégringolant comme une avalanche, Il court après lui, le sabre à la main.

Fort heureusement pour le camarade.

Elle a fait grand bruit la dégringolade.

Le petit garçon l'entend le premier, Se tourne, voit l'homme et, d'une escalade, 11 est dans le haut du plus haut pommier.

Mais il laisse en bas son petit panier.

C'était une énorme, énorme imprudence !

Ce petit panier, c'était son arrêt; Mais c'est vraiment là que la Providence Va faire éclater son ordre secret.

Et que ce récit prouve à l'évidence Ce que l'union des faibles pourrait.

Le petit garçon ne peut plus descendre;

Déjà Tennemi grimpe dans son fort,

Il atteint déjà ]a branche où le prendre.

« Perdu I dit l'enfant, je n'ai qu'à me rendre. »

Le petit oiseau lui dit : « Pas encor I

» Prends-moi par la patte et tiens-toi bien fort.»

Le petit oiseau vole, vole, vole;

La rivière est proche, il arrive au bord ;

Mais là, le pauvret tombe à bout d'effort.

« Perdu I o dit l'enfant que ce coup désole.

Le petit poisson lui dit : « Pas encor I

Prends-moi par la queue et tiens-toi bien fort.»

Le petit poisson nage, nage, nage;

Et quand le gendarme arrive acharné,

Tout bleu de surprise et tout chaud de rage.

Les petits amis sont sur le rivage.

D'où l'enfant lui fait un beau pied de né.

(Ce n'est pas gentil, mais c'est de son âge.]

Les voilà contents, ils se croient au port, Lorsque tout à coup le méchant gendarme Prend son pistolet, qu'il charge et qu'il arme, a Perdu I dit l'enfant. C'est fait I je suis mort. » Le petit caillou lui dit : a Pas encor !

Prends-moi dans ta main, et jette bien fort. »

Le petit caillou file, file, file.

Et soit que le jet fût vraiment habile.

Soit que le gendarme, en se courrouçant

A ce coup de pierre eût un coup de sang,

Tout du long dans l'herbe il tombe immobile...

Il y doit même être encore â présent.

La fin la meilleure étant la plus prompte, J'aurais très bien pu finir là mon conte, Car nos voyageurs n'ont plus qu'à marcher.

Mais le bon caillou pourrait se fâcher, Si le bon oiseau, sur lequel il compte Ne repassait Peau pour l'aller chercher.

S'ils furent heureux, vous pouvez le croire ! S'ils s'aimèrent bien, je le garantis:

Des bienfaits reçus, des maux ressentis, Jamais aucun d'eux ne perdit mémoire.

Et Ton peut vraiment nommer cette histoire :

oc La grande union des quatre petits ! »

Page 1