‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 137 sur 189 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

RETOUR DR MARMONT A PARIS. — RRTRAITK DR RUSSIR. — ARRIVER 01 VAPOLiOR. — CAMPAONR OR iSiS RN ALLRMAflNR.

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Le duc de Raguse , revenu à Paris à la fin de 1 81 2, y achevait le rétablissement de sa santé , lorsque la nouvelle de la retraite désastreuse de Moscou arriva dans la capitale en môme temps que TËmpereur.

Dès le lendemain, Marmont se présenta aux Tuileries. Napoléon eut l'air d'avoir perdu le souvenir de Salamanque et de l'Espagne au milieu des calamités et des ruines immenses qui venaient d'éprouver et d'attrister sa grande àme. Cependant le duc de Raguse lui prête une attitude et une physionomie que personne n'aurait osé lui supposer dans une pareille conjoncture. « Il ne paraissait nullement affecté^ dit-il , des désastres arrivés récemment sous ses yeux. Il jouissait beaucoup^ en ce moment ^ d'être quitte des souffrances physiques qu'il avait éprouvées. Il cherchait à se faire illusion sur l'état des choses et me dit ces propres paroles :

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« Si j'étais resté à l'armée Je me serais arrêté sur le Niémen ) Murât reviendra sur la Vistule ; voilà la différence sous le rapport militaire. Mais, après les pertes que nous avons éprouvées et j comme souve« rain , ma présence à l'armée, à une pareille distance et dans les circonstances actuelles, rendait ma situation précaire. Ici, je suis sur mon trône, et je serai promptement en mesure de réparer tous nos mal* heurs en créant les ressources dont nous avons besoin. j> — Et il a prouvé que, sous ce dernier rapport, il avait raison. » (IV, 149, 160.)

Napoléon n'était pas abattu. Marmont ne devait pas en être surpris, lui qui l'avait vu et entendu autrefois, sous sa tente , à la nouvelle du désastre d'Aboukir. Un grand revers , pour le grand capitaine , était tou« jours un appel à de grandes résolutions. Mais le duo de Raguse , en retrouvant le génie fièrement dressé contre le destin qu'il a tant accusé d'avoir tfop avèU'i glément et trop obstinément favorisé le héros, le duc de Raguse avait l'àme pleine de sa vieille jalousie et de ses nouveaux ressentiments en abordant l'Ëmpe** reur. Il lui semblait que le maître allait l'interroger directement sur les faits déjà soumis à une enquête. Ce qui était dans Napoléon résignation magnanime , domination des facultés de l'intelligence sur les ac» cidents de l'ordre matériel , acceptation stoïque des malheurs présents mêlée à Taperception prophétique des ressources et des réparations de l'avenir,

tout cela 9 Marmont était disposé à le déDaturer et à le travestir. L'Empereur, regardant en face Padversité sans fléchir et manifestant toujours une grande confiance dans sa destinée , sous le coup de la plus épouvantable catastrophe , devait lui apparaître comme absolument insensible au tableau des désastres arrivés récemment sous ses yeux , et complètement absorbé par les grandes jouissances que lui procurait la cessation de ses souffrances physiques.

Marmont ne laissa rien apparaître de l'impression qu'il a prétendu plus tard avoir emportée de sa première entrevue avec l'Empereur. Il passa l'hiver à Paris , occupé à soigner ses blessures , ce qui ne l'empêcha pas de se présenter à la cour. fi Sur ce terrain, dit -il, tout était neuf pour moi. La cour, encore brillante , présentait cependant un horizon sombre à tous les yeux. La défection du général prussien d'York , indice effrayant de la situation des esprits , donnait à chacun le pressentiment de grands et de nouveaux malheurs. Et cependant la fortune est venue au secours du courage , et il n'a tenu qu'à Napoléon de rasseoir pour toujours sa puissance ébranlée ; mais il devait se charger luimême de se détruire et périr par un suicide poli^ tique. » (V, 2.)

C'est une idée que le duc de Raguse reproduit souvent dans ses Mémoires. Il lui a paiii que s'il

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