‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 78 sur 189 · LIVRE CINQUIÈME. IM · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. IM

au village de Marengo. L'armée ennemie était dans la plus horrible déroute; chacun ne pensait plus qu'à fuir. L'encombrement devint extrême sur les ponts de la Bormida , où la masse des fuyards était obligée de se resserrer, et, à la nuit, tout ce qui était resté sur la rive gauche tomba au pouvoir des troupes de la République. » {Mémoires de Napo-* te'on, VI, 236,237,238.)

On chercherait en vain dans ce récit, remarquable par sa précision autant que par sa simplicité, la moindre trace, soit du conseil de guerre tenu à che* val, soit de l'apostrophe de Desaix à Bonaparte : Cest ainsi j général, que l'on perd les batailles ^ soit de l'appel réitéré de Desaix au canon de Marmont, et du rôle immense de ce canon à la fin de la journée. Malgré tout ce qu'a pu imaginer le duc de Raguse, la victoire de Marengo reste l'œuvre de celui qui , sans méconnaître les chances et les avantages que la supériorité du nombre donnait à l'ennemi , se porta plein d'assurance sur le champ de bataille au premier bruit de la canonnade , arrêta et ramena au combat la division Victor, soutint dans sa retraite et fit ensuite marcher en avant la division Lannes , dirigea dans ses mouvements pour tourner l'ennemi la division Saint-Cyr *, poussa au feu Desaix,

*• Le duc de Raguse devait protester comme il Ta fait contre le récit de la bataille de Marengo que Napoléon a inséré dans ses Mémoires, car le témoignage du Premier Consul infirme absolument la fabuleuse nar-

Boùdet et Eellermaim, et, tant que dura la lutte, 0e jeta lu^mème , à la tête de son état-major et des intrépides grenadiers de sa garde, au milieu des boulets et des balles, pour être en mesure d'enflammer les soldats et de guider les généraux par** tout où les circonstances exigeaient Tappui de soû coup d'œil , de sa voix et de son exemple.

Une paix glorieuse suivit de près cet éclatant triomphe. Le cabinet de Vienne était atterré; il accepta les conditions du vainqueur. Le rétablissement de la République cisalpine et de la République ligu*

ration du générale Partillerie. Il ne veut pas admettre que les généraux aient fait mouTolr leurs divisions d'après un plan d'ensemble combiné et arrêté par le général en chef , et que Carra Saint-Cyr se soit trouTé, par exemple, sur les flancs ou sur les derrières de Pennemi par ordre de Bonaparte et en prévision des événements qui marquèrent la fin de la journée. H a son idée de la campagne de Marengo irrévocable* ment fixée , et il faut qu'elle prévale quand même. On peut la résumer ainsi :

1* Le Premier Consul s'engagea à travers les Alpes sans prévoir les obstacles qu'il allait rencontrer à chaque pas. 11 ignorait complètement ce qui l'attendait au fort de Bard , ainsi que le passage possible par le petit Saint^Bernard. Heureusement Marmont suppléa Bonaparte et leva toutes les difficultés par la hardiesse de ses conceptions. Sans cela la campagne avortait.

2» Le Premier Consul, en disséminant ses troupes au lieu de les conoentrer» s'exposa aux plut grands revers. Tandis quHl rêvait follement de prendre l'armée autrichienne , il aurait infailliblement perdu la sienne à Marengo , si Desaix n'était survenu à la fin de la journée pour molester le Premier Consul et pour presser Marmont de faire Jouer le canon, et si Marmont n'eût ramené bien vite la victoire sous le drapeau de la France par une salve dont l'effet fut d'autant plus merveilleux qu'elle fut immédiatement suivie d'une charge de Kellennaim, qu'un retard de trois minutes seulement eût rendue inutile^

Page 1