‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 113 sur 207 · LIVRE SEPTIÈME. S · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. S

fût possible de le rattacher à une parenté divine ? Ce qu'il a fait, après comme avant son couronnement, n'a-t-il pas donné un éclatant et perpétuel démenti à cette fable absurde qui le montre , à son avènement, dégoûté de la gloire, désenchanté de lia puissance, trouvant tout mesquin et tout petit dans les plus grandes œuvres du génie humain , désolé d'être venu en un siècle trop éclairé pour ne pas trouver étrange sa disposition à s'attribuer une origine céleste? Si l'ingénieux historien qui eut l'idée de faire entrer Napoléon dans Vienne sous le titre de marquis de Bonaparte ^ généralissime des armées du roi , eût imaginé le conte que Marmont a prêté à Decrès , il n'y aurait pas lieu de s'en étonner ; cette billevesée ne déparerait pas un livre où tout le monde est habitué dès longtemps à voir les fictions d'une certaine école prendre la place des réalités de l'histoire. Mais les ministres et les lieutenants de Napoléon , les témoins les plus proches de sa vie prodigieuse , ses coopérateurs les plus favorisés dans la distribution des services et des récompenses, ceux qui ont été admis pendant quinze ans à conférer ou à correspondre avec lui , tandis que son activité , sa sollicitude et son intelligence incomparables embrassaient le monde tout entier pour le faire marcher en avant sous l'influence progressive du génie civilisateur de la France ; les confidents privilégiés de ses hautes pensées , les serviteurs assidus de sa

tkk RÊFUTATIOX DES MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

vaste politique , les flatteurs infatigables de sa toutepuissance, lui attribuer des tendances superstitieuses , des accès d'orgueil puéril y le représenter comme trouvant la terre trop petite et l'esprit humain trop avancé pour lui , et finissant par se laisser inspirer qmlque croyance à une origine céleste; c'est de l'ingratitude poussée jusqu'à l'insanie par un grand coupable à qui rien ne coûte pour rapetisser le héros, l'ami, le bienfaiteur lâchement trahi , et qui se débat misérablement contre ses remords j dont il s'efforce en vain d'alléger le poids.

Du vivant de Napoléon , il parut un livre dont l'auteur, qui avait été attaché au cabinet de l'Empereur, lui faisait dire : Mon nom vivra atUarit que celui de Dieu. Quand cette phrase tomba sous les yeux du prisonnier de Sainte-Hélène , il s'écria :

a Quel horrible blasphème! Qu'est-ce qu'une nation ? qu'est-ce qu'un homme à côté de Dieu ? qu'est-ce qu'un homme à côté de l'univeriB? » (Mémoires de Napoléon ^ VIII, 286.)

Voilà comment Napoléon se croyait l'égal où lé fils de Dieu ! comment il trouvait l'univers trop petit pour lui I

§IV

Les cérémonies du couronnement terminées, Mar^ mont retourna en Hollande. Il était chargé de veiller

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à. l'exécution rigoureuse des mesures prises par Napoléon contre le commerce anglais. Les instructions qu'il avait reçues lui parurent trop sévères; il s'en constitua le juge , et ne craignit pas de les modifier. Il s'en vante, du moins, et en des termes et avec des détails qui peignent de mieux en mieux l'orgueilleux détracteur de la personne et de la politique du maitre dont il recevait les plus hautes marques de confiance et d'affection.

a Ce fut d'abord aux marchandises fabriquées en Angleterre, dit-il, que l'Empereur déclara la guerre, les marchandises coloniales trouvant grâce devant lui. L'Empereur en vint à m'ordonner de faire prendre toutes les marchandises de fabrique anglaise existant en Hollande , de les faire vendre , et d'en employer le produit au profit de l'armée. Dans son langage , c'était m' autoriser à en donner une partie en. gratification, et a en prendre les trois quarts pour MOiy i/ y en avait pour plus de douze millions. Je me refusai à exécuter cette mesure odieuse , d'une injustice révoltante. Ces marchandises étaient devenues propriétés hollandaises: c'eût donc été un pillage exercé chez nos amis , chez nos alliés. Le nom français en eût été entaché d'une manière éter^ nelle, car les populations qui tiennent le plus à leur argent sont souvent plus sensibles encore au mode employé pour le leur arracher. 11 y avait dans celuici une injustice capricieuse, une violence mépri-

santé dont les Hollandais auraient été plus irrités que de la perte éprouvée. Mais, comme la politique de l'Empereur voulait frapper l'industrie anglaise, je pensai atteindre son but en mettant obstacle au commerce au moyen de mesures de rigueur pour l'avenir; tout alors était juste et conforme à mes devoirs. » (11,246,247.)

L'Empereur voulait exercer chez les alliés de la France un pillage qui eût entaché le nom français S\m manière étemelle. Marmont désobéit à l'Empereur pour sauver l'honneur français de cette étemelle flétrissure !

L'Empereur, par son langage^ autorisait Marmanl à prendre j dans ce pillage ^ neuf millions sur douze. Marmont , aussi délicat et aussi scrupuleux en Hollande qu'il l'avait été en Italie au pillage de Pavie, refusa d'exécuter les ordres de l'Empereur, et repoussa avec indignation la facilité que son ancien général lui offrait pour la seconde fois d'arriver promptement à une grande fortune.

Mais où donc l'Empereur a-t-il tenu à Marmont ce langage qui lui laissait entrevoir un rapide enrichissement à la suite d'un scandaleux pillage? Pour donner tant soit peu de vraisemblance à une imputation de cette nature contre un homme aussi sévère que Napoléon en matière de délicatesse, d'exactitude et de probité administrative, il faudrait une preuve authentique , irrécusable , une in-

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