‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 166 sur 207 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

De l'accusation portée contre l'Empereur au sujet des événements de la Bohême , Marmont passe à la discussion des manœuvres des corps dirigés sur Berlin et la Silésie, et cet examen, entrepris avec le même esprit de malveillance qui l'anime plus ou moins contre tous ses compagnons d'armes , le mène aux appréciations suivantes.

Oudinot, qui commandait le corps détaché sur la capitale de la Prusse \ « homme excellent et brave soldat, était peu propre au commandement en chef d'une armée nombreuse. Il ne possédait pas la force desprit nécessaire pour conduire une opération com-^

^ Marmont, parlant de la marche sur Berlin, dit que cette opération si singulière, si absurde, ne peut s'expliquer, {Id,, 253.) n ayait condamné cette tentative d^un coup de main sur la Prusse en discutant le plan de Napoléon; il blâme également la manière dont elle fut exécutée. Napoléon était peu touché de ce blâme. A ses yeux , c^était à Berlin et non à Prague qu'étaient les fruits de la victoire de Dresde , et il se proposait de les aller cueillir lui-même {Manuscrit de 1813 , H , 310.) , quand les événements survenus en Prusse, en Silésie et en B4)hême le forcèrent de changer de plan.

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binée dont la durée doit embrasser plusieurs jours. » (V, 437.)... Son insuccès à Gross-Beeren le fit se résoudre trop facilement à une complète retraite. « C'était y dit Marmont , s'avouer à bon marché incapable de tenir la campagne ^ » {Ib.j S39.)

Ney , qui remplaça Oudinot et eut ordre de marcher en avant, exécuta cet ordre; « mais il le fit d'une manière inconsidérée. Un homme raisonnable ne peut trouver Vecoplication des mouvements qu'il ordonna. Oudinot avait péché par un peu de timidité et d'incertitude^ mais au moins il avait agi avec calme et prudence; son armée était encore intacte quand il la quitta. En peu de jours il en fut autrement avec son nouveau chef. » (/6., 240.)

Macdonald , qui commandait en Silésie , « homme de courage, dont le caractère droit et honorable mérite l'estime et l'affection de tous ceux qui le connaissent , n'aurait jamais dû être chargé d^un sem^ blable commandement; sa capacité fort médiocre le rend peu propre à un grand commandement. Le temps «'écoule avec lui en vaines paroles. II a cette activité malheureuse de certains hommes qui se laissent absorber dans les circonstances les plus importantes

par les détails les plus minutieux Aussi aucune

disposition ne fut-elle prise à temps et à propos» La

' Le corps d*Oudiiiot était si pétt intact après le cotnbat de Gfosstteeren, que ce furent les pettes graves quMl avait essuyées qui le déter" minèrent à la retraite. (Mantiscrït de 1813 , H, 803i)

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confusion régna partout, et l'armée, diminuée d'un tiers , perdit en outre la confiance qui jusque-là l'avait animée. » (/6*, 246.)

 ce tableau affligeant des corps d'armée confiés à Oudinot, à Ney et à Macdonald, Marmont en op* pose un autre dont l'aspect est au contraire tout à ftiit consolant. « Mon corps d'armée , dit le duc de Raguse, avait marché pendant vingt -deux jours sans un seul séjour, livré un assez grand nombre de combats, et fait souvent des marches de douze lioues; mais il était bien organisé. V esprit en était udinirable^ A l'exception des blessés , un petit nombre d'hommes seulement se trouvaient en arrière. Il ne manquait pas une pièce de canon ni une voiture d'artillerie ou d'équipage. » (V, 249.)

Marmont séjourna deux ou trois jours à Dresde , pendant lesquels il vit beaucoup Napoléon» « Dans la nuit du 1 2 au 1 3 septembre , je passai au moins trois heures avec lui , dit-il , à causer de la campagne. Il se livrait volontiers avec moi à la discussion de ses projets et à l'examen des événements écoulés. Il n'était pas tranquille sur son issue , quoi* qu'il aJSectÀt de la confiance» I^ bb plaignait de ses /téutetianC^, et il avait raison.... Quand je le quittai^ il me dit ces propres paroles : ^ Uéchiquier est bien embrouUU} il n'y a que moi qui puisse m'y reconnaît tre. » Ëélas! c'est lui-même qui s'est perdu dans ce labyrinthe I ^ (/6., 255, 256.)

352 RÉFITATIOX DES UEMOIRES DU DUC DE RAGLSE.

Quel est le sens, quel peut être le but d'une pareille exclamation ?

Napoléon, au début de cette longue conférence, s'est plaint de ses lieutenants, et Marmont a dit que c'était avec raison. Marmont, en cela, s'est montré conséquent. Dans sa critique continuelle du plan de l'Empereur, il s'est appuyé sur cette considération principale et pour ainsi dire unique, que la présence du grand capitaine était partout indispensable pour prévenir les revers et augmenter les chances de succès ; et quand Napoléon , justifiant cette pensée de Marmont et se rendant la même justice , déclare être seul à se reconnaître dans les complications de l'échiquier politique, Marmont, oubliant tout à coup ce qu'il a dit des lieutenants dont Napoléon avait raison de se plaindre, et qu'il accusait sans doute d'avoir contribué aux funestes événements de la campagne, Marmont s'écrie : « Hélas! l'Empereur s'est perdu lui-même dans ce labyrinthe ! »

C'est toujours l'idée du suicide politique de Napoléon, soigneusement rappelée par le duc de Raguse , pour écarter ou atténuer la responsabilité d'un autre crime dont l'histoire l'a chargé.

Non, l'Empereur ne s'est pas perdu lui-même.

Sa perte fut l'œuvre de la coalition monarchique, qui n'avait pas cessé de lutter ouvertement ou en secret contre la France nouvelle depuis 1789, et dont la Providence voulut favoriser momentané-

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