LIVRE QUATORZIÈME. 4S
§ IV
Le duc de Raguse eut dans son exil volontaire des préoccupations d'une autre nature. L'avenir de la France et de l'Europe lui importait peu. L'activité de son esprit était avant tout dirigée vers le passé 9 au sein duquel il avait vécu; et ce n'était pas pour entretenir et raviver l'admiration universellement excitée par les grandes choses qu'il avait vues, et auxquelles il avait pris part, qu'il interrogeait minutieusement sa mémoire. Il ne faisait un appel si pressant à ses souvenirs que pour y trouver quelques vestiges des faiblesses , des erreurs et des fautes dont il avait été témoin ou qui étaient parve* nues à sa connaissance, et pouvant diminuer et ternir, à l'aide d'une imagination aussi féconde que déréglée, le lustre d'une grande époque et la gloire de nos soldats, à commencer par celle de Napoléon.
conquête des nouveaux ordres , introduits dans le cercle du pays légal , prit le caractère d'un bouleversement social et dépouill&t yiolemment Tordi'e ancien de ses droits.. Le prolétaire , à son tour, ne deviendra légitimement et solidement propriétaire qu'à la condition de laisser faire le progrès des idées et des mœurs , aussi bien que Faction intelligente et sympathique de Pautorité , et de ne pas faire de son élévation , qui doit être progressive , une menace permanente de ruine soudaine pour les anciens propriétaires. Sa participation à la possession immobilière et industrielle , en se généralisant de plus en plus , doit marquer le terme de Pantagonisme traditionnel, et former le couronnement de Funité nationale et sociale, au lieu de n'être qu'un nouvel épisode et la triste continuation de la vieille querelle des races et des castes. -
On a vu avec quelle habileté perfide et quelle méchanceté infatigable il a poursuivi jusqu'ici son but, et combien de hautes renommées il a entrepris d'entacher ou d'abattre.
Il s'est vengé des Bourbons, qui ne lui tinrent pas assez compte du sacrifice qu'il leur avait fait de ses devoirs envers la France et l'Empereur, en prononçant d'avance contre la Restauration un anathème général , qui sert comme de préface à l'histoire de cette époque. Il ne lui reste plus qu'à renouveler et à développer, après le récit de la dernière heure des anciens rois, la phrase outrageante qu'il laissa tomber de sa plume pour annoncer leur avènement et caractériser leur règne.
« Cette malheureuse dynastie a été perdue, dit-il, d'abord par le défaut absolu de talent et le goût décidé chez elle pour la médiocrité , ensuite par son éloignement invincible pour tout ce qui avait de la noblesse, de la force et de l'élévation; par son ignorance des choses de ce monde , par son mépris profond pour ce qui n'était pas elle , par cette faiblesse innée envers tout ce qui composait son misérable entourage, par Tinfluence du clergé trop évidente, et dont Taction dans les affaires est si en opposition avec l'opinion publique; par sa mauvaise foi dans toutes ses démarches, et le rêve continuel de pouvoir absolu qui aurait mis entre les mains de pygniées , sous des auspices bien différents et dans de