‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 4 sur 207 · LIVRE PREMIER. â · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. â

détestait la révolution, et ses excès me faisaient horreur. // ne s'en est pas fallu de beaucoup alors que ce sentiment ou cette influence ne m'ait précipité dans les chances hasardeuses et incertaines de Vémigration. » (I, 24-25.)

Marmont se trompe. A cette époque , il ne songea pas sérieusement à émigrer. Les hésitations qu'il s'est rappelées plus tard ne prouvent qu'une chose , la fragilité et l'incertitude des principes libéraux et patriotiques pour lesquels il croyait et disait professer une espèce de culte. Pour ce qui est de l'émigration j en supposant que la belle dame y eût consenti , ce parti n'était pas fait pour tenter un jeune homme qui avait de la prévoyance, et dont l'ambition l'emportait à la fois sur le royalisme qui lui venait de la tradition , aussi bien que sur le libéralisme qu'il tenait des circonstances. La révolution, malgré ses excès, était alors dans toute sa force; elle était pleine de jeunesse et d'avenir, son drapeau portait dans ses plis d'immenses promesses; Marmont avait soif de renommée} il rêvait la gloire, la fortune ^ une grande existence, un grand pouvoir peut-être. L'émigration n'avait rien de pareil à lui oflErir; la révolution lui faisait espérer tout cela. Marmont n'avait pas à balancer : il demeura à la révolution , sauf à l'abandonner le jour où elle ne pourrait plus sauvegarder les hautes positions qu'elle aurait données.

Il était si bien décidé à rester et si éloigné de toute idée d'expatriation, qu'ayant été compromis et menacé de la lanterne comme aristocrate^ dans un mouvement populaire dont il impute la provocation à ceux de ses camarades qui passaient leur vie au club des jacobins ( il cite parmi eux Foy et Demarçay), et ayant obtenu l'autorisation d'aller attendre sa destination définitive dans sa famille , d'où il aurait pu se rendre aisément à l'étranger, il fut le seul des élèves à ne pas profiter de son congé et à prolonger son séjour à Châlons. Ce fut sans doute la passion qui le retint ainsi au milieu d'une population violemment irritée contre les jeunes gens de l'école d'artillerie. Mais quand il eut été arraché par son père à la domination de sa belle maîtresse , et qu'il eut été rendu à lui-même par les sages conseils de ce père et par les soins touchants de sa nière (1 , 29) ; quand, après avoir été obligé de renoncer pour toujours à la première femme qu'il eût aimée, il quitta le foyer paternel pour suivre sa vocation et courir les hasards de la guerre , le royaliste constitutionnel , V aristocrate de Châlons pensat-il alors à se diriger vers l'armée des princes , et à tirer l'épée pour la famille royale dont le sort le préoccupait vivement, et contre les jacobins qui avaient voulu le mettre à la lanterne ?

Non, ce ne fut pas vers le camp des émigrés qu'il se pressa de porter ses pas , bien que l'un de

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