LIVRE QUATRIÈME
plume de Marmont lui-même , et a été publié du vivant ^ de son auteur.
Dans la rédaction de ses Mémoires ^ le duc de Raguse s'est montré beaucoup moins diposé que le voyageur de 1 834 à glorifier Napoléon à propos des événements de Saint Jean d'Acre. Après s'être mutilé lui-*méme , en réduisant les pompeuses louanges insérées dans le récit du voyage en Syrie à deux ou trois phrases soigneusement purgées de toute expression laudative pour le grand homme j il s'est remis à faire, ou à puiser je ne sais à quelle source^ une nouvelle anecdote qui donne au héros une attitude ridicule et odieuse à la fois en face de l'un de ses principaux lieutenants.
« J'ai parlé des courtisans d'armée , dit-il à l'occasion du premier assaut de Saint-Jean d'Acre. Ils me fournissent l'occasion de répéter un mot spirituel de Kléber, où , dans cette circonstance , il donna avec finesse et modération une leçon au général en chef; mais celui-ci n*en profita pas. Le général Bonaparte t^erchait des approbateurs de cette disposition in*tempestive qui ordonnait de monter à Tassant. La brèche prétendue consistait en un trou de quelques pieds de diamètre , fait dans un mur non terrassé ) mais ce trou n*arrivait pas jusqu'à la terre , et il y avait encore six pieds de mur jusqu'au fond du fossés
* Voyage dû maréchal dite de Raguse en Hongrie, etci, etc.,
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Les gens qui poussaient à i'asisaut, et qui ne devaient pas y monter, avaient reconnu fort superficiellement les localités; ils répétaient, à l'imitation du général en chef : « Certainement, là brèche est praticable. » Kléber était présent, et son silence paraissait désapprobateur. Le général en chef provoqua son opinion, dans Tespérance de la trouver favorable , et celuici répondit : « Sans doute , mon général , la brèche est praticable , un chat pourrait bien y passer. » Cette phrase ne fait-elle pas image, et ne voit-on pas un chat sauter du parquet d'une chambre sur la fenêtre? L'assaut, exécuté, eut le résultat le plus funeste. »(II,2i,22.)
Il ne manque qu'une chose à cette imagé, c'est la couleur de la vérité.
Kléber a-t-il pu tenir un pareil langage à son supérieur, et lui jeter à la face une critique si amère de son plan d'assaut contre Saint-Jean d'Acre , quand il résulte de l'histoire des mouvements de l'armée pendant la campagne de Syrie que ce général fut empêché de se rendre à cet assaut par Bonaparte lui-même ? Il avait témoigné « une grande admiration de la belle manœuvre de la bataille du mont Thabor, où le général en chef lui sauva l'honneur et la vie, disent les Mémoires de Sainte-Hélène. Quelques semaines après, il inarchait, à la tête de sa di\ision , à Tassant de Saint-Jean d'Acre ; Napoléon lui envova Tordre de venir le joindre, ne vou-