LIVRE PREMIER
mit tout en mouvement , et en huit jours prit sur les représentants un ascendant dont rien ne peut donner Vidée, Vimhécile Carteauœ renvoyé, le digne et galant homme, le brave et respectable général Dugommier fut chargé de le remplacer. Bonaparte prit aussitôt sur son esprit le même empire* On le fit chef de bataillon pour lui donner de l'autorité sur tous les capitaines d'artil* lerie, {Mém* de Marmont^ I, 38, 39*)
Heureux capitaine Bonaparte 1 il lui a suffi de faire en passant une visite à un compatriote alom puissant, d'accepter le dîner d'un général imbécile, et de se moquer, en homme du métier, de quelques préparatifs ridicules pour mettre tout de suite sa supériorité en évidence et pour devenir tout à coup le vrai chef de l'armée , dominant les représentants et les généraux, et dirigeant souverainement le siège de manière à ne ménager sans contradiction tout l'honneur et tout le profit du triomphe!
Mais est-il bien vrai que le sort ait exercé cette influence presque exclusive sur le début merveilleux de Bonaparte , et faut-il croire que la rencontre et le crédit de Salicetti^ l'invitation fortuite et la nullité complète de Garteaux ^ l'interventioii de ses convives en débauche et l'infériorité de Dugommier et de tout le monde , en face de V homme du métier, aient fait à peu près tous les frais de l'élévation première du grand homme ?
Non, ce n'est pas tout à fait la puissance aveUgle
du destin qui a tiré soudainement de Tobscurité le capitaine Bonaparte par un concours inespéré d'insignifiantes coïncidences.
D'abord, ce prétendu capitaine était déjà commandant d'artillerie en arrivant à Toulon. Il ne faut que lire ses Mémoires pour s'en convaincre. Mais c'est là une erreur de peu d'importance.
En second lieu , le commandant Bonaparte ne se trouva pas fortuitement devant Toulon, et ce ne furent point les hasards accumulés d'une visite d'amitié, d'une invitation de simple politesse, d'une expérience absurde et d'une sollicitation improvisée dans les fumées du vin qui firent passer en ses mains la direction réelle du siège de cette place. Ce furent plutôt le discernement des chefs de son arme et la pénétration des représentants du peuple qui le signalèrent au gouvernement de la République. « Le comité de salut public , disent ses Mémoires , fit demander un ancien officier d'artillerie capable de diriger l'artillerie de siège; Napoléon fut désigné; il était alors chef de bataillon d'artillerie; il reçut l'ordre de se rendre en toute diligence au quartier général de l'armée devant Toulon pour y organiser le parc et l'artillerie : il arriva au Beausset le 12 septembre, et se présenta au général Carteaux, dont il ne tarda pas à reconnaître l'incapacité. » ( Mém. de Napoléon , 1 , 14.)
Mais cette incapacité contribua-t-elle du moins à