‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 74 sur 207 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

et sans bruit au milieu d'une population plus qu'in*^ différente.

Marmont proclame l'effet immense de ce change* ment de régime dans l'opinion. « Il en résulta une grande confiance dans l'avenir , une espérance sans bornes, et la conviction qu'un gouvernement répa- . rateur et fort allait succéder à l'ordre politique faible

et misérable que nous avions détruit On peut

apprécier le changement survenu dans les esprits par le mouvement prodigieux des fonds publics : lès cinq pour cent, avilis au dernier degré et cotés à sept francs, montèrent en peu de jours à trente francs.

)) Le général Bonaparte fit l'organisation politique connue sous le nom de constitution de l'an viii. Les pouvoirs du Premier Consul reçurent un grand développement, et l'influence des assemblées fut restreinte jusqu'à les rendre presque ridicules ; elles devinrent une ombre de représentation , tant par le mode d'élection que par les conditions attachées à l'exercice de leurs fonctions.

» Ce qui montre, ajoute-t-il, le changement survenu dans l'opinibn, c'est que dans le comité de constitution, composé de cinquante personnes qui toutes devaient leur situation politique aux assemblées, aucune d'elles ne réclama contre.ces dispositions ; on était tellement fatigué de la manière dont les assemblées avaient abusé de leur pouvoir, on était tellement effrayé des dangers auxquels on

1G8 RKFUTATIOM DES MBIOIRES DU DUC DE RAGISE.

venait d'échapper, que tout ce pariage, si fort à la mode autrefois, n'était plus dans le goût de per-» sonne. » (II, 100, <01, 102, 103.)

Marmont salue donc avec enthousiasme Tinaugu* ration.du Consulat ^ « Ce gouvernement a tenu longtemps, dit-il, tout ce qu'il avait promis. » Mais, à peine cet hommage à la vérité historique est41 tombé de sa plume, qu'il se presse d'arrêter l'élan d'âdmi* ration auquel il a été entrainé, pour se jeter à la hâte dans un avenir moins prospère, et reprendre bien vite son œuvre de dénigrement, (x Hélas! s'écrie*t»il, comme il arrive souvent dans les choses qui ne sont ni dans les mœurs ni dans les institutions , comme il arrive dans les créations qui tiennent seulement à la volonté d'un homme , quand Bonaparte chan-

* Marmont s'est distingué des autres détracteurs de Napoléoà, j'en ai déjà fait la remarque , en le justifiant de Paccusation d'insensibilité dont il a été souvent l'objet. J\ raconte à ce sujet un trait qui se rapporte au jour même de l'installation des consuls au Luxembourg.

Marmont avait voulu ramener d'Egypte un ordonnateur des lazarets nommé Blanc, et dont la nostalgie dévorait l'existence. Cet homme , furtivement embarqué , avait été découvert au moment du dépai*t. Le général Bonaparte l'avait fait porter à terre malgré ses cris déchirants. Mais une fois en pleine mer, il avait dit à Marmont de lui rappeler son ami quand ils seraient à Paris. Marmont ne s'en souvint pas au milieu des grandes émotions de la scène politique. Bonaparte y pensa pour lui. tt Le premier acte qu'il ait signé au Luxembourg le 20 brumaire, comme consul provisoire, fut le rappel de Blanc, et le second sa nomination dé consul général à Naples , chose à peine croyable , mais exacte. Je n'eus pas le mérite de lui rappeler ce malheureux , je VaurcHs/ait sans doute plus tard; mais j'avoue que moi, son ami, je ne pensais pas à lui dans ce moment : le bienfait de Bonaparte le rappela seul à ma mémoire. >» (II, 40, 41.)

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