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les causes de la « crise d'autorité » qui est en effet sufisamment, claire pour s'affirmer même à leurs yeux. Aucun n'en voit la cause unique, qui est que ceux qui exercent l'autorité ont cessé d’en être dignes. « Autorité » est un mot qui ne veut rien dire s'il ne représente une notion organique de la hiérarchie sociale, soit une adaptation profonde de l'individu et de sa fonction à l’état d’un monde soumis, comme l'individu même, aux lois de l’évolution économique et technique, et par conséquent morale. « Liberté » est un mot qui ne veut rien dire s'il ne représente pas lui aussi une notion organique des aptitudes individuelles, c’est-à-dire du rôle que l'individu peut et doit être appelé à jouer dans la masse du corps social, pour son intérêt etsa force. Or, ce sont les pires € individualistes » , soit ceux qui ont perdu le plus complètement le sens de l'organisme unanime qui se réclament de l'Autorité, comme ce sont les individus les plus asservis aux vieilles idéologies grégaires qui se réclament de la Liberté.
Les manifestations autour de Coriolan ont constitué la démonstration la plus candide de ce plat confusionnisme où les notions de « liberté » et d’«autorité » s embrouillent de telle sorte que chacun, suivant ses besoins et les circonstances, peuttirer de ce chaos verbal le lambeau idéologique qui alimente son action. La cohue des politiciens, des parlementaires véreux, des gangsters de banque et de bourse, doit être balayée, sans doute, mais par-qui ? Par ses clients? Par ses complices? C'est partout et toujours l’équivoque et le mensonge. L'Eglise sanctifie Jeanne d'Arc après lavoir brûlée. Topaze, qui descend dans la rue pour défendre € la moralité et la probité », donne aux avenues de sa ville les noms de Barbès, de Proudhon, de Blanqui, de Jules Vallés, d'Elisée Reclus, de Jaurès. La Marseillaise couvre de ses ailes ardentes monarchistes, capita-
listes, prêtres, fabricants de canons, républicains € modérés », brasseurs d’affaires confondus. On la braille « tête nue » sur les marches de la Bourse. Par crainte des conséquences sociales qu'elle doit nécessairement entraîner, la démocratie adopte pour lit de plumes ce marécage nauséabond qu'on appelle « classe moyenne ». Les « patriotes » prennent pour symbole de leurs désirs un traître à la patrie qui leur cracherait à la face ses poèmes d'orgueil. Et la pègre dorée envahit balcons et tribunes pour acclamer un fantôme qui, vivant, leur eût fait rentrer dans la gorge ses clameurs asinaires avec le pommeau de lépée.
Une aristocratie n'a jamais été et ne peut être que l'expression d'un état organique de la société qui conditionne une hiérarchie inexorable de forces qu'équilibrent et répartissent les fonctions les plus essentielles du corps social. La « société » moderne est le contraire de cela, et le parlementarisme lé plus abject en est une des conséquences et non la cause comme on le croit où feint de le croire en général, bien qu'il contribue comme tant d’autres phénomènes à en précipiter la dissolution. C'est le régime économique qui corrompt les députés, non les députés qui corrompent le régime économique. L'état d'esprit des manifestants de théâtre et de bourse participe de cette anarchie grandissante dont une aristocratie nouvelle, fondée sur les besoins vivants des multitudes, serait le remède. Maïs ce sont précisément ceux qui s'élèvent avec le plus de violence contre
la racaille électorale qui sont le plus éloignés des dis- ciplines fécondes par quoi l'organisme commun pourrait se régénérer. Esclaves, en ce sens qu'ils sont incapables d'adopter volontairement des solutions nouvelles exigées par les problèmes sociaux, et sollicitent lapplication bien organisée de la trique faute d'accepter l'armature intérieure qui seule pourrait les redresser.
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L'âme aristocratique est moins loin du peuple vivant, que sa fonction est de conduire, que des démagogues de tout poil qui battent le tambour sur les ventres creux pour les jeter aux frontières, ou fascinent les sots avec le miroir aux alouettes pour retourner leurs pauvres poches où dansent quelques sous. L'âme aristocratique, poséesur le visage des valets comme un masque im mobile bar-
bouillé d’apophtegmes flasques et de maximes boursou-
flées s'est réfugiée en quelques cœurs solitaires, en attendant que la technique des métiers nouveaux, par
l'entraînement progressif aux méthodes précises et aux
gestes appropriés se substitue, dans la formation des esprits, aux disciplines surannées des morales intéressées et des révélations surnaturelles. Depuis qu'elles se sont confondues avec la propriété matérielle au lieu de s'attacher aux fonctions spirituelles, les valeurs de commandement ont failli à leur tâche. Si celui qui est fait pour commander obéi au moins provisoirement — c'est que le rideau des mitrailleuses le sépare de ceux qui commandent alors qu'ils sont tout juste dignes d’obéir, même sous le fouet.
Nous sommes en présence, ici, de la dernière phase de l’individualisme instauré par la Renaissance et la Réforme, un instant discipliné, sinon contrarié, par la méthode, et de nouveau orienté par l'Encyclopédie et la Révolution vers ses destinées historiques, qui étaient de tirer de l'individu la plus grande somme possible d’héroïsme, d'intelligence, de médiocrité et de misère pour démontrer la nécessité d’un nouvel ordre social et en édifier les charpentes.
Un jour qu'un homme distingué me déclarait avec force : « Moi, je suis individualiste », je lui répondis humblement : « Et moi, je voudrais bien devenir un individu. »
C'est assez difficile. Et vis-à-vis de soi, parce que ce dessein exige quelque application. Et vis-à-vis d'autrui, cette application restant invisible, et donc inapte à satisfaire la vanité. Le sage est comparable à un amateur de musique qui voudrait aller entendre une symphonie lointaine et que des virtuoses, travaillant chacun pour soi sur des instruments disparates, entoureraient dès le départ pour l'empêcher de marcher. C’est le règne du « concerto ». Si ignorant qu'il soit, | « individualiste » reste suffisamment instruit de la sottise des autres pour ne pas douter que sa propre sottise parvienne à les fasciner. La publicité, légitime pour le produit naturel, ou fabriqué, la chose tangible, la chose éprouvable, la chose qui porte sa sanction dans sa propre qualité, a gagné « le spirituel » même. Les peintres de vingt ans exposent jusqu'à leurs projets de dessins. Trois ministres ennuyés assistent à leur vernissage. Les écrivains vendent leurs livres à la porte des libraires. Les prix, laborieusement préparés par le candidat, vont
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