RÉGÉNÉRATION DES OS CHEZ L HOMME
mentaux et les faits cliniques. On avait beau multiplier ces derniers faits et les rendre de plus en plus probants, les adversaires des résections sous-périostées demandaient toujours des preuves plus directes de la régénération osseuse par les gaines périostiques détachées artificiellement de i’os. On n’avait que des exemples de régénération après les nécroses spontanées, mais les faits de ce genre, toujours complexes et d’une analyse difficile, à cause de la multiplicité possible des sources d’ossification, ne pouvaient pas résoudre la question.
Dans ces dernières années, il nous a été possible de faire directement la preuve de la régénération osseuse sur l’homme après les résections sous-périostées; et nous pouvons aujourd’hui montrer les pièces de nombreuses autopsies pratiquées sur nos anciens réséqués, morts d’une maladie accidentelle, plusieurs années après la résection. En mettant en présence les pièces enlevées par la résection et les pièces de l’autopsie, il est facile de se rendre compte du degré de régénération osseuse, de la forme réelle des parties reproduites et de la manière dont elles sont articulées. Nous en citerons trois observations, en figurant les pièces recueillies à l’autopsie. On en trouvera, du reste, de plus nombreux exem-
AUTOPSIES D’ANCIENS RESEQUES
pies dans le volume que nous consacrerons à l’étude des résections des grandes articulations des membres.
Voici d’abord l’autopsie d’une résection de l’épaule, faite neuf ans après l’opération :
La pièce a été recueillie sur un homme de 35 ans, mort de méningite, après une exposition prolongée à un froid excessif pendant l’ivresse alcoolique. Cet homme avait élé opéré par nous en 1871. Il était atteint d’une suppuration de l’épaule gauche due à une os téo -arthrite tuberculeuse.
Depuis son opération, il exerçait le métier de colporteur et se servait, disait-il, de son bras opéré comme de l’autre pour les divers usages de la vie. Il chargeait ou déchargeait ses ballots sans difficulté. Il allait chercher de l’eau à la fontaine, portant un seau de chaque main et le posait sur la table; ou bien tenant un de ses enfants du bras droit, il portait le seau de la main gauche et le plaçait sans peine sur l’évier.
Les différents muscles s’inséraient tous à leur place normale, et quoique présentant tous une atrophie sensible relativement à ceux du côté sain, ils fonctionnaient régulièrement. La tète humérale reconstituée, plus inégale que la tète normale, est de nouvelle formation solidement
Ollier — Régénération des os
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Fie/. 27. — Vue d’ensemble de l’articulation scapulo-bumérale reconstituée après la résection do la tète humérale pratiquée 9 ans auparavant.
II, humérus dont la tète I présente un aspect mamelonné (sur les saillies et dans leurs intervalles s’insère la capsule articulaire); A, acromion ; LC, clavicule ; D, corps de l’omoplate ; C, apophyse coracoïde ; K, ligaments coraco-claviculaires ; L, voûte acromio-corae.oïdiens ; P, tendon du grand pectoral coupé près do son insertion humérale; S, biceps, dont la courte portion /' s’attache à l’apophyse coracoïde et la longue portion se perd dans la capsule articulaire ; d, deltoïde renversé en bas; a, muscle sus-épineux ; b , muscle sous-épineux ; c, petit rond; muscle sous-scapulaire.
AUTOPSIES D’ANCIENS RESEQUES
articulée avec la cavité glénoïde ; une capsule solide et épaisse, renforcée par les tendons des muscles des tubérosités, assure la régularité de l’articulation . Quant au degré de la régénération osseuse, on ne peut en juger par l’aspect extérieur de la pièce ; il a fallu fendre la nouvelle tête humérale, et en la mettant alors en présence de la tète primitive, retranchée par la résection, on peut se rendre compte du volume réel de la masse reproduite. Ces deux pièces sont réduites de moitié.
Nous représentons d’abord l’articulation dans son ensemble ( fi g . 27) ; l’humérus présente un renflement mamelonné qui s’articule avec la cavité glanoïde de l’omoplate à laquelle il est fixé par une capsule épaisse. Toutes les insertions musculaires ont été conservées et sont visibles dans le dessin.
Toute la masse renflée n’est pas de formation nouvelle; une portion de la diaphyse ancienne est épaissie par des
Fig. 2S. — Téta humérale enlevée par la résection. Dépouillée île son cartilage diarthroïdial et profondément érodée en certains points, elle présente au niveau de sa grosso tubérosité une cavité qui contenait une masse tuberculeuse.