Regeste dauphinois ou repertoire chronologique et analytique des documents imprimes et manuscrits relatifs a l'histoire du Dauphine, des... vol. 5
Comme les précédents, cet avant-propos n’a pas de prétention à faire figure de Préface; c’est une simple lettre d’envoi d'un nouveau volume. Il y a pour moi plus de convenance et d'agrément que de nécessité à l’écrire , et je pense, pour les souspripleurs, plus de satisfaction que d'utilité à le recevoir.
Entre .ceux-ci et .l'auteur, une collaboration existe. A ceux qui fidèlement me soutiennent depuis dix ans dans mon rude labeur consacré à l’honneur de la patrie delphinale, je suis heureux de prouver par des actes que notre solidarité porte ses fruits elquela grande œuvre pour laquelle ils se sont bénévolement associés à moi est sur le point de se terminer.
J’avais promis un volume par an. Au mois de juin 191 h, le troisième volume du Hegesle Dauphinois était mis en vente, en avance dé deux mois, et je laissais prévoir pour la suite une égale célérité.
Tout, alors, concourait à favoriser notre vaste entreprise l La copie était prêle, /'Imprimerie Valentinoise me fournissait avec une régularité impeccable des épreuves excellentes ; j'étais bien secondé, et je n’avais que soixantetreize ans !
Le quatrième volume était vigoureusement lancé, lorsque survint la Guerre. Il fut à peine rallenti par le cataclysme, grâce à l’ingéniosité de M. Passas, directeur de /'Imprimerie, et à sa prévoyance à se fournir de papier, si bien qu’il parut en juin 1915, exactement à- l'échéance prévue. Ses épreuves avaient plus d'unefois visité les secteurs de première ligne, à la poursuite de mon collaborateur M. Dujet, qui ne se souvient pas sans émotion de les avoir lues dans de précaires abris, à la lueur d'une bougie masquée par une toile de lente.
Mais les événements l'emportèrent enfin sur toutes les bonnes volontés, de sorte que le tome K dont l’échéance devait coïncider avec le milieu de l'année 1916, est terminé seulement an troisième quart de 1921.
Il y aurait en de ma part une réelle présomption, en . 1915, à supposer que je pourrais impunément m'arrêter pendant cinq ans, puis reprendre et terminer : /’ invi'aisemblable hypothèse est en train de se réaliser.
Cependant, le désordre économique résultant de la Guerre dressait soudain devant moi un obstacle imprévu. Comment faire face aux prix d’édition quadruplés ? Les anciennes conditions de souscription ne représentaient plus qu’un faible secours et je ne pouvais me résoudre à les multiplier par quatre. Une idée me vint : soumettre celle difficulté à quelques amis de l’histoire dauphinoise et collectivement , aux membres de ma Société Dauphin Humbert 11, dans sa réunion annuelle du 1 1 avril dernier.
' Plusieurs , très spontanément, quelques autres, après réflexion, ont compris qu'il y avait un devoir patriotique à accomplir et une bonne œuvre envers les érudits, dont la situation de fortune n'est pas toujours au niveau de leur mérite. Leurs généreuses souscriptions ont momentanément levé l’obstacle qui avait failli m’arrêter. Je me devrai de donner leurs noms pour les désigner à la gratitude du public studieux.
Pour les autres souscripteurs, le sacrifice qui leur est demandé est loin de correspondre avec le prix de revient, puisque le prix de la feuille est seulement doublé, c'esl-àdire porté de 0 fr. 60 à 1 fr. 20, et le volume de 36 fr. à 72.
Certains auront peut-être la généreuse pensée de m’ojfi ir une aide plus efficace, qui aurait pour résultat de hâter la publication du sixième et dernier volume.
Les volumes IV et V occupent la période de 1309 à 13U2 par conséquent tout le règne personnel du dauphin Jean 11, celui de Guignes VU et la majeure partie de celui de Humbert II.
En apportant à la dauphine Anne ses baronnies de la Tour et de Coligny, en. 127 3, Humbert, chef de la troisième race des Dauphins, agrandissait considérablement l'élat
■delphinal. enlevait à la maison de Savoie toute possibilité d expansion vers l’ouest et rendait inévitable d'établir enlre les deux états rivaux une frontière rationnelle, supprimant la flèche que les possessions du comte faisaient à travers les terres du dauphin jusqu’aux portes de la ville de Vienne.
Humbert, devenu ilauphin en 12S2, se mil en devoir de poursuivre la formation territoriale du Dauphiné et y réussit largement, par les moyens appropriés aux circonstances. Sa nombreuse famille lui servit à consolider son état par des unions honorables, comme celle de son fils et successeur Jean, qui épousa Béalrix, fille du roi de Hongrie, s’alliant du même coup aux maisons régnantes de France et de Sicile ; son fils Hugues s’allia avec une princesse de Savoie, sa fille Catherine avec Philippe de Savoie, prince d’Acliaïe, dont elle fil un ami du Dauphiné, Alix, Marie, Béalrix et Marguerite lui assurèrent l’alliance ou le vasselage des comtes de Foi’ez, de Valenlinois, des seigneurs de Chalon Arlay et du marquis de Salaces. Guy, apanagé de la baronniede Montauban, récemment acquise (31 août 1302), contractait maridge dans la maison dûs Baux et Henri Dauphin, entré dans les ordres, devint chanoine de Vienne. puis évêque de Metz et, après la mort de son frère Jean II, exerça la régence durant la minorité de ses neveux Guigues et Humbert ; il recueillit enfin la succession des baronnies de Montauban et Mévouillon.
Jean II poursuivit l’œuvre de son père, acquérant l'hommage du sire de Thoire et Villars (19 octobre 130S). du comte de Genève (16 juin 1316) et la propriété de la baronnie de Mévouillon (2 septembre 1317).
Son fils, le chevaleresque Guigues VII, consacra celle prospérité par son alliance avec Isabelle de France et par sa valeur militaire à la bataille de Varey (août 1325), dans laquelle il fit une ample moisson de prisonniers de marque, et sa participation à la bataille de Cassel en 1328. Un des principaux vaincus de Varey, Edouard de Beaujea. se reconnut son vassal et son allié (24 novembre 1327), d’autres l imitèrent ; il s’empara de Gourdans en juin 1327 et vil d’autres fiefs se placer sous sa suzeraineté.
Aussi, lorsqu’après sa mort prématurée au siège de la Perrière (23 juillet 1333), son frère flumberl quitta les délices de la cour de Naples pour venir ceindre sa couronne, il put se parer de litres qui témoignaient de sa puissance : Humbert, dauphin de Viennois, marquis de Césane. duc de Champsaur, comte de Vienne, d'Albon, de Graisioaudan, de .Gapençais, d'Embrunais, d’Andria, comte palatin et seigneur des baronnies de la Tour, Fancigny, Valbonne, Montauban et Mévouillon.
Celle énumération se trouve dans la confirmation des libertés de la Mare (1337). Humbert n’y mentionne pas ses possessions d’Auvergne et il ne dit pas que celle même année /’ empereur lui a fait offrir la couronne du royaume d’ Arles.
Ce dernier dauphin rechercha immédiatement un accommodement avec le comte de Savoie, entrant ainsi dans les vues du pape et du roi de France. Mais celui-ci n’obtinl pas son appui contre les A nglais et même le roi Edouard caressa, en 1338, /’ espoir de le gagner à sa cause, comme il l’avait déjà fait l'année précédente, des meilleurs capitaines du Dauphiné : Hugues de Genève, seigneur de Varey et (TAnlhon, Lantelme Eynard, seigneur de Chalançon, d Amédèe de Poitiers, par l’intermédiaire de Radulphe, coseigneur d'Ilauleville, et rêvait d'attirer le comte de Genève, le seigneur de Cïex, le seigneur de Châtillon, etc., compagnons d'armes du vainqueur de Varey.
Humbert JI poursuivit à sa manière et très activement l'accroissement du pouvoir delphinal. La guerre n’ était pas nécessaire pour y parvenir. On pouvait agrandir le domaine ou le fief. Humbert s'attacha à faire disparaître les derniers alleux, soit en achetant l'hommage des seigneurs à ‘ deniers comptants, soit en leur accordant sur son propre domaine unc^ augmentation du leur, pour obtenir la reconnaissance de tout leur fief et les avantages qui en découlaient pour un suzerain, notamment le service militaire.
REGESTE
RÉPERTOIRE CHRONOLOGIQUE â ANALYTIQUE