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CHAPITRE III

ORGANISATION PÉDAGOGIQUE DES ÉCOLES. — T'ABLEAU SYNOPTIQUE DES MATIÈRES DE L'ENSEIGNEMENT. — PROGRAMME D'ÉTUDES AVEC DIVISIONS ANNUELLES ET INSTRUCTIONS PÉDAGOGIQUES.

Organisation pédagogique des écoles.

71.—LI. Instruction morale et religieuse.—L'enseignement de la religion doit tenir le premier rang parmi les matières du programme des études, et se donner ponctuellement dans toutes les écoles. :

Les élèves qui se préparent à faire leur première communion seront l’objet d’une attention spéciale, en ce qui concerne l’enseignement du catéchisme. Au besoin, on les dispensera d’une partie des exercices de la classe.

Il est du devoir des maitres de suivre les avis du curé, en ce qui regarde la conduite morale et religieuse de tous les élèves.

72.—IL. Classement des élèves— Les écoles à un seul maitre ne doivent pas comprendre trop de catégories d'élèves. Un instituteur qui fractionne trop ses classes divise outre mesure son temps et ses forces et rend le maintien de l’ordre difficile, sinon impossible.

Quatre classes ou divisions pour les écoles élémentaires du second degré, et trois pour celles du premier degré, sont tout à fait suffisantes. Et dans ces classes ou divisions, on ne doit pas établir de sous-divisions; excepté peut-être dans la première année— où un enseignement spécial pourrait, en cas de nécessité, être donné provisoirement à un certain nombre d'enfants moins avancés. Dans le cours

modèle, on n'aura jamais plus de deux divisions. Et ainsi, dans le cours académique.

: Dans les écoles élémentaires à deux maitres, le premier maître doit surveiller activement l’enseignement qui se donne à tous les élèves. Mais il se chargera luimême de la troisième et de la quatrième année, et son assistant sera chargé des deux premières années. S'il n’y a qu’une division dans le cours modèle, le maître de cette classe enseignera en même temps aux élèves de la quatrième année, c'està-dire à ceux du cours élémentaire—second degré.

Une année pourrait suffire à la rigueur pour l'étude des matières de chaque division ou année, avec des élèves d’un talent et d’une application ordinaires. Dans bien des cas cependant, surtout dans les écoles élémentaires de la campagne où la fréquentation laisse à désirer et où l’instituteur doit diriger plusieurs classes à la fois, il faut faire doubler la même année aux élèves trop faibles pour passer avec profit dans une classe supérieure.

Afin de multiplier son temps, il est du devoir de l'instituteur de faire profiter le plus grand nombre possible d'élèves de ses explications. Chaque fois que la chose sera praticable, il fera donc participer deux et même, pour certaines spécialités, trois classes à son enseignement.

73.—III. Tableau de l'emploi du temps.—Vu les conditioi. parfois considérablement différentes où se trouvent les écoles, il n’est pas imposé de tableau unique de l'emploi du temps.

Mais chaque titulaire est tenu d’en préparer un pour son école, et de le soumettre à l'appréciation de l'inspecteur. Après approbation, cet horaire sera affiché, bien en vue, dans les salles de classe.

Il devra satisfaire aux conditions générales suivantes: =

Toutes les matières du programme des études y auront leur place, exactement déterminée par jour et par heure.

A chacune des spécialités sera attribué le temps qui lui revient en raison de son importance, soit absolue, soit relative. Les leçons d’écriture et de lecture, par exemple, auront plus de durée dans le cours élémentaire que dans le cours modèle ; et l’on y suppléera peu à peu par les devoirs écrits. L'étude de la langue maternelle est indispensable partout et au même degré; mais il n’en est pas de même de l'étude de la seconde langue. Le temps consacré à la langue étrangère peut donc varier selon les besoins des élèves. ‘enseignement du calcul est aussi nécessaire partout; mais le développement du cours de mathématiques, en étendue et en intensité, peut varier sans invonvénient, selon qu’il se donne dans une école rurale, où dans une école commerciale. Et ainsi du cours d'agriculture; il sera plus complet et par suite prendra plus de temps dans les régions agricoles que dans les centres industriels. Le dessin, tout en restant substantiellement le même, s'oriente d’après les exigences des milieux, la nature et la constitution des écoles, et occupe dans le règlement journalier une place plus ou moins considérable. Enfin, d’une façon générale, plus d’une leçon se mesure différemment, suivant qu’elle s'adresse à des filles ou à des garçons; les besoins de ces deux catégories d'élèves ne sont pas tout à fait les mêmes.

I1 faut tenir compte de toutes ces considérations dans la confection du tableau de l'emploi du temps. Les adaptations doivent néanmoins se faire sans que le pro-

ORGANISATION PÉDAGOGIQUE DES ÉCOLES 23 gramme subisse ni d'altérations graves, ni de modifications trop considérables, car le niveau général de l'instruction doit être le même dans toutes les écoles. Il s'agit simplement d'interpréter le programme des études et de l'appliquer avec discernement. On n’est pas autorisé à le changer et à le bouleverser.

Un bon emploi du temps proportionne aussi les leçons et les devoirs aux différents cours et à l’âge des enfants. Ces exercices seront donc plus brefs dans le cours élémentaire que dans le cours modèle, et dans le cours modèle que dans le cours académique. Toutefois, sous le prétexte d'éviter un effort trop long et trop continu de la part des élèves, il ne faudrait pas donner dans ces coupures multipliées et ces fractionnements exagérés, qui tiennent la classe dans un mouvement perpétuel et empêchent toute application sérieuse. Avec les jeunes élèves du cours élémentaire, les exercices ne doivent pas durer plus de vingt minutes, et pas plus d’une demi-heure avec les autres, sauf quelques rares exceptions. Avec les élèves du cours modèle, la durée moyenne et ordinaire des exercices est d’une demiheure. Avec ceux du cours académique, les exercices ne doivent généralement pas dépasser une heure.

L'ordre rationnel demande que les spécialités les plus importantes, ou qui exigent le plus grand effort d'attention, soient placées de préférence au début des classes, tels sont les exercices de grammaire, d’arithmétique, de rédaction. Il importe, en outre, de disposer les exercices dans un ordre varié et hygiénique: un xercice facile après un exercice fatigant, un devoir écrit après une leçon orale, un exercice debout après un exercice assis. ,

Dans le but également de détendre l'esprit et d'empêcher la lassitude, l'horaire partage les classes du matin et de l'après-midi en deux séances, coupées par une courte récréation, ou par des mouvements et des chants. Chaque séance est divisée elle-même en plusieurs leçuns, et chaque leçon ou devoir en deux parties: la leçon orale proprement dite et l'interrogation de contrôle ou l'exercice d’application ;—le devoir écrit et la correction.

On ne se croira pas obligé à faire revenir chaque jour toutes les matières du programme. Ce serait une impossibilité, à moins de morceler le temps outre mesurc :* de n’assigner à chacune des spécialités qu’un quotient insuffisant. Certaines leçons ne seront données sue deux ou trois fois par semaine: l'écriture et la lecture dans les classes supérieures, les histoires étrangères, le dessin, etc.

Enfin, dans l’établissement de l'horaire, on n'oubliera pas de prévoir les récapitulations et s'-rtout ‘es compositions hebdomadaires et mensuelles. On assignera à ces exercices le temps qui leur revient de droit dans toute école bien organisée.

74.—IV. Registres à l'usage du maître.—Les écoles doivent ètre pourvues de certains registres, où se font différentes écritures concernant leur tenue.

Il n’est question ici que des registres relatifs à la fréquentation de l’école et à son organisation pédagogique.

Le registre matricule et le registre d'appel composeront le premier groupe.—

Dans le registre matricule, le maître inscrit les élèves admis à l’école; dans le registre d'appel, se fait la constatation des présences et des absences journalières.

Le second groupe est composé du journal de classe et du registre des notes méritées par les élèves.—

Au journal de classe, sont consignées toutes les leçons données dans le courant de la journée. Des renvois au cahier de préparation seraient très utiles, pour préciser davantage la nature et l'étendue de chacune de ces leçons.

Dans le registre des notes, sont marqués journellement les points obtenus par les élèves. Ces bons points pourraient avoir une valeur fictive qui correspondrait aux valeurs monétaires. On établirait, par exemple, des points de 5, 10, 20, 25 et 50 cents et d’une piastre. Les jeunes enfants s'accoutumeraient ainsi à compter de l'argent.

75.—V., Mise à exécution du programme.—Le programme des études, bien que très détaillé, n’en laisse pas moins une large part à l’initiative de l’instituteur, surtout quant à la manière dont chaque spécialité peut être enseignée, et quant à l'adaptation des leçons aux circonstances locales et aux besoins spéciaux des élèves.

Aucune modification de fond ne doit cependant y être apportée, sans le consentement de l'autorité compétente.

76.—VI. Mode d'enseignement.—Les élèves les plus avancés peuvent être appelés à rendre quelques services, surtout dans les écoles tenues par un seul maître. Mais la tâche des moniteurs doit se borner à faire lire les enfants, à entendre la récitation des leçons, à donner la dictée. C'est toniours le maître qui enseigne successivement aux différents groupes. Les élèves :ioniteurs ne peuvent jamais être chargés de mor’ .. du nouveau.

Pend> ..s heures de classe, il est d’une importance capitale que les élèves ne restent jamais oisifs; et toute leçon doit donner lieu, de la part de l'élève, à un travail persounel qui le tient occupé pendant que le maître passe à un autre groupe. S'il vagit, par exemple, de la leçon de catéchisme, l’instituteur enseigne de vive voix le texte aux commençants ; ceux-ci le répètent distinctement après lui, pendant que les élèves plus avancés repassent en silence la leçon du jour. Le moniteur fait ensuite répéter individuellement le texte appris et le maître passe à une autre division.

[Le mode spécifié ci-dessus doit être aussi employé pour la lecture. Le maître s'occupe d’abord des plus jeunes. Pendant ce temps, les autres préparent leurs leçons. Puis, pendant que les commençants, avec l'assistance d’un moniteur, répètent la lecture, font la copie ou la dictée de la leçon apprise, l’instituteur enseigne à la classe suivante. Cette classe fait ensuite à son tour un devoir écrit en rapport avec la leçon qui vient d’être lue et expliquée. On procède d’une manière semblable pour la plupart des spécialités.

Par mesure d’ordre, le maître établira toujours à l'avance la liste des moniteurs, et il les désignera à chaque classe dans un ordre variable connu de lui seul. De cette façon, les moniteurs seront obligés d’étudier leurs leçons et de préparer leurs devoirs.

7.—NU. Procédés d'enseignement.—Les procédés sont des industries, des expédients, des moyens pratiques, mis au service des modes et des méthodes générales d'enseigner. Cependant ii convient de remarquer que, malgré la différence établie entre le mode, la méthode et le procédé, ces trois choses ne sont séparées quelquefois que ar une nuance. Il arrive mème à la langue pédagogique de ” nfondre,

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Ainsi entendus, les procédés d'enseignement peuvent être très variés. Il ne sera parlé ici que des principaux.

78.—VIIIL. Procédé intuitif.—Employer le procédé intuitif, c'est recourir à un objet concret pour inculquer une notion abstraite. Ainsi se servir de billes, de bâtonnets, de büchettes, pour donner aux enfants l'idée du nombre, des unités, des dizaines; faire usage de gravures, pour leur expliquer un événement historique ou une leçon de catéchisme; montrer à la classe un carré de papier, un dé à jouer, avant d'aborder le tracé ou l'étude de ces figures géométriques; placer devant les yeux des élèves un globe terrestre, des croquis esquissés au tableau noir, pour leur faire mieux saisir la forme générale de la terre, les contours d’un lac, la direction d’une rivière ;—tout cela c'est employer le procédé intuitif.

Et si le maître veut être compris, surtout des plus jeunes enfants, il lui faut absolument user de ce moyen d'instruction. Utiles et même nécessaires dans toutes les classes du cours élémentaire, les procédés intuitifs seront aussi très précieux dans les cours supérieurs;—quand on y abordera, par exemple, des notions nouvelles ; et, d’une manière générale, dans les leçons de sciences naturelles.

Tout maitre zélé doit être familiarisé avec l'emploi de cette méthode.

79.—IX. Tableau noir.—On a dit avec raison qu’un tableau noir vaut un assistant. C'est peut-être le moyen par excellence de rendre l’enseignement intuitif. L’instituteur ne saurait craindre de faire un usage exagéré de cet auxiliaire indispensable. C'est le livre commun à toute la classe, au maître comme aux élèves. Il faudrait l’avoir presque constamme:,. * ° 5 yeux.

C'est là surtout qu’on devrait étudie: en ‘le, en faisant un large emploi de la méthode d'observation et d'invention, toutes :es spécialités du programme. Rien n'est plus propre à frapper l'imagination des élèves, à fixer leur attention, à mettre de l’activité dans les rangs, de la vie et de l'intérêt dans les leçons et la correction des devoirs. Rien ne sauve plus de temps.

Que l’on appelle aussi très souvent les élèves au tableau noir, pour les faire récondre aux interrogations de contrôle, par lesquelles on s'assure qu’ils ont compris et retenu ce qui leur a été enseigné.

80.—X. Le manuel.—“Le meilleur livre élémentaire, écrivait Lhomond dans ia préface de sa grammaire, c’est la voix du maître. Rien ne peut tenir lieu de ce secours. Prétendre qu’un livre muet puisse le remplacer, c'est pure charlatanerie.” Ces paroles sont très sages. Personne aujourd’hui n'est tenté d'y contredire.

Toutefois, il n'en reste pas moins indéniable que l'emploi du manuel est nécessaire. Un enseignement purement oral fatiguerait le maitre et les élèves. Avec ce système il y aurait, en outre, le danger de ne laisser dans la mémoire des enfants que des impressions fugitives, et celui de condamner trop souvent à un funeste désœuvrement toute une portion de la classe.

Ce qu’il faut éviter, c'est l’usage trop exclusif du manuel. Le maître doit se servir du manuel, il ne doit jamais en abuser et négliger la leçon orale.

Pour que l'étude d’un texte puisse être de quelque ressource pratique aux élèves, il faut que cette étude soit précédée, ou tout au moins accompagnée, d’une explication sérieuse donnée par l’instituteur. A défaut de cette explication, les

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élèves sont jetés sans préparation dans l'inconnu; et tous leurs efforts restent stériles, ou à peu près. La mémoire peut bien se charger de mots, mais l'intelligence est vide d'idées précises et justes. Ils sont fatalement livrés à l'ennui d’abord, à un invincible dégoût ensuite. Le livre finit par leur inspirer une horreur instinctive, dont ils auront plus tard mille peines à se défendre.

En résumé, le manuel n’est qu'un auxiliaire.

Et son utilité varie selon les spécialités. Voici, relativement à son mode d’emploi, quelques principes empruntés aux meilleurs traités de pédagogie. Dans la lecture, évidemment, le manuel est appelé à jouer un grand rôle—de plus en plus prépondérant au fur et à mesure du progrès des élèves. En catéchisme et dans les récitations de mémoire, le texte doit s'apprendre à la lettre et le livre est la condition même du travail. En histoire, le manuel n’est qu'un aide-mémoire, un moyen de recherche et de contrôle. En mathématiques et en grammaire, le tableau noir et la leçon orale sont presque tout. En géographie et dans les leçons de sciences, le livre ne peut venir utilement qu'après l'étude de la carte ou l'observation des phénomènes, et son importance est bien secondaire.

Mais, encore une fois, et c'est le point à retenir, toute étude dans un manuel, pour être profitable, suppose et exige des explications suffisantes et de nombreuses interrogations de contrôle.

Le livre ne devient l'ami de l'enfant, que quand. celui-ci le comprend bien, quand il lui sert d’auxiliaire pour retrouver les choses dont le maître lui a pari: Il l’ouvre alors avec plaisir, et se plait à chercher et à apprendre la leçon qui lui a été expliquée.

Mais il importe que les élèves, après avoir étudié le texte, ne soient pas forcés de le réciter mot à mot. Sans doute, ie maître sera nécessairement amené à exiger le texte exact, littéral, quand il s'agira d’une définition qui ne comporte pas d'a peu près, d’une formule qui doit rester gravée dans la mémoire, des résumés de l’histoire, des prières, des leçons de catéchisme et des morceaux qui servent d’exercices de diction. Pour le reste, il acceptera volontiers tout ce qui reproduira la pensée du manuel, sous quelque forme que l'enfant l’exprime. Il encouragera même les écoliers à dire les choses à leur façon, se contentant de redresser avec douceur les incorrections de langage et les termes impropres.

81—XI. La leçon orale—Le manuel est utile dans l’enseignement primaire. Mais ce n’est qu’un guide et un secours. L'enseignement direct, la leçon orale joue un rôle prépondérant. La voix du maître, les expl'cations, les interrogations Au maître, voilà la condition principale du succès. C'est par la parole, une parole toujours correcte, animée, vivante, que l'instituteur prend contact avec ses élèves, qu'il éveille et soutient leur attention, qu'il les forme à l'observation, qu’il les provoque au raisonnement.

Ces résultats, les seuls au fond qui soient véritablement éducateurs, pratiques et durables, ne s’obtiennent pas sans beaucoup de peine et de discernement.

La leçon orale, pour produire tous ses fruits, demande en premier lieu une préparation très soignée. Cette préparation, dont aucun maître ne saurait se croire exempt, doit porter principalement sur trois points.

D'abord, il faut choisir le sujet.de la leçon, en se conformant au programme et au tableau de l'emploi du temps; en délimiter avec la plus grande précision l’éten-

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due et la profondeur, selon la portée intellectuelle de l'enfant ; et en bien classifier les parties substantielles et les détails, afin qu'il n'y ait dans la leçon absolument rien de vague, d’indécis, ou de mal défini.

Ensuite, il faut que le maitre prévoie d'une manière très précise la méthode spéciale à suivre dans sa leçon, les procédés à employer, les industries les plus propres à intéresser, les explications à donner, la nature et l'ordre des questions à poser, les exercices à faire et les devoirs d'application à imposer. Ce deuxième travail préparatoire est le plus difficile et le plus délicat. 11 varie avec le degré d'avancement des élèves, leurs dispositions et leurs aptitudes ; il varie aussi suivant que la leçon est spéciale à une seule section, ou commune à plusieurs sections de force inégale.

11 faut enfin que le maître rassemble tout ce dont il pourra avoir besoin pendant la leçon, billes ou bâtonnets, cartes murales, croquis, figures géométriques, modèles d'écriture ou de dessin, spécimens pour les leçons de choses ou de sciences, etc., etc.

Mais il ne suffit pas que la leçon soit bien préparée, il importe également de la bien donner.

Règle générale, toute leçon comprend une revision rapide mais sérieuse de la leçon précédente. Cela est requis pour mettre de l'unité, de l'ordre et de la suite dans les idées des élèves. Après cette .evision viennent nécessairement : l'exposition de la leçon du jour, l'indication du texte à étudier et l’explication du devoir à faire.

11 convient aussi d'adapter la leçon, forme et fond, au «-veloppement intellectuel des enfants.

Pour captiver l'attention des plus jeunes, que le maitre donne à sa leçon la forme d’une causerie, au cours de laquelle il posera des questions bien choisies. Qu'il parte des réponses trouvées pour suggérer aux élèves de nouvelles idées, ou pour leur faire découvrir quelque principe ou quelque règle. Pendant l'entretien, qu’il écrive au tableau noir toutes les parties principales du sujet étudié. Ces inscriptions seront pour les élèves de précieux points de repère.

Plus tard, le maitre suivra encore substantiellement la même méthode; mais les leçons pourront être plus longues et elles exigeront progressivement de la part des élèves un effort personnel plus grand.

Plus tard encore, les élèves seront laissés davantage à leurs ressources individuelles. Le maître, sans renoncer à la marche indiquée plus haut, habituera l'élève à partir de la règle pour trouver des exemples. Il le familiarisera avec les notions abstraites. 11 lui inspirera une confiance plus accentuée en ses propres forces. Il lui montrera encore la voie, il le guidera toujours: mais il l’abandonnera de temps en temps à lui-même. Comme dit Montaigne, on le fera trotter devant soi, ne füt-ce que pour juger de son allure et le mettre à même d'exercer son activité.

Il faudrait toutefois prendre garde d’abuser de la leçon orale. Faite suivant la méthode d’exposition non interrompue devant un jeune auditoire purement passif, elle ne serait qu’une perte de temps. Telle qu’elle doit être comprise à Pécole, la leçon orale est une conversation qui s'établit entre le maïtre et tous les élèves. Sans doute, celui-là ordinairement parle plus que ceux-ci. Il alimente l'entretien, il l’active, le tempère et le dirige vers le but. Mais il encourage en même temps les élèves à payer leur écot; et même il s’arrañge pour qu'il en soit ainsi, et pour qu'aucune attention ne reste inoccupée.

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82.—XII. Les interrogations.—Tant valent les interrogations, tant vaut la leçon. Et à l’école primaire. surtout, interroger est un art délicat. Pour y réussir, il est une foule de règles qu: !’instituteur ne peut perdre de vue sans s’exposer à errer gravement. Le tabl__1 suivant renferme, sous une forme sommaire, les plus importantes de ces règles:

1.—Les questions principales, et même quelques-unes des sous-questions, doivent être soigneusement préparées d'avance. 2.—Toutes les interrogations seront courtes, claires, nettes, exprimées avec entrain et accommodées à l'intelligence de ceux qui sont interrogés. 3.—Elles devront se succéder dans un ordre logique et progressif. 4:—Quant à la forme des interrogations, on peut l'abandonner au hasard d2 l’improvisation, ou aux besoins imprévus de la leçon. 8.—Que le ton du maître soit ferme, mais toujours empreint de la plus douce bienveillance.

6.—Les élèves seront tous alternativement interpelés, rarement en suivant l’ordre du banc ou des places.

7.—Règle générale, avant de désigner celui qui doit répondre, on pose la question.

8.—Il serait très funeste au progrès de la classe de permettre aux voisins de souffler les réponses.

9.—C'est aussi, de la part du maître, une faute préjudiciable à l'avancement des élèves, que de contracter l'habitude de commencer la phrase ou le mot à répondre.

10.—Les réponses incomplètes ou erronées seront toujours complétées ou redressées par le maître, puis répétées par l'élève. 11.—De même, toute réponse défectueuse pour la forme est immédiatement corrigée, et répétée par l'élève.

12.—I1 est très important, spécialement lorsque la réponse doit consister dans un oui ou un non, d'exiger que l'élève y fasse entrer la question. 13.—L'instituteur n’est excusable de faire la réponse lui-même que dans le cas où aucun élève n'a pu la trouver.

14.—I1 faut éviter d'interroger trop souvent les mêmes élèves, ou de dialoguer avec un seul élève.

15.—On doit exciter les élèves à parler, les engager à lever la main pour répondre, mais ne pas tolérer qu'ils parlent plusieurs à la fois. 16.—Cependant il est utile, de temps en temps, d'interroger toute la classe à la fois.

17.—On doit éviter les questions trop brusques ; c’est une erreur de presser les élèves outre mesure, et une pratique louable que de leur donner le temps de réfléchir et de chercher leurs mots.

18.—-Néanmoins, la question une fois posée, il ne faut jamais la laisser sans réponse.

19.—Un maitre expérimenté ne pose pas de questions trop vastes, ou chargées d’incidences.

20.—Il1 ne complique pas ses interrogations, et n'en change pas facilement la formule.

21.—I1 ne parle pas plus en interrogeant que ne doit faire le répondant. 22.—Au contraire, il s'efface le plus possible, il se fait oublier.

23.—11 distribue sobrement les blämes ou les approbations au cours de ses interrogations.

24.—Par contre, il n'oublie pas qu'il est très avantageux de savoir interroger à propos tel ou tel élève, de façon à l'encourager ou à réprimer chez lui la paresse ou l’inattention.

25.—11 s'applique avec un soin particulier à rapporter sensiblement toute question à l’objet et au but final de la leçon.

26.—I1 varie ses questions quant au fond et quant à la forme, de manière à tenir en éveil et à cultiver toutes les facultés de l'enfant.

27.—Dans ses interrogations, on ne découvre jamais ni d'impatience, ni d’inflexions, ni de gestes, où perceraient le dépit, la mauvaise humeur, particulièrement à l'égard d’un élève inintelligent qui ferait preuve de bonne volonté.

28.—I1 s'efforce plutôt de rendre ses interrogations agréables, par une aimable sympathie dans la voix, par une gaieté réservée, et en appuyant sur le mot de valeur. Cette dernière industrie contribue dans une large mesure à donner de le variété en même temps que de la clarté aux questions.

29.—Enfin, que l’instituteur profite des réponses de l'élève pour corriger les défaut: de prononciation, d'articulation, de liaison, ainsi que la précipitation dans le langage. C'est là un de ses devoirs essentiels.

83.—XIII. Les devoirs écrite.—Les devoirs écrits faits à l'école—et même dans la famille—doivent aussi occuper une grande place dans l'enseignement primaire. Si utile qu'elle soit, la leçon orale ne saurait tenir lieu de tout le reste.

Les impressions qu’elle laisse dans l'esprit des jeunes élèves sont nécessairement fugitives; les traces qu’elle forme dans la mémoire s’effacent bientôt. Cet âge est si mobile et si volage.

Les devoirs écrits viendront prêter aux leçons du maitre un concours précieux. Ils graveront plus profondément les notions enseignées, ils les fixeront, ils les préciseront ; non seulement en fournissant aux élèves l’occasion de les écrire—ce qui est déjà beaucoup — mais surtout en faisant un appel plus puissant à leur activité individuelle.

Invité à appliquer lui-même, hors de la présence du maitre et sans une aide de tout instant de sa part, les règles et les principes qu'il a appris, l'enfant sera bien obligé de réfléchir davantage, de dépenser plus d'efforts personnels, de méditer en quelque sorte plus longuement. Et ce travail solitaire, à la condition d'avoir été suffisamment préparé et de ne pas dépasser ses forces, ne peut lui être que d’an grand avantage.

Mais la préparation préalable, dont il vient d’être parlé, est absolument requise. Autrement, le temps consacré aux devoirs écrits se passerait en tâtonnements stériles. Il appartient donc au maître de donner à ses élèves, dans une juste proportion et selon leur degré d'avancement, toutes les explications qui leur sont nécessaires, afin qu'ils puissent ensuite travailler avec profit.

Et dans le but de leur rendre agréable et attrayant ce labeur solitaire, l’instituteur dr‘* encore ne rien négliger pour captiver leur attention, pour éveiller curiosite. Il choisira des devoirs ni trop longs, ni trop difficiles; ces devoirs seront en rapport avec les leçons de la semaine, mais il les variera d’un jour à l’autr:; autant que possible, il y mettra de l'actualité ; il leur donnera un caractère pratique;

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