AUX NAVIRES
Navires belliqueux aux carènes pesantes
Qui montez les chevaux de la vague éclatante,
Pour ravir le soleil et forcer l'horizon,
Vous qui gonflez au vent d'orgueilleuses poitrines Voiliers ! ô laboureurs de la glèbe marine Dont vous semez de morts les écumeux sillons.
Comme vous, emporté sur des jours sans rivage, Du néant à la vie au néant, je voyage, Répercuté dans l'Etre ainsi qu'un chant profond,
Comme vous, ô coureurs des mouvantes campagnes, Je bondis au-dessus des flots qui m'accompagnent, Porteur d'un rêve immense aux riches cargaisons.
io4
Et quand mon fou désir de connaître s'allume, Comme vous, égarés sous des toisons de brume, Je lance un rouge appel à qui rien ne répond
Dans l'azur que, vaincu, je poignarde de haine Et je me couche au lit de la détresse humaine, Comme vous, en sombrant, au lit des goémons.