ESSAIS DE MASCULINISATION DE FEMELLES
L’apparition des caractères sexuels secondaires mâles chez le Crapaud a été obtenue par K. Ponse (1923) et, sur une plus vaste échelle, par E. Welti (1926). Sur deux jeunes femelles castrées, Ponse a vu apparaître, après greffe intrapéritonéale de fragments de testicules, des excroissances identiques à celles des mâles sur les deux premiers doigts des pattes antérieures. Ce résultat fut obtenu trois à sept mois après la greffe. Par contre, des essais similaires sur femelles adultes restèrent négatifs.
Welti a greffé intrapéritonéalement des testicules de même espèce sur 37 femelles adultes de Bufo vulgaris , castrées totalement (19 cas) ou partiellement (18 cas); il y eut en outre 5 greffes souscutanées dont 3 réussirent. Il y eut en tout 26 reprises des greffons. Dans sept cas seulement, cette reprise fut suivie d’une masculinisation des femelles manifestée par l’apparition des excroissances digitales, de la voix, du réflexe de l’embrassement et de l’instinct mâle. Ces caractères peuvent apparaître ensemble ou isolément.
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Les premières expériences de masculinisation de Bombina ont été effectuées par Moszkowska (1932). Une première série de greffes de testicules sur 13 femelles ovariotomisées ne donna que des résultats négatifs, la greffe n’ayant pas été suivie d’implantations d’hypophyses destinées à supprimer la phase de dégénérescence et à faciliter la reprise des greffons. Seule, une femelle, opérée en décembre 1929, présenta, en juin 1931, une masculinisation purement physiologique, consistant dans l’acquisition du réflexe de l’embrassement et d’un faible cri.
Dans une deuxième série, deux femelles furent ovariotomisées et reçurent, en fragments, des greffes de quatre et six' testicules. On implanta à la première 31 hypophyses en deux mois et demi et à la seconde 30 hypophyses en deux mois et 25 jours. La première femelle commença à pousser des cris après la 6 e implantation et la seconde après la 10 e . Les excroissances apparurent sur le pouce un peu plus tard et dans le second cas, après 23 jours de traitement.
Ces résultats furent confirmés à la suite d’implantations d’hypophyses à trois femelles porteuses de greffes de testicules depuis 8, 9 et 16 mois et qui n’avaient présenté aucun signe de masculinisation. Ici encore, les caractères physiologiques (cri, réflexe) apparurent en premier lieu; les excroissances ne se développèrent que plus tard sur le coussinet métacarpien (1 cas), sur le coussinet et les deux premiers doigts (1 cas). Enfin, chez une femelle, elles s’étendirent à la base de l’avant-bras.
A. Greffes de testicules sur femelles.
Nous n’avons fait qu’incidemment des greffes de testicules sur femelles de Bombina castrées totalement ou partiellement.
a) Après ovariotomie unilatérale . — Neuf femelles, ayant subi l’ablation de l’ovaire gauche, reçurent en même temps, dans la cavité péritonéale, deux à quatre testicules de Bombina en fragments. Les opérations furent faites entre le 21 et le 28 juillet. Les animaux reçurent, en outre, une hypophyse de Bombina , en implantation sous-cutanée.
Comme dans la série sans implantations de Moszkowska, les résultats furent complètement négatifs. Nous n’ignorions pas qu'il aurait fallu continuer les implantations d’hypophyses tous les deux ou trois jours. Nous ne disposions malheureusement plus d’assez
E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY
de Bombina ou d’autres Batraciens pour effectuer correctement cette expérience.
b) Après ovariotomie totale. — Trois femelles, ayant subi la double ovariotomie en septembre et reçu des greffons de testicules, ne donnèrent non plus, et pour la même raison, aucun résultat.
B. Traitement par le Perandren
Deux femelles, castrées bilatéralement et n’ayant pas réagi à des implantations de testicules, reçurent, en injections intra-
Fig. 17 .
Coupe à travers la peau du dos d’une femelle masculinisée par injection de perandren. On voit un des grands crochets pigmentés de la peau du dos.
péritonéales, une dilution de perandren telle que 0,1 cc. — 10 y. Les injections furent faites les 29 septembre, 9, 11 et 16 octobre; en 17 jours, la dose totale fut de 120 y.
Le cri a été noté chez une femelle le 11 octobre. Dès le 16 octobre, des excroissances sont présentes sous forme de beaux crochets noirs sur la callosité métacarpienne. Il n’y en a ni sur les doigts, ni sur l’avant-bras.
Des phénomènes de masculinisation identiques ont été obtenus, chez deux femelles castrées unilatéralement, à la suite d’injections de perandren huileux, effectuées du 19 octobre au 7 novembre et correspondant à une dose totale de 100 y. C’est encore sur la callosité métacarpienne seulement que se développèrent des crochets noirs.
En étudiant ces femelles masculinisées, nous avons été frappés par la présence, sur la peau du ventre et surtout au niveau de toute la surface dorsale, de volumineux crochets noirs (fig. 17), incomparablement plus gros que ceux des excroissances. Ces cro-
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chets existent aussi chez les mâles normaux. Il s’agit d’un caractère sexuel secondaire qui n’a pas, croyons-nous, été signalé comme tel. Ces crochets sont présents dans les deux sexes, mais sont beaucoup plus développés chez les mâles et les femelles masculinisées. La peau donne la sensation d’un corps rugueux tandis qu’elle paraît lisse chez les femelles normales.
Nous signalerons encore que cinq femelles normales, ayant été traitées tardivement (du 25 octobre au 3 novembre) par des injections intra-péritonéales d’A.C.T.H. (dose totale: 7 unités), ont présenté le développement de crochets noirs clairsemés, uniquement à la face ventrale du corps.
Il semble, en définitive, que les processus de masculinisation de femelles soient liés au franchissement d’une série de seuils hormonaux. D’abord apparaissent les caractères physiologiques, puis les crochets de la peau ventrale et dorsale, ensuite les petits crochets des excroissances sur le tubercule métacarpien. Une observation plus longue, rendue impossible par la mort des animaux, aurait probablement permis d’obtenir le développement des excroissances sur les deux premiers doigts et peut-être (1 seul cas partiel de Moszkowska) sur les avant-bras.