PRÉFACE
Poussé par un goût irrésistible dans une carrière où la réputation que je puis accpiérir fiera toujours si inférieure à celle du nom que je porte^ je soumets à un second jugenoeixt du public lou-^ vrage que sa faveur viçnt d'accueillir s^r la scèi;^*
Puisse l'examen de la lectiire justifier l'effet d« la représentation.
C'est la fanoususe ode d'Horace y
Cœlo toiiantem credidimus Jo^9m Jiegnare.
ode traduite avec autant d'élégance que d'exactitude par M. Daru, qui m'a inspiré le projet de mettre en scène un de ces héros de l'ancienne répuMique que les flatteurs d'Octave eux-mêmes ne craignaient pas de vanter.
Le sujet de Bégulus paraît peu dramatique au premier abord ; mais que de ressources n'oifraitr^il pas dans ses développemens? combien n'est*il pas grand ce guerrier que ia fortune accable sans pouvoir Tabattre ; ce vaincu à la protection duquel se recommande le vainqueur ; ce héros enfin qui devient sublime à force d'être honnête homiâè. Tous ceux dont le cœur bat au nom de patrie coin* prendront le sentiment qui m'a entraîné vers Régulus ; un pareil personnage ne fait pas seulement honneur au pays qui l'a vu naître, mais au genre humain qui l'adopte; et je ne crois pas m'être livré
iv #ÉFACE.
à mie ^agëration poétique, lorsqu'en pariant de Rëgulus j'ai fait dire à ua de mes acteurs :
Un grand homme appartient à Tuniverq entier.
Voltaire, ce génie universel, qu'on trouve à la tête de toutes les branches de notre littérature, n'a pas élevé de doutes , comme l'ont avancé quelques critiques, sur le dévouement sublime de Régulus , maïs sur les supplices horribles que lui ont fait subir les Carthaginois. Son opinion à cet égarây déterminée par le silence de Polibe , avait sans doute une autre cause : le cœur et le génie d'un homme qui, au mérite d'avoir produit tant de beaux ouvrages, joignait celui d'avoir fait tant de bien, se révoltaient à l'idée de placer une cruauté infâme à côté d'un dévouement sublime, une lâcheté exécrable aux hommes à côté d'un héroïsme qui honore l'humahilé- L'histoire d'un grand homme torturé de sang^froid était du temps de Voltaire regardée comme une fable !
Cependant si l'on ouvre Cicéron au livre 11 du traité De finibus, on trouve un passage où le philosophe romain établit une comparaison entre les jouissances de Thorius vivant au milieu des
voluptés, et celles de Régulùs mourant au milieu des supplices. Je vais transcrire ce passage qui prouve quelle était -l'opinion des Romains sur le martyre de Régulus, à ime époque pleine encore des traditions de ce mémorable événement.
PRÉt^ÀCE. T
Hune vero beatum ratio quidem veslra sic cogii. Ego huic quem anteponam , non audco dicere : dicet pro me ipsa virtus ; nec dubitabit isti vestro beato M. Regulum anteponere, Quem quidem , cum sua voluntate , nulla vi coactus , propier fidem quam dederat hosti , ex patria Carthaginem revertisset , tum ipsum , cum vigiliis et famé cruciaretur , clamai virtus beatiorem fuisse , quam potantem in rosa Thorium,
Bella magna gesserat ; bis consul fuerat ; trium-pharat : neque tam prœclara ducebaly quam illum uUimum casum^ quem. propter fidem constantiamque susceperat : quinobis miserabilis videtur audientibus , illi perpetienti erat voluptarius.
Un homme tel que je vous le dépeins est celui que vous ne cessez , vous autres , d'appeler heureux : et moi , je n'ose vous dire qui je lui préfère. La vertu vous le dira elle-même pour moi , et elle n'hésitera pas à lui préférer Régulus. Il était retourné volontairement de Home à Carthage , sans y être contraint que par la foi qu'il en avait donnée aux ennemis; et au milieu de tout ce qu'ils lui font souffrir par les veilles et par la faim , la vertu ne laisse pas de le proclamer plus heureux que Thorius , lorsque ce dernier, couronné de roses , huvait un vin'délicieux.
Kégulus avait été deux fois consul ; il avait commandé de grandes armées; il avait eu les honneurs du triomphe : rien de tout cela pourtant ne lui semblait si illustre que l'état 011 il s'était généreusement exposé pour ne point manquer à sa parole ; et cet état qui parait si misérable à ceux qui en entendent parler était délicieux pour lui qui souffrait.
(ClcÉRo^, Definilusy livre II. Traductioii
DE R ECr I ER DeSMAR Alf». )