SCÈNE VIII
AMILCAR, MANLIUS, RÉGULUS, Sénateurs.
Des dieux du Capitole enfans dégénérés ,
Ces dieux vous yerroat-ils> dans leurs temples sacrés ,
Fléchir devant le sort qui n'a pu i(ous abattre ?
* Un vainqueur peut traiter , un vaincu doit combattre.
Le fer seul peut sauver les droits d*un peuple libre. Entre deux nations maintient-on l'équilibre
* Par ces lâches traités funestes trop souvent
* Pour celui qui les paie et celui qui les vend ? Non, songez à Brennus
Tandis que chaque jour en ses murs envahis « Où tout honune est soldat pour sauver son pays , Rome verrait grandir ses forces rajeunies , * S'épuisant chaque jour > les hordes ennemies Périraient sous le poids d*un désastre éternel. On détruit une armée ; un peuple est immortel.
UANLIUS*
Rome , sur les débris du Capitole en cendre , A demander la paix n^eût pas daigné descendre \ Mais' lorsque le vainqueur vient la lui proposer, Les Romains, dites-vous, doivent
La refuser.
Si vous méconnaissez la voix de la prudence , Ah ! du moins entendez celle de la vengeance ! Avez-yous oublié ces jours ^ ces jours de deuil ,
7a VARIANTES
Où l'Afrique pour no^u fat un yaste cercueil -,
Où les Carthaginois , effrayés de leur gloire ,
Vainqueurs tremblans, doutaient de leur propre Tictoire ^
* Où la défaite même illustra nos drapeaux ;
* Où nos moindres soldats, derenos des héros,
* Jusqu'au dernier soupir jurant de se défendre ,
* Succombaient , mais sans fuir; mouraient > mais sans se rendre ? Vains efforts ! TAfricain eut les dieux pour appui ;
L'audace était pour nous , le nombre était pour lui :
* Nous succombâmes. Seul , surrivant au carnage ,
* Je cherchais le trépas , je trouvai Tesclayage.
* Un poignard me restait. Libre au milieu des fers ,
* Je pouvais d'un seul coup finir tous mes revers ;
* Mais j'espérais qu'un jour, utilisant ma vie,
* Je servirais encor les dieux et la patrie :
* J'ai vécu. Sénateurs, j'ai fait plus que mourir.
* Quels tourmens , dieux cruels , n'ai- je pas dû souffrir !
* J'ai vu, débris sanglans de nos grandeurs passées ,
* Dans les murs africains nos lances entassées ;
* J'ai vu des morts en proie aux fureurs des vivans ,
* Et leur cendre proscrite errante au gré des vents. De Xantipe soldant la gloire mercenaire ,
J'ai vu tous nos trésors devenir le salaire
D'un Grec vainqueur barbare , et qui dans nos soldats
Insultait lâchement aux vertus qu'il n'a pas.
* Tels furent nos affronts , et le Sénat balance !
* Sénateurs, les tombeaux ont rompu leur silence ; Des martyrs de la gloire entendez-vous les cris ?
* Les voyez-vous errant sur de vastes débris ?
De ces fiers demi-dieux tous morts pour vous défendre , Par un lâche repos loin d'outrager la cendre , Partez , etc.
Quiconque a pu fléchir sous un joug étranger , * Autour de Taigle-roi ne doit plus se ranger.