P. DUBOIS, IMITIIMEUR DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE
Rue de TArbalète , 9.
Jjv. A., ^^^r.
REIMS
PEHIIAIIT U OOnHlTIOH BOMIHI
d*aprèt
LES mRiPTms.
AU LECTÊlfR.
Reims a occupé le premier rang parmi les \illes de la Gaule : les preuves de son antiquité et de son im« portance abondent, et pourtant les commencements de son histoire sont presque inconnus. Comme la Grèce , comme l'Italie , la métropole des Rémois a son époque fabuleuse, et par delà cette époque , pendant de longs siècles encore , soit avant la conquête , soit pendant la domination romaine , une partie de ses annales, probablement la plus glorieuse, est enveloppée d'obscurités que n'ont pu dissiper jusqu'ici la perse*
s REIMS FENDANT LA DOMINATION ROMAINE.
vérance et la sagacilé des Bergîer , des Marlol el de? Lacourt. Leurs travaux seront toujours les premiers guides de ceux qui voudront étudier l'état de notre cité à ces époques reculées , et notamment le rôle qu'elle a joué dans la Gaule ; mais il ne faut pas leur demander des renseignements bien complets et surtout bien précis ; ils ont laissé indécis et, pour ainsi dire, à Tétai de présomptions et d'apparences une foule de faits auxquels une étude sérieuse, atlenlive, minutieuse même pourra seule donner la consistance et la certitude historiques. Le sol antique de notre ville n'a pas encore été assez remué, les débris de l'ancienne civilisation n'ont pas été recueillis avec assez de persévérance , analysés avec assez de soin , pour que nous n'espérions pas y trouver des éléments nouveaux qu'aucun témoignage écrit ne saurait nous donner. Si le concours ouvert, il y a quelques années, par l'Académie (1), et qui avait pour objet l'histoire de Reims à l'époque de la conquête par les Romains, n'a pas eu le succès espéré, si les tentatives qui ont été faites depuis {"£) n'ont pas beaucoup mieux réussi, c'est que les preuves matérielles de celle histoire ne forment pas encore un ensemble assez imposant.
Celle élude des détails et, pour ainsi dire, sur pièces, h seule capable d'amener un jour à des résultats
(1) En 18i3, M. L^ Paris a publié, à celte occasion : Darocort , où Us Bernois sous tes Romains , par J. LacourC.
(2) Mémoire sur les origines civiles de Reims, adressé à F Académie par M. L.-W. Ravenez. Plusieurs inscriptions y ontél*? rapportées d'après les copies que nous avions communiquées à l'auteur. Elles ont été reproduites également dans Tlntroduction des Recherches sur les origines de l'Eglise de Reims, par le mémtr.. (Reims, Gérard , I8r»7, in-8"J
AU LECTËOR. 7
solides^ est heureusement aujourd'hui la plus en vogue dans toutes les branches de Thistoire. Le Gouvernement lui-même en a senti Timportance, et il vient de Tencourager puissamment^ en ordonnant, d'une party de recueillir les monuments épigraphiques épars sur le sol de la France ou dans les musées ; et de Tautre, de constater l'existence des voies qui reliaient les anciennes cités et des édifices dont les traces^ nombreuses encore , quoique incessamment exposées à tous les genres de destruction , témoignent de leur importance , de l'abondance qui y régnait et de l'éclat qu'y avaient le commerce et les armes.
De toutes ces études , celle des inscriptions n'est pas la moins aride ni la moins pénible ; trop négligée jusqu'ici, elle devait être remise en honneur de nos jours, pour arriver à quelque chose de certain sur l'administration romaine dans les provinces , et particulièrement dans la Gaule. Leur bonne inter^ prétation jette souvent sur des points obscurs une lumière inespérée. On y trouve des témoignages des institutions primitives que les villes avaient conservées , de celles que la conquête y avait introduites , des modifications que la civilisation romaine avait apportées aux mœurs, aux usages, au culte même. Elles procurent les indications les plus diverses, des dates, des noms de personnes et de lieux; elles révèlent ou expliquent des faits généraux ou partU culiers dont l'histoire ne peut manquer de faire son profit , ou plutôt qui deviennent sa base la plus solide , puisque la fidélité de pareils documents ne peut être contestée.
En rassemblant ici les inscriptions qui se rattachent
è rhistoire de Reims avant le Moyen-Age, nous aurions bien voulu que noire recueil répondît à l'importance de cette ville. Malheureusement ^ le butin que nous apportons est assez pauvre ^ surtout si on le compare avec les trouvailles en objets d'arts , en meubles de la vie ordinaire, en monnaies, avec les traces nombreuses de voies anciennes, de murailles , d'édifices même considérables que chaque jour,, pour ainsi dire , met en lumière sur le sol de l'ancienne cité gallo-romaine.
On a pu remarquer avec élonnement (1) que l'anlique cilé de Reims, la métropole d'une vaste province ecclésiastique, n'a fourni que deux ou trois momiments au recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VIII<^ siècle, et que pas une n'a pu être conservée jusqu'à nos jours. On verra que les monuments épigraphiques civils ou païens d*une antiquité plus reculée n'y sont pas beaucoup plus abondants.
Sans prétendre expliquer celle rareté relative des monuments épigraphiques de Reims, je crois devoir foire remarquer que les inscriptions les plus récemment recueillies se trouvaient réunies sur un seul point des anciens murs de la viHe, et faisaient partie, avec l'arc de triomphe de la porte de Mars, de l'enceinte du château des archevêques dit château de Mars. Tout porte à croire qu'après les invasions des Rirbares, les murs de la ville furent réédifiés avec des matériaux empruntés aux édifices antiques qui
(I) Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VII I^ êiécle, par Eiimoml Lk Blaî^t, t. I'^,