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CHAPITRE XIII

Quartier de l'Hôtel-de-Ville.— Place de Ville.— Hôfcelde-Ville. — Rues de la Vignette , — du Quarrouge,

— des Boucheries, — Salius , — des Consuls, — St- Guillaume, — de la Renfermerie , — de Prouilly ,

— de la Grosse-Ecritoire.

aguère sur la place Royale passait un pompeux cortège ; les cloches de Notre-Dame mêlaient leurs chants funèbres aux roulements des tambours couverts de crêpe ; des soldats s'avançaient d'un pas lent, Tanne basse; des cavaliers étincelants les précédaient. Derrière eux marchait un char tendu de noir, enrichi de nobles écussons : il ramenait dans Reims les restes d'un de ses enfants , Drouet, le volontaire de 1790. Mort comte d'Erlon et maréchal de France, il avait voulu reposer près des murs qui l'avaient vu naître,

et la patrie, respectant les derniers désirs d'un homme qu'elle retrouvait, après cinquante ans de gloire et de puissance , probe et pauvre comme aux jours de sa jeunesse , conduisait en triomphe les ossements du vieux guerrier au champ du repos éternel.

La marche funèbre, que la ville entière suivit , traversa les Marchés , la rue Colbert , et passa devant l1 hôtel-de-ville ; laissons-la s'avancer vers cette terre où s'en vont les feuilles de roses, où s'en vont les feuilles de laurier , et restons dans le quartier de l' hôtel-de-ville que nous allons visiter.

De tout temps on a vu l'emplacement vide ouvert devant le palais municipal. Le grand nombre de rues y aboutissant démontre qu'il y eut toujours une place sur ce point ; c'était là qu'au xive siècle se tenait le marché aux chevaux; il resta long-temps au pied du premier hôtel-de-ville. Quand au xvne siècle on eut adopté le plan exécuté plus tard, la place vit changer sa destination et sa forme.

Des antiques édifices qui l'entouraient jadis, il ne reste plus qu'une maison qui peut remonter au xive ou xv" siècle : nous voulons parler de celle qu'on trouve à sa droite, en arrivant par la rue Colbert.

Du même côté et au-delà , à l'entrée de la rue du Tambour , est un édifice situé au fond d'un jardin; il date de la fin du xvie siècle ; c'est aujourd'hui la Chambre des notaires de Reims ; c'est là que se trouve la salle des adjudications publiques faites de-

vant ces officiers ministériels. C'était jadis l'hôtel du présidial de Reims. Les villes libres comme Durocort élurent leurs magistrats jusqu'à la naissance de la monarchie française : la justice se rendit alors au nom du roi. Les officiers du prince, ducs, comtes ou vicomtes se faisaient assister par des assesseurs, hommes libres, prud'hommes ou échevins, suivant les contrées. La féodalité finit par s'emparer de la plus belle des prérogatives royales , celle de punir les coupables, de protéger la faiblesse, de faire justice à tous. Nous avons vu les échevins conserver longtemps le droit de siéger en tribunal indépendant ; mais ils devaient prêter serment devant le bailli de l'archevêché. Celui-ci prétendait être juge suprême des affaires qu'ils examinaient en première instance : les bourgeois cherchaient à éluder ses prétentions en portant leurs appels devant le bailli de Vermandois. C'était dans nos contrées le dernier représentant des justices royales fondées sous les deux premières races. Il siégeait à Saint-Quentin dans le xne siècle ; son siège fut transféré à Laon en 4315. Fatigué de venir sans cesse aux bords de la Vesle et d'être dérangé dans sa résidence par les Rémois qui venaient augmenter le nombre de ses justiciables, il finit par envoyer à Reims un lieutenant : ce magistrat fixa son auditoire et sa résidence dans nos murs. Cette institution dura de 1420 à 1525. A cette époque, malgré de vives et nombreuses oppositions, François 1er parvint à lui substituer un siège royal

démembré du bailliage de Vermandois. Ce tribunal connaissait de toutes les matières, au civil comme au criminel. Vers 1551 , Henri II, se trouvant à Reims, institua le présidial, et ce, la chose est notable, à l'instigation du cardinal de Lorraine. Ce grand prélat sacrifiait ainsi les prérogatives dont avaient joui ses prédécesseurs à l'intérêt public , et préparait l'unité judiciaire qui ne devait se réaliser que long-temps après.

Cette nouvelle juridiction siégea d'abord dans l'ancien hôtel-de-ville ; mais elle ne fit qu'y passer. En 1579, la ville acheta moyennant 5,430 écus, une maison donnant sur le Marché-aux-Chevaux, qui appartenait à un sieur Robillart, conseiller au présidial. Sur son emplacement et sur les terrains qui en dépendaient, on construisit un palais-de-justice ; ce monument faisait l'angle des rues de la Prison et du Tambour,

Sous Louis XV, un feu d'artifice fut tiré sur les galeries de l'hôtel-de-ville ; les étincelles pleuvaient sur les maisons voisines ; bientôt l'incendie se déclara dans les toitures du présidial ; l'édifice fut détruit en partie, et le bâtiment qui se trouvait sur la place même ne fut jamais relevé. On remarque encore à l'angle de la première maison de la rue de Tambour un fragment de sculpture qui fit partie de la façade.

La révolution abolit toutes les anciennes juridictions, et, avec les autres , celle du présidial. Son hôtel resta propriété de la ville , et après l'avoir

employé à divers usages , elle le vendit moyennant 40,000 francs, à l'archevêque et au clergé de Reims. C'était la trop fameuse époque des missions ; la ville deReims avait été visitée par de zélés mais imprudents prédicateurs; ils se logèrent à leur arrivée, en 1821, à l'abbaye de Saint-Remi, au petit séminaire et chez les curés. Leprésidial fut acheté pour leur assurer un asile convenable. Une chapelle, créée dans la grande salle des anciennes audiences, fut bénie le 24 octobre 1823, et placée sous l'invocation de Saint Hilaire , ancien patron de ce quartier.

En 1826, les missionnaires avaient fatigué l'attention publique ; leur ardeur indiscrète mécontenta même le clergé. M. de Latil comprit qu'il fallait fermer cette maison au moins inutile. Ses derniers habitants furent placés dans le diocèse, et la ville entière applaudit à la sage résolution d'un prélat dont l'avenir seul peut apprécier impartialement la conduite politique. G'est dans la communauté déserte que vient de s'établir la Chambre des notaires : le vieux présidial se rapproche de son ancienne destination. Le notariat est parfois la justice à huis-clos.

A l'autre extrémité de la place de Ville, à l'entrée de la rue des Consuls , est un ancien édifice dont le marteau iconoclaste et le badigeon profanateur ont déshonoré le dehors. Nous voulons parler de l'hôtel qui porte le n° 12. La tradition lui donne pour premiers propriétaires MM. de Joyeuse , comtes de Grandprè , dont le dernier fut gouverneur de Champagne.

C'est sur cette place , qu'on nommait aussi place Royale dans les xvie et xvne siècles , que donnait l'Auditoire du Buffet: c'était le tribunal où les échevins jugeaient comme magistrats indépendants. Les échevins du Buffet ne prêtaient pas, comme ceux des plaids aux bourgeois , serment devant le bailli de l'archevêché. C'était là le dernier débris du gouvernement de la vieille Gaule.

Plus tard, on vit sur cette même place s'élever une autre juridiction. Nous voulons parler de la maréchaussée. Elle se composait d'un lieutenant du grand prévôt de France, d'un assesseur, d'un procureur du roi, d'un greffier, d'un exempt, de deux brigadiers et de huit archers. Elle jugeait les vagabonds , les voleurs , les émeutiers. Elle les arrêtait au loin et devait les interroger dans les 24 heures de l'arrestation. On soumettait ensuite l'affaire au présidial qui fixait la compétence. Dans les affaires criminelles , les officiers de la maréchaussée siégeaient avec MM. du présidial. Nous avons vu leur auditoire dans le palais des justices royales.

Il est temps de parler du noble édifice devant lequel se sont passés tant d'événements divers. — Le 8 juin 1499, moyennant le capital de 1,100 livres , la ville acheta une maison connue sous le nom du Lion-Blanc, et deux corps-de-logis situés entre la rue des Ecrevés et le Marché-aux-Chevaux ; le grand bâtiment devait huit livres de rente à l'église de Saint-Pierre-le-Vieux ; on y ajou-

ta d'autres constructions , et de cette réunion se forma le premier hôtel-de-ville de Reims. On l'avait surmonté d'un clocher.

L'ensemble irrégulier des premières constructions ne pouvait satisfaire long-temps l' amour-propre du sénat rémois ; il voulut avoir son palais. Paris faisait élever le sien; notre cité ne voulut pas rester en arrière , et vers 1606, E. Moreau , architecte et graveur, présentait son plan du somptueux et magnifique édifice de l'hôtel-de-ville de Reims (1). Ce projet fut adopté, mis à exécution, et de nos jours on y travaille encore.

Les travaux commencèrent en 1607 ; et en 1609 on avait à peu près achevé le pavillon du milieu et l'aile qu'on trouve à sa gauche en y entrant.

Le 18 juin 1627, une grande cérémonie se faisait à Reims : sur la plate-forme de porte Mars on tirait des pétards officiels ; des trompettes, placées sur le dôme de l'horloge de l'ancien hôtel-de-ville, sonnaient de triomphantes fanfares auxquelles se mêlait le vieux cri français : Vive le roi ! Nicolas L'Espagnol , lieutenant des habitants , posait la première pierre du pavillon qui terminait la façade à droite , et commençait les constructions devant se diriger vers le collège des Ecrevés. Les circonstances politiques suspendirent ces travaux si dignes d'une grande cité. La ville, fidèle à son plan, achetait,

(i) La ville conserve encore la planche gravée par Moreau et représentant son projet.

îe 14 juillet 1711, une maison qui faisait hache sur son palais. Sous le règne de Louis XV, toutes les sommes dont on put disposer furent absorbées par la place Royale, les fontaines et d'autres travaux. Les malheurs de 95, les charges de l'empire, les impôts amenés par l'invasion empêchèrent encore les pierres de s'élever sur les pierres. Enfin il fut permis de songer au palais inachevé. En 1820 et 1822, on acheta les maisons qui occupaient la place où se trouve aujourd'hui l'aile droite. Un mur et une porte cochère fermèrent provisoirement ce terrain.

Le 10 mai 1823 furent mis en adjudication les travaux à faire pour achever la façade, et bientôt ils commencèrent. Au mois de mai 1825, les soins, l'activité de M. Ruinart, vicomte de Rrimont, avaient mené à fin l'interminable façade. Aujourd'hui les sculptures qui décorent l'aile gauche restent à faire à l'aile droite. Ce monument, dans lequel on a marié l'ordre dorique aux souvenirs de la renaissance, ne manque ni de dignité ni d'élégance ; sa grandeur est sagement proportionnée à l'importance de la ville dont il est le palais. Au rez-de-chaussée, au premier étage, vingt colonnes séparent les fenêtres et dessinent les pavillons des ailes et celui du milieu : ils ont besoin de cette décoration, car ils ont peu de saillie. Seize croisées percées au premier étage l'éclairent suffisamment. La large porte qui donne de nos jours accès dans l'intérieur de l'édifiée était jadis beaucoup plus étroite; elle avait un froi*-

ton, une voûte cintrée et des pilastres qui finirent par être supprimés.

Le toit pointu des pavillons et les hautes cheminées qui les garnissent, conservent à l'édifice les insignes de son siècle. Le pavillon du milieu est orné à chaque étage de deux niches qui attendent des habitants. Au-dessus du premier étage est un fronton soutenu par des consoles riches de sculpture ; son sommet est triangulaire : il portait jadis l'écusson aux armes de France et de Navarre, surmonté de la couronne royale. Ce fronton est supporté par des colonnes torses. Entre ces colonnes était un bas-relief en bois représentant Louis XIII à cheval. Il fut brisé le même jour que la statue de Louis XV, le 15 août 1792. Heureusement Y hôtel-de-ville en avait conservé le modèle dans ses greniers, et, en 1816, il fut décidé quelle serait rétablie : elle fut sculptée (1) en pierre par Milhomme et achevée à la fin de 1818 ; l'artiste dut se borner à reproduire l'ancien bas-relief, qui n'était pas un chef-d'œuvre, mais qui avait le mérite de porter le cachet de son temps. Au-dessous de la première statue on lisait cette inscription :

Ludovico justo.

Pio. Viclori. démenti.

Qui Gajlorum amor, hostium terror,

Orbis deliciœ,

/Eternum trophœuin. S. P. Q. R. p. p.

Ann. M. DG. XXXVI.

(1) Elle coûta 5,000 francs.

Cette date était celle à laquelle fut achevée la première partie de l'hôtel. Les quatre lettres S. P. Q. R., empruntées aux monuments et aux étendards romains, signifiaient Senatus Populusque Remensis, et rappelaient la vieille tradition qui donnait à Reims la même origine qu'à Rome. Les deux P représentaient, en style lapidaire, le mot posuerunt. En 1656, l'administration s'installa dans le nouvel édifice, et dèslors les élections commencèrent à se faire dans la grande salle. Les connétables et les dizainiers y appelaient les électeurs ; c'est là qu'ils choisissaient les membres du conseil.

Le clocher qui couronne le fronton dont nous venons de parler, se divise en plusieurs étages octogones, ornés d'une colonnade. Au sommet est un dôme terminé par une girouette.

Long-temps la ville n'eut pas de bibliothèque ; elle vivait sur celles du Chapitre, de l'archevêché et des couvents : la révolution l'enrichit de leurs dépouilles. Les livres s'amoncelèrent dans différentes pièces désignées à cet effet ; le nombre en était si considérable, qu'il fallut indiquer en ville des points où on les déposa. Long-temps on les vendit au poids ; les cartouches, les bourres de canon , en absorbèrent une autre partie. Enfin , on arrêta cette indigne destruction : les volumes arrachés au vandalisme furent serrés dans la salle haute où sont aujourd'hui les archives. En 1811, on prépara la galerie du premier étage et les sévères boiseries qui

la décorent. Ce ne fut que le 20 novembre 1818 qu'on put livrer au public la belle bibliothèque à laquelle j'ai, comme bien d'autres, tant d'obligations.

En dépouillant les églises et les couvents de leurs bibliothèques, on leur enlevait aussi leurs tableaux et leurs objets d'art ; tout ce qui ne fut pas fondu ou brisé fut porté à l' hôtel-de-ville. Il possédait un Musée avant la révolution. En 1754, le professeur Ferrand de Monthelon avait légué la collection de tableaux qu'il avait formée ; on y réunit tous les modèles originaux qu'on avait achetés pour l'école de dessin. Le tout se trouvait d'abord dans la salle haute , et se retira pour faire place à la bibliothèque. On dispersa chez des particuliers qui s'offrirent comme dépositaires ce que les greniers ne purent contenir : de nombreuses restitutions furent faites aux églises.

Reims n'avait plus de Musée. L'administration comprit à la fin qu'une grande ville ne pouvait s'en passer. M. de Saint-Marceaux , maire actuel , s'occupa de réunir les débris échappés aux profanations et à trente ans de coupable négligence. Des restitutions eurent lieu. Des offrandes ont été faites. MM. L. Paris, J.-J. Maquart, Narcisse Brunette rivalisèrent de zèle et d'activité. Bientôt le Musée de Reims fut ouvert. On y trouve des tableaux d'Holbein , de Van Mool , de Frank , de Rubens , une belle toile de notre collègue Herbe , un riche médaillier commencé par les jésuites, des anti-

quités romaines et gothiques, des meubles en bois sculpté, des ivoires ciselés. Le premier pas est fait, et bientôt viendront là toutes les antiquités qui intéresseront le pays.

Nous recommanderons à l'attention du voyageur les magnifiques boiseries qui décorent la seconde pièce du rez-de-chaussée, dans l'aile droite : elles ornent l'ancienne et la nouvelle salle du conseil. C'est là que veillèrent sur les intérêts, sur les libertés de R.eims, les L'Espagnol , les Goujon de Thuisy, les Bachelier, les Maillefer, les Colbert, les Coquebert, les Dallier, les Favart, les Rogier , les de La Salle , les Dorigny , les Lévesque de Pouilly , les Sutaine, tous ces hommes qui laissèrent après eux Reims en honneur, et dont Reims n'oubliera pas les noms. C'est là que, dans des temps malheureux, luttèrent contre l'anarchie , Pierret , Hurtauît , Pinchard, Coutier et Galloteau. C'est là que MM. Jobert-Lucas, Tronsson-Lecomte , Ponsardin , Ruinart de Brimont , Desmaison , de Saint-Marceaux travaillèrent à relever Reims, à lui rendre les jours de travail qui font sa gloire et son bonheur. Puisse la vieille cité rémoise, fîère de ses dix-huit siècles de force, d'indépendance et de courage, s'avancer toujours heureuse , toujours libre dans l'avenir des âges ! puisse-t-elle, toujours chrétienne, laborieuse , amie des sciences et des arts, monter encore, et dominer toutes les contrées au milieu desquelles Dieu l'a placée !

Sur la place de Ville, à gauche, aboutit la rue de la Vignette. Elle doit son nom à une jolie sculpture en pierre qu'on vit long-temps à l'angle qu'elle forme en tombant dans la rue du Quarrouge ; elle représentait un cep de vigne ; détruite , elle fut remplacée par une treille naturelle portant feuilles et fruits.

Il y a quelques années, on vit arriver à Reims les Sœurs de la Compassion ; elles s'établirent d'abord rue de la Bûchette. Leur but était de gagner le ciel en secourant l'humanité souffrante. Elles se recrutaient à l'aide d'un noviciat : les jeunes Sœurs donnant une dot pour être reçues. Leur règle les assujétit à la vie commune ; elles font chaque année vœu de chasteté, de dévoûment au service des malades et d'obéissance aux autorités civiles et ecclésiastiques. En 1855, elles achetèrent, rue de la Vignette, un ancien édifice qui remonte au xve siècle. La pièce principale devint leur oratoire. En 1842, elles élevèrent, dans l'intérieur de leur cour, une chapelle dont le clocher domine de quelques pieds les bâtiments voisins.

La rue de la Vignette nous conduit à celle du Maillet-Vert , qui Tient d'être confondue avec celle du Quarrouge. Elle devait son nom à l'enseigne d'un tonnelier 'qui représentait un maillet vert sculpté en pierre.

Le Mont-de-Piété de Reims occupe la maison portant le n° 4 ; créé par ordonnance royale du

5 novembre 1822, il ne fait que remplacer le bureau du prêt gratuit, fondé avant la révolution par M. de Talleyrand. Nous ne pensons pas que le public pauvre ait beaucoup gagné au change. Quoi qu'il en soit , l'hôtel qu' il occupe est remarquable par son ancienneté ; il peut remonter au xve siècle.

La rue du Quarrouge est une de celles dont le nom rappelle encore la domination romaine. Il vient de quadriuium, qarrujum, carrefour. De quadriuium on a fait quadrijum, quarrijum, et enfin quarrouge. Cette rue doit son nom à la petite place qui se trouve à son extrémité, et où viennent aboutir les rues Noël, de la Renfermerie , des Telliers, des Boucheries.

On y voit deux impasses : celle de Saint-Pierre , où se trouve encore le petit portail de F église Saint- Pierre-le-Vieil ; l'autre dite des Prêtres, et des Réformés en 1795. Là furent jadis des maisons occupées par les clercs de Saint-Pierre. Au fond , on remarque un vaste hôtel datant du commencement du xvne siècle. Il servit d'asile aux Carmélites depuis 1815 jusqu'en 1815.

Au carrefour du Quarrouge aboutit la rue des Boucheries. Elle est telle que nous la voyons depuis 1765 seulement. Lorsque l'hôpital-général de la rue de la Renfermerie fut transporté au collège des Jésuites , on créa sur son emplacement la rue et la place des Boucheries, qui jusque-là s'étaient tenues sur le Marché-au-Blé. On établit le nouveau marché sur le terrain occupé par la chapelle et la cour

de l'hospice. De 1770 à 1775 s'élevèrent les petites constructions qui l'entourèrent. Elles étaient bâties aux frais de l' Hôpital-Général , qui les louait à son profit.

En 1818, on ramena sur cet emplacement les bouchers, qui avaient fini par retourner aux lieux où la tradition rappelait leur industrie ; ils encombraient la rue Trudaine , une partie de la place Royale et du Marché-aux-Grains. Des raisons de police et de propreté nécessitèrent leur retour au terrain qui leur était destiné.

La rue des Boucheries tombe dans une voie nommée indistinctement rue ou cour Salin. Cette partie de la ville se nommait , au xm* siècle , vicus de Coursalano. Ce n'était jadis qu'une cour. Elle fut ouverte en 1768, quand la rue Rouillé fut percée. Elle donnait son nom à son quartier dès 1528.

Dans le quarrel des Coursai1! n , qui d'ailleurs appartenait à la juridiction temporelle du Chapitre , se trouvait au xvne siècle une belle et vaste maison, dite du Saumon ; elle tenta les révérends pères jésuites , qui l'achetèrent en 1629 et voulurent y former encore un établissement. La ville lutta avec énergie contre leur insatiable convoitise, et les contraignit à reculer : l'immeuble fut revendu.

La rue Salin nous ramène sur la place de l'Hôtelde-Ville. Là nous trouvons à notre gauche la rue des Consuls : elle est d'origine moderne et fut ouverte sur les terrains achetés pour construire le

palais communal. Il y avait là une ruelle aboutissant au Marché-aux-Chevaux ; on ne lui donne pas de nom sur le plan de 1665. Elle doit le sien à une sage institution fondée à Reims sous Henri III ; elle s'établit d'abord à l'hôtel-de-ville : c'est là qu'un juge et deux consuls choisis par leurs concitoyens , tinrent leur auditoire et prononcèrent sur les contestations commerciales.

En 1642, Messieurs du conseil de ville , sentant l'importance de cette juridiction et les avantages qu'elle présentait , allouèrent aux marchands une somme de 1,000 livres, qui devait être employée à construire un tribunal pour les consuls : on F éleva dans la cour de F hôtel-de-ville ; il eut une porte sur la rue qui prit le nom des nouveaux magistrats et occupait sans doute le petit pavillon sis à gauche au fond de la cour.

A Fextrémitè de la rue des Consuls, et lui faisant suite , se trouve la petite rue Saint-Guillaume. Son premier nom nous est inconnu ; au xvne siècle , on l'appelait rue de FHôpital-des-Filles. Dans les bâtiments qui font Fangle de cette rue et de celle des Ecrevés, l'archevêque Maurice Le Tellier sut organiser un établissement où l'on enfermait les femmes infirmes et mendiantes , les jeunes filles abandonnées ou débauchées ; cette maison se nommait la Renfermerie des femmes et filles. Dans une partie de ses bâtiments , il y avait aussi des cellules pour les fous ; on y retenait parfois ces

malheureux, jusqu'au moment où, vers 176$, l'hôpital Saint-Louis, dans le faubourg de Vesle, leur offrit asile et secours. Les femmes, conduites dans la maison qui nous occupe, plus tard placées dans une aile de la maison de la Renfermerie dont nous allons parler, furent à la fin transférées à l' Hôpital-Général, Notre rue devint alors celle de Saint-Guillaume : il paraît qu'il y avait une chapelle sous l'invocation de ce saint à la Renfermerie ou dans le premier hôpital destiné à la folie. Jl

Au coin des rues des Consuls et Saint-Guillaume, on trouve à droite celle de la Grosse-Ecritoire.

La maison qui fait l'angle de la rue de la Grosse- Ecritoire et de celle du Petit-Cerf est des plus anciennes. Elle peut remonter au xme ou au xive siècle. L'architecture gothique primitive y règne encore : ses fenêtres allongées , terminées en ogive à trèfle , lui donnent un caractère de vétusté qui la recommande à l'attention .

La rue de la Grosse-Ecritoire doit sans doute son nom à une de ces sculptures placées au-dessus des portes des maisons pour les faire reconnaître, quand on n'avait pas encore l'idée de les numéroter.

Retournons sur nos pas, et entrons dans la rue de la Renfermerie. Elle joue un grand rôle dans l'histoire administrative de Reims. Depuis le xive siècle , la ville luttait contre la mendicité ; les fainéants e^ les débauchés abusaient de sachante, et perpétuaient la plaie qui les faisait vivre. Il fallut en finir avec

eux, et on prit le parti de les enfermer. C'est en 1632 que le conseil de ville commença l'exécution de son plan. On acheta l'hôtel du Saumon où l'on n'avait pas voulu laisser installer les jésuites, et on y plaça d'abord les jeunes enfants abandonnés. Plus tard, en 1657, une demoiselle nommée Antoinette Mimin ayant légué son bien aux pauvres, MM. delà ville, qui étaient, aux termes du testament, maîtres de l'exécution du legs, se rendirent à la proposition faite par le lieutenant des habitants, et toutes les sommes léguées furent employées à établir la Renfer merie sur une plus large échelle. On acheta des maisons : des cours furent ménagées dans l'intérieur des bâtiments. Au centre s'élevait une petite chapelle surmontée d'un modeste clocher. Et bientôt on réunit dans le même établissement les mendiants, les infirmes et les jeunes gens des deux sexes enclins à la débauche ; il y eut des cachots pour les détenus qu'on voulait châtier , des cellules pour les filles repenties , un hospice pour les vieilles femmes.

Vers 1766, la maison des Jésuites, vacante depuis 1762, reçut les hôtes de la Renfermerie et devint l'Hôpital-Général. Les bâtiments de la Renfermerie furent vendus en partie , une autre partie fut démolie , et on assainit ce quartier en créant la rue et la place des Boucheries , en perçant la rue Rouillé.

La rue Rouillé, qui devint la rue Marat en 1795, rappelle le nom de M. Rouillé-d'Orfeuil , intendant de Champagne, dont Reims eut tant à se louer. Ce

magistrat montra qu'il était digne des hautes fonctions à lui confiées par le roi , en ne tendant pas sa main aux jours de l'émigration : il gagna son pain à la sueur de son front; aussi, riche ou pauvre, intendant ou proscrit, a-t-il droit à l'estime de tous. Qui sait trouver l'indépendance dans le travail est digne de commander.

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