CHAPITRE XXXIV
Quartier Fléchambault — Rue Fléchambault.— Faubourg Sainte-Anue. — Quartier du Ruisselet. — Rues Folle- Peine,— de Moulin, — Simon,— du Ruisselet, — Saint- Rémi .
ï^l^MfpK^^ ous avons terminé notre voyage sur les remparts jusqu'à la porte de Dieu-Lumière.
Avançons au-delà : nous trouvons d'abord une plate-forme connue sous le nom du Mont des Minimes; on y tira le canon dans quelques circonstances. Plus loin se présente la place où fut la Tour-Chanteraine : nous en parlerons bientôt. Entre ces deux points passait le canal qui amenait dans Reims les eaux élevées par la machine du père Féry. On voyait après cette tour la porte Fléchambault, puis trois
tourelles sur les bords de la Vesle, ensuite la tour Notre-Dame, sise vis-à-vis la grande église, et enfin la tour Saint-Victor, connue du lecteur. Tous ces murs et bastions viennent de tomber pour faire place au canal et à son port.
La porte Flécbambault donnait son nom à la rue qui y conduisait les habitants de Saint-Remi. Elle devint, en 1793, la rue de la Montagne. Il était plus facile de changer son nom que d'en indiquer l'origine. Comme une tradition monarchique plus ou moins fabuleuse s'y rattachait, à tort ou à raison, il dut périr.
Quoi qu'il en soit, ce quartier fut long-temps inhabité ; des bois, des sépultures, des vignes même, le couvrirent long-temps. Nos vieilles chroniques nous montrent les vendanges aux portes de Reims. Saint Rémi possédait des vignes sous les murs deDurocort, peut-être sur ce terrain.
Au xe siècle, il commençait à se peupler ; le ban Saint-Remi se formait, lorsqu'un neveu de l'archevêque Odalric [962-970] est tué dans une des hôtelleries qui s'y trouvaient, au moment où il veut empêcher une querelle entre des gens ivres. Le prélat exige qu'on lui remette le meurtrier, et comme on n'obéit pas assez vite à ses ordres, il livre le faubourg à ses hommes d'armes. La soldatesque pille les maisons, les rase et les brûle. Odalric défend de relever ce que le fer et la flamme ont détruit.
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Il mourut bientôt, et de nouveaux bâtiments surgirent sur les ruines qu'il avait faites. L'archevêque Adalbcron [970-988] encouragea ces constructions. Tout ce territoire appartenait aux archevêques; il le donna à l'abbaye de Saint-Remi. Renauld, son successeur, confirma cette concession en 989.
On appelait clos Saint-Remi un vaste terrain situé vis-à-vis l'abbaye ; il avait une issue sur la rue Fléchambault, du côté de la Vesle. Cette longue voie existait dès le xne siècle, mais ce ne fut que de 1745 à 1751 qu'elle se prolongea jusqu'à la place Saint-Remi. Dès 1430, nous la voyons nommée rue de Frichembauld.
A son extrémité se trouvait la porte bâtie dans le xive siècle et démolie en 1780. Elle était défendue par la Vesle qui passait à ses pieds. Un pont-levis se levait et s'abaissait à volonté sur les eaux ; en 1609 il fut réparé par le Chapitre de Notre-Dame, qui y était obligé. Ce pont, rendu plus tard immobile, fut coupé pendant la guerre de 1814.
Un peu au-delà de la porte, et entre les bras de la Vesle, était le moulin de Fléchambault. Ses revenus appartenaient au Chapitre de Notre-Dame et à l'abbaye de Saint-Remi.
Un peu plus loin, à l'endroit où la route se sépare en diverses branches, était la léproserie de Sainte- Anne, destinée aux femmes. Elle datait au moins de 1146 et s'appelait Domus sancti Lazari ad feminas. La chapelle de l'hospice fut détruite en 1750,
sous le pontificat de M. de Rohan. Elle datait de 1524. Quand elle tomba, une croix fut élevée à sa place. Une auberge voisine a conservé la mémoire du vieux monument en prenant pour enseigne la figure de Sainte Anne. Cet hôpital relevait de la maison de Saint-Lazare, sise près de la porte de Vesle. Les deux établissements correspondaient par le chemin de Courlancy ou Courcelancy. Le nom de cette route était celui d'un fief sis de ce côté, dont le possesseur avait au xiYe siècle le titre de damoiseau.
Les biens de la léproserie furent réunis à ceux de F Hôpital-Général en 1635.
Cette partie de la ville, nommée faubourg Sainte- Anne, devint en 1793 celui de la Montagne. On le désignait aussi sous le nom de faubourg Fié— chambault.
Rentrons dans Reims , tournons à gauche , et côtoyons les remparts et la Vesle, qui leur servit si long-temps de défense. Elle n'était pas cependant toujours assez profonde pour arrêter les courses de l'ennemi. Quand ses eaux étaient basses , plusieurs points de son cours étaient indiqués comme faciles à traverser. Aussi avait-on soin d'y placer en perma-^ nence des herses, des chausses-trappes et autres engins de guerre de nature à gêner hommes et chevaux.
En suivant le rempart, nous arrivons à l'entrée de la rue Folle-Peine. De ce côté passaient jadis les eaux de la Vesle, qui venaient arroser les rues de Venise,
du Jard et la Couture. Dans les chartes de 1196 et 1197, il est question du droit de pêche in aqud de Fole-Paina. Dès 1528 nous voyons des habitants sur les bras de ce cours d'eau. Quand la Yesle fut rejetée aux pieds des remparts, le cours d'eau de Folle- Peine fut desséché, il devint une rue, et en 1450 nous trouvons la rue Folle-Peine. A cette époque une enquête eut lieu pour préciser les limites du ban Saint-Remi ; et parmi les témoins entendus, les plus anciens se souvenaient d'avoir vu les bateaux passer dans la rue Folle-Peine et amener dans ce quartier les herbes des prés voisins. Au bout de la rue Folle- Peine était une pierre percée d'un trou circulaire , nommée Bonde, analogue à celle qui était rue de Monsieur. Une crosse était sculptée sur un de ses côtés. Au pied de cette pierre se rencontraient le ban des archevêques et celui de Saint-Remi. Au coin de cette rue, en 1430, était une maison possédée par la famille Labarbe, dont nous avons dit les exploits. La voix du peuple donna le nom du cours d'eau à la rue qu'il remplaçait : il y trouvait un jeu de mots.
On vient de réunir à notre rue une voie qui la prolonge derrière la maison du Longueau jusqu'à la rue du Jard : c'est celle qu'on appelait en 1 665 rue de la Sescherie , et dans le xvme siècle rue de la Chasserie. Nous pensons que ce dernier nom est une altération du premier. La rue dont nous parlons, longtemps déserte, se prêtait parfaitement à l'exposition
du linge et des chaînes de laine qu'on faisait sécher au soleil. Près de là, d'ailleurs, se trouvait le lavoir de l'Hôtel-Dieu de Reims. Il lui fallait un séchoir : il dut être dans la rue de la Sescherie.
Le carrefour que forment les rues de Venise et Folle-Peine en se croisant se nommait jadis place des Quatre-Coins. Au centre s'élevait une croix, au pied de laquelle venaient faire station les processions de Saint-Julien et de Saint-Remi.
Pour arriver à la rue Folle-Peine nous avons laissé sur la droite les rues du Ruisselet et de Moulin : la première doit son nom à un petit cours d'eau que l'on trouve dans sa partie inférieure ; on appelait aussi de la même manière un lavage qui se trouvait à son extrémité , et une maison sise au même point, appartenant à l'abbaye de Saint-Remi. Ce petit canal, alimenté par les sources qui sont de ce côté sur différents points , se perdait jadis dans l'ancien cours de la Vesle ; au bas du clos Saint-Remi, à l'entrée de la rue du Ruisselet et de Moulin, le long des jardins du Jard, on voit encore des fossés et des mares d'eau qui sont les traces de son passage. Le côté droit de la rue du Ruisselet est fermé par le mur d'enceinte du clos de Saint-Remi. Ce terrain est un véritable domaine qui appartient de nos jours à l'Hôtel-Dieu. En 1790 on lui donna sur la rue du Ruisselet une porte qui devenait nécessaire : on venait d'y tracer le cimetière de la paroisse Saint-Remi. Les trépassés de la paroisse Saint-Maurice, ceux des
églises Saint-Jean , Saint-Martin, Saint-Timothée , Saint-Julien dont la démolition était arrêtée, devaient y être conduits.
C'est dans ce terrain que furent enfouies toutes les reliques qui échappaient à la profanation ; c'est là que furent déposées celles du grand apôtre ; entourées d'un suaire de soie rougee, elles furent placées sous le corps d'un soldat qui venait de mourir à l'hôpital. On espérait que le mélange de ces débris humains aurait lieu complètement j et qu'on ne pourrait les distinguer : il n'en fut rien. En 1795 l'exhumation eut lieu. Le suaire protecteur avait bravé la corruption et l'humidité , et conservé sans confusion le dépôt sacré qui lui avait été remis.
En 1832 il fut décidé qu'on ouvrirait sur déplus larges bases un nouvel asile aux funérailles de ce vaste quartier : nous l'avons trouvé hors de la ville, entre la porte Dieu-Lumière et la Vesle.
La rue de Moulin doit son nom à l'usine farinière à laquelle elle conduisait.
Au bas de la rue et en deçà des remparts étaient des sources d'eau ferrugineuse; ce ne fut qu'en 1642 qu'on s'aperçut de leur valeur. Elles jaillissaient alors à l'entrée d'un petit sentier qui conduisait au lavoir; on les enferma dans une cour; un petit dôme les abrita. Ces eaux sortaient de terre sur d'autres points, notamment vers la rue de Venise et le moulin de Fléchambault. Elles ont été étudiées à diverses reprises, en 1753 par le docteur Maquart , et en 1772
par un maître apothicaire de Reims, nommé François Girardin. Leurs observations imprimées indiquent le parti qu'on peut tirer de ces ondes fortifiantes.
Les rues de Moulin et du Ruisselet tombent dans la rue Simon : on vient de la nommer ainsi en l'honneur d'un digne médecin , bienfaiteur de nos hospices.
Naguère elle formait trois rues différentes : la rue du Caillou donnant sur la place Saint-Remi, la rue aux Rains , et la rue Mignotte aboutissant rue de Moulin. Ces trois rues, peu fréquentées, n'ont été pavées que depuis un petit nombre d'années.
La rue aux Rains doit son nom, connu dès 152&, à des étuves qui servaient au ban de Saint-Remi. Nous avons vu que dès le xive siècle la ville possédait des bains à la hauteur de la rue Neuve , de la Couture, et même de la rue de La Salle. La rue Mignotte doit son nom, si nous en croyons quelques traditions indiscrètes, à Tune de ces maisons où les cœurs en peine trouvaient aussi mystère et complaisance.
Enfin la rue Saint-Remi , donnant dans la rue Simon, longe le jardin de l'abbaye; elle ne fut pavée qu'au milieu du siècle dernier; jusqu'à cette époque un fossé creusé dans le milieu recevait toutes les eaux pluviales et ménagères.