PORTAIL DE L EGLISE STREM
siècle. Elles sont cannelées du haut en bas et rappellent les écoles grecque et romaine. Celles qui encadrent la porte principale sont remarquables sous un autre rapport : elles sont composées en partie de morceaux de marbre et de granit de dimensions et de couleurs diverses; ces fragments sont les débris certains de nos premières églises, enrichies des dépouilles des temples païens, des villas romaines et d^s palais impériaux ou proconsulaires.
Au sommet de ces colonnes sont les statues de Saint Pierre et de Saint Paul ou de Saint Rémi. Elles nous semblent devoir aussi remonter à l'église d'Hérimard.
De chaque côté de la principale porte se trouve une verrière longue et ogivale qui s'élève à la même hauteur que son arcade. Au-dessus de ce premier étage règne une rangée de fenêtres de différentes dimensions.
Au-dessus de toutes ces verrières est une galerie indiquée par des arcades ogivales sculptées en relief sur la pierre. Elle est dominée par une rosace dont les rayons, au nombre de seize, sont de fonte. Elle date de 1844. Celle qui la précédait était en pierre sculptée, et ses riches vitraux ont laissé dans Reims des souvenirs qui font tort à ceux qui les remplacent.
Le portail s'élève entre deux tours. Elles paraissent égales de dimension et ne diffèrent que par les détails. Les fenêtres qui les éclairent à l'intérieur
varient de largeur etde nombre; mais presque toutes elles rappellent l'architecture romane. Le plein-cintre qui les caractérise, les sculptures qui les décorent leur donnent le cachet des xe et xie siècles. Elles sont placées sur trois étages.
Le portail du midi fut reconstruit par Robert de Lenoncourt à la fin du XVe siècle. Elle a du sol au sommet de son pignon 102 pieds de hauteur; on n'en compte que 76 dans sa largeur.
Peu de monuments portent d'une manière aussi nette et aussi complète le cachet de leur temps et les caractères d'un style qui fit époque, d'un style aussi hardi que gracieux.
Autour de la porte, du bas en haut, s'élancent des ceps de vigne; les feuilles sont sculptées avec art et se détachent de la pierre; des oiseaux, des insectes, sautillent et grimpent au milieu des fleurs et des fruits. Cette sculpture, qui regarde les coteaux de Sillery, n'est peut-être pas sans allusion aux vendanges de nos montagnes. La partie supérieure de l'arcade est occupée par des groupes de statuettes représentant la Passion.
La porte est séparée en deux par une colonne sur laquelle s'appuie une statue de la Vierge ; le piédestal et les côtés de la colonne sont couverts de sculptures semblables à celles de l'arcade; il n'en reste que des débris presque méconnaissables.
Au-dessus de ce portail s'élance une large et haute verrière. Elle a la forme d'une arcade ogivale. De sa
base partent de nombreuses et élégantes colonnettes de pierre < qui finissent par se croiser et former un élégant réseau que Ton compare aux flammes qui se mêlent en tous sens. Aussi ce morceau de sculpture est-il un des types les plus purs du gothique flamboyant.
Au fronton du portail est représentée l'assomption de la Vierge ; au sommet sont trois fauteuils , Dieu et le Christ en occupent deux ; ils réservent celui du centre à la Vierge, qui monte au ciel. Des anges la soutiennent et l'enlèvent à la terre ; d'autres habitants du divin séjour jouent de divers instruments et chantent les louanges du Seigneur.
Au sommet du fronton se tient debout Saint Michel, le victorieux archange. La hauteur à laquelle sont ces belles et curieuses sculptures les a protégées contre le vandalisme.
Six contreforts soutiennent ce portail , de face et de côté. Terminés en clochetons aigus et fleuris, ils renfermaient chacun dans leur partie inférieure une statue plus grande que nature : Tune d'elles gênait pour l'établissement d'un réverbère élevé par la ville il y a peu d'années ; elle a été supprimée sans qu'on ait pu jusqu'à ce jour la retrouver. Les cinq autres sont dignes d'intérêt. Elles sont sculptées avec soin et finies autant que l'art le permettait à la fin du xve siècle.
A l'extérieur, sur les murs de l'édifice , et surtout sur ceux de la grande nef, on doit examiner encore
les contreforts et les arcs-boutants ; les premiers forment des demi-colonnes appliquées au bâtiment et se terminent en cône ; leur style est roman. Ils doivent remonter à la construction de l'église en 1043 ; les arcs-boutants sont plus modernes , on peut les attribuer à l'abbé Pierre de Celles. Les arcades qu'ils décrivent dans leur partie supérieure en allant rejoindre la haute nef, sont larges et hardies ; elles sont au nombre de trente-quatre distribuées autour de l'église.
Le chœur refait par Pierre de Celles conserva probablement ses premiers murs. On y retrouve au dehors de l'abside les contreforts coniques et les colonnes cannelées, œuvres de la sculpture romane.
A chaque bras de la croix se trouve à l'extérieur et du côté du chœur une demi-rotonde qui précède aussi les constructions ogivales du xme siècle : à l'extérieur elles ont toutes deux pour contreforts des demi-colonnes ; leurs frises sont semblables aux cases du damier ; les unes sont pleines et en saillie comme des dés ; les autres sont vides et forment de petits cubes creux. Ce genre d'ornement est antérieur au gothique.
Entrons dans l'église et examinons l'ensemble et les détails de son intérieur. Les fenêtres sises audessus du portail sont veuves de vitraux. Ceux qui doivent les garnir sont attendus avec impatience ; c'est seulement lorsqu'ils seront posés qu'on pourra juger cette brillante décoration. Des colonnes à jour
et assez légères se détachent devant les verrières du premier étage, et forment une galerie où Ton peut passer.
La voûte de la basilique n'a que 75 pieds environ de haut ; mais elle en compte 42 de large, 6 de plus qu'à Notre-Dame ; aussi a-t-elle un air de hardiesse qui surprend.
Les nefs latérales ont deux étages : ce luxe d'architecture se voit rarement dans les églises de France.
Les nefs inférieures ont 21 pieds de large sur 23 de haut ; celles qui sont au-dessus ne comptent que 17 pieds de large sur 20 de hauteur. Les arcades qui se dessinent sur cette double galerie à chaque étage sont à plein-cintre ; celles de la basse-nef sont simples, et ne font qu'un demi-cercle ; celles du second étage sont divisées en deux autres arcades de même forme , et séparées par une colonne courte et mince ; les chapiteaux qui les décorent imitent le style corinthien ; plusieurs d'entre eux sont en marbre blanc. Nous verrons encore là les reliques des monuments gallo-romains. Toute cette rangée de colonnes a été peinte en rouge ou en bleu: le style roman le voulait ainsi.
Indépendamment des verrières sises aux croisées et au portail dont nous avons parlé , l'église en comptait 120 autres de diverses dimensions ; il paraît que, dans l'origine, elles étaient toutes enrichies de vitraux peints. Ce n'est pas la révolution qui les
en a privées. En 1750, les moines de Saint-Remi substituèrent des vitres blanches aux vitraux peints qui décoraient la nef. Dans le chœur, ils enlevèrent quelques-unes des images de rois , d'évêques et de saints qui illustraient les hautes fenêtres ; chacune d'elles^contenait jadis deux de ces figures placées l'une au-dessus de l'autre.
L'église a 540 pieds de long , 174 de largeur aux croisées , et 75 de large dans la nef, y compris les deux collatérales. Elle porte sur cinquante-deux piliers, ceux du chœur sont gothiques, ceux de la nef sont romans. Pierre de Celles, pour mettre en harmonie les anciennes constructions avec celles qu'il venait d'élever, les a masquées du côté de la grande nef par des faisceaux de colonnes qui s'élancent vers la voûte. Les chapiteaux des piliers primitifs sont intacts, ils ont conservé leurs sculptures originales et le cachet de leur époque.
Dans la nef est une chaire qui ne peut pas remonter au-delà du xvne siècle ; elle a le mérite d'avoir appartenu aux Bénédictins ; les deux chiffres S. B. et S. R., qui sont ceux de Saint Benoît et de Saint Rémi, s'y trouvent sculptés. Trois bas-reliefs la décorent; ils représentent Saint Rémi recevant la Sainte-Ampoule, Saint Benoît implorant le Saint-Esprit, et donnant sa règle à ses Frères.
La nef était jadis séparée du chœur par un jubé. A quelle époque l'église de Saint-Remi reçut-elle cette décoration pour la première fois ? Nous l'igno-
rons; nous savons seulement qu'en 1578 un jubé fut élevé parlessoins du grand prieur dom Ravineau. Au centre était un autel dans le style de la renaissance. Il était placé entre deux portes qui donnaient dans le chœur.
Ce jubé fut remplacé en 1649 : on en construisit un autre sous la direction de D. Jacques Bignicourt, grand prieur, et aux frais de Christophe Bignicourt son neveu, lieutenant des eaux et forêts à Reims. Celui-ci n'avait qu'une porte ouverte entre deux autels.
Sous la voûte placée au centre du nouveau jubé régnait une grille de fer assez belle ; elle fermait l'entrée du chœur , qui commençait dans la nef et se prolongeait jusqu'au-delà du transept.
Sur les marches du sanctuaire étaient les statues en pierre, mais peintes et dorées, de Louis d'Outremer et de Lothaire : elles marquaient la place où leurs restes furent inhumés. Les deux rois étaient représentés assis sur le trône. A l'entrée du sanctuaire s'élevait un magnifique candélabre de cuivre donné, disait-on, par la reine Frédéronne.
L'autel du sanctuaire était jadis enrichi de châsses précieuses et d'antiques reliquaires. Celui qui l'a remplacé vient du couvent des Minimes.
Derrière l'autel est une grande balustrade qui le sépare de l' arrière-chœur.
C'est là que se trouvait le tombeau de Saint Rémi. La chapelle Saint-Christophe se trouvait au point
où s'élève la nef aujourd'hui. C'est un peu plus en avant de l'entrée du chœur que fut la première sépulture de l'apôtre royal. Ses restes, depuis transportés dans diverses cryptes, finirent par être déposés dans l'arrière-chœur. Un magnifique monument, qui renfermait aussi la Sainte-Ampoule, les contenait. Il fut détruit en 1795 et remplacé sous l'empire par un échafaudage de bois peint et de marbres qui va s'écrouler pour faire place à un mausolée plus en harmonie avec l'enceinte de l'arrière-chœur.
A droite on trouve un bas-relief connu sous le nom des Trois-Baptêmes ; il représente en effet ceux du Christ, de Constantin et de Clovis. On l'attribue à l'un des Jacques. Au-dessus était cette inscription : Honor deo sit, virginoque Mariœ; pax vivis et requies defunctis. Amen. 1610.
En face était une armoire où se renfermaient les trésors de Saint-Remi. La république acheva l'œuvre de spoliation commencée par la Ligue, et détruisit à peu près tout ce qui s'y trouvait encore en 1790. Derrière cette armoire, dans des niches qui regardaient l'abbaye, étaient des statues peintes et dorées qui devaient remonter au XIe siècle : elles existent encore, mais elles vont être placées ailleurs. L'armoire du trésor datait de 1660 : elle avait été faite aux frais de dom Lecointre et de Chambaud de l'Hôpital.
Le pavé de l'église était formé de dalles de pierrer
excepté le chœur et le sanctuaire , qui étaient couverts d'une vaste et admirable mosaïque.
L'arrière-chœur et le sanctuaire sont entourés d'arcades de marbre et de pierres sculptées ; les colonnes qui supportent les cintres sont en marbre noir ou rouge; les chapiteaux sont en marbre blanc.
Entre chaque colonne étaient des ornements de cuivre ciselé, détruits en 4793; ils fermaient l'espace qui les séparait. Dans la croisée cette galerie était coupée par deux portiques du même style et décorés de fleurs-de-lys mutilées en 1793 ; la clôture de l' arrière-chœur fut commencée vers 1666 et achevée vers 1795. L'abbaye , la veuve de l'avocat général Talon, le lieutenant et les habitants, les conseillers de la ville , les échevins , l'abbé Fabre vicaire, de Saint-Jacques, le grand prieur Dom Wilquin , Henry d'Orléans-Longueville , marquis de Rothelin, avaient fait les frais de cette riche décoration. La première pierre de ces constructions avait été posée le 26 juillet 1666 par le grand prieur Dom Wilquin , ainsi que cela résultait d'une inscription découverte le 10 mai 1810.
Au rond-point se trouvent sept chapelles , l'église en comptait autrefois vingt-deux ; dix avaient été supprimées avant la révolution. 11 y en avait jadis huit dans les galeries supérieures.
En 1775, on avait remis à neuf presque tous ceux que l'on conservait : ces réparations eurent lieu, comme on le devine, suivant le goût du temps,
et des baldaquins de bois sculpté s'élevèrent att fond de chaque chapelle.
L'ancienne chapelle Saint-Gibrien était célèbre par une confrérie fondée en 1350 par l'archevêque Guillaume de Trie. Lors de la fête patronale, on faisait dans l'église et dans le cloître une procession où l'on portait le bâton de Saint-Gibrien. Quand un confrère mourait, on sonnait, dans les rues et places voisines, une clochette funèbre en répétant : Priez pour les trépassés.
Dans l'autre bras de la croix était la chapelle Saint-Marcoul : on la trouvait à droite, en entrant par le portail du midi. C'était sous sa voûte qu'on exposait la châsse du saint dont elle portait le nom quand on la faisait venir de Corbény, à l'époque du sacre.
Les tombeaux que renfermait l'église Saint- Rémi la décoraient de leurs ornements, l'illustraient des souvenirs qu'ils faisaient revivre. La bourgeoisie et la noblesse de Champagne y avaient de nombreux représentants. La monarchie y avait déposé des rois, des reines et des princes. Les abbés, les grands prieurs , vingt-trois évêques ou archevêques de Reims y dormirent auprès d'eux du sommeil éternel.
Tous ces grands souvenirs et bien d'autres qui rappelaient la vieille basilique, n'étaient pas de nature à la sauver aux jours de la tourmente; nous avons dit ailleurs comment son trésor fut ruiné : après avoir servi de paroisse à tout le faubourg pri-
vé de ses anciennes églises, elle se vit à son tour condamnée.
Le 25 octobre 1793, à cinq heures du soir, le peuple envahit l' église ; Armonville, le député de Reims à la Convention, monte en chaire : « Il n'y a pas de Dieu, dit-il; tout meurt avec l'homme; après le trépas il n'y a plus rien à craindre ni à espérer... » Mille blasphèmes contre la religion, les prêtres et les églises suivent ce sauvage début.
Son auditoire met aussitôt la théorie en pratique, et se livre au pillage et à la profanation : tout est détruit, brisé ; les tombes sont violées, les verrières volent en éclats, les statues sont brisées à coups de marteau, et la vaste voûte du noble édifice n'abrite plus que des ruines.
Un manège s'empare du centre de l'église ; à une autre époque, les galeries deviennent des magasins, des ambulances.
Plus tard enfin, le christianisme rentra dans son temple, et depuis cinquante ans on travaille à réparer les fautes d'un jour. La basilique sortira de ses ruines ; elle en est déjà sortie. Ses verrières jetteront encore des éclairs de feu sur ses pavés polis et pâles. Les tombeaux, les statues se relèveront sur le sol qui les vit debout ; la belle basilique pourra lutter avec Notre- Dame, de beauté comme de gloire ; cela sera , parce que Sain t-Remi est une église nationale.