CHAPITRE I
Reims. — Son nom. — La Cite.
ANS une vaste plaine, dont la surface s'étend au loin, aux bords d'une modeste rivière peu connue dans le monde, s'élève une ville antique. Son origine se perd dans la nuit des temps. Reims est son nom. Les érudits de toutes les époques se sont demandé quelle était la date de sa fondation. Il est des historiens qui ne savent pas convenir qu'ils ont cherché et n'ont pas trouvé ; après s'être précipités dans l'abîme des conjectures , ils veulent en sortir triomphants, et ne craignent pas de donner au
public comme faits historiques les hypothèses les plus audacieuses et les plus contradictoires.
Le chandne Coquault avance avec intrépidité que la viUe fut fondée justement mille quatre-vingtseize ans après le déli^^e. Bergier se borne à remonter à la chute de Troie , et place à cette époque le berceau de notre cité. Il ne s^agit pas moins que de lui donner onze cents ans d'existence avant la naissance du Christ. Quand on est décidé à tracer soi-même son arbre généalogique, on ne saurait le faire trop complet. Nos chroniqueurs Font compris. Si on les en croit, c'est un fils de Priam, c'est Rémus le frère de Romulus, un autre Rémus roi des Gaules et des Anglais, un troisième Rémus qui compte parmi ses ascendants en ligne directe Noé le père de la vigne , Hercule , aux douze travaux , qui se disputent l'honneur d'être le chef de la famille rémoise.
Nous admettons volontiers que l'Orient a peuplé le monde ; nous pensons que les premières émigrations faites vers l'occident ont dû successivement s'avancer jusqu'au point où la terre leur a manqué; mais vouloir, après trente siècles, citer des dates, des noms d'hommes, des généalogies, c'est une folie inutile. Les nations, tes cités ne savent pas se résigner au rôle de cadettes ; toutes elles prétendent aux honneurs, parfois si fragiles, de la primogéniture; toutes elles prêtent une oreille complaisante aux conteurs qui savent sourire à leurs faiblesses.
Mais le temps des flatteries sans pudeur est passé pour elles comme pour les princes. Laissons au poète, au romancier les rêveries £intastiques, les récits capricieux. Ne demandons à Thistoire que la vérité, que ce qui parait certain.
Le premier signe qui distingue une existence, c'est le nom. Reims a la gloire d'avoir conservé le sien au milieu des baptêmes que la domination romaine et les invasions des barbares imposèrent aux cités de TEurope. Gauloise était la cité, gaulois resta son nom. Ses citoyens s'appelaient Rémi. La ville qu'ils habitaient était Durocortum ; parfois on joignait les deux noms et on disait Durocortum- Remorum. Le premier finit par disparaître, et la ville garda celui du peuple qui l'avait illustrée.
César nous les a transmis tous deux dans ses immortels Ck>mmentaires. Les copistes qui nous ont fait parvenir d'âge en âge ce magnifique morceau d'histoire, n'ont-ils pas altéré l'orthographe du mot Durocortum? c'est ce dont personne ne peut répondre. Ce qu'il faut reconnaître, c'est que dans les anciens auteurs qui désignent Reims sous son nom primitif, on trouve les mots Durocortorum, Dnricortium, Durioordium. On lit dans Strabon le mot Duricortora : la tradition a mieux aimé dire , avec César, Durocortum. Nous ferons comme elle. Un peuple n'ouUie pas son nom. Celui qu'il préfère à tous est le sien, sans aucun doute. La religion de la famille , le culte du nom patronymique, sont choses
sacrées. Nous acceptons donc le nom de Durocortttm.
Quelle est son ëtymologie ? On le divise en deux portions ; il n'y a qa*ane manière d'interpréter la dernière. Cortum, cort ou court, signifie lieu elos, une ferme entourée de murs, une réunion d'habitations abritées derrière une enceinte. Ce mot appartient à la langue celte ; on le trouve usité dans toutes les parties de la France , on le rencontre dans les auteurs qui ont écrit avant qu'on commençât à parler la langue française. Dans les lettres d'Hincmar, dans les capitulaires de Cliarles4e-Chauve, on lit les mots cortem, cortis, cortes. Ils ont le sens que nous venons d'indiquer.
On est loin d'être du même avis quand il s^agit d'expliquer les syllabes Duro ; les doutes que l'on ne peut s'empêcher de concevoir sur la fidélité des scribes sont de nature à perpétuer les discussions sur ce point.
On a même attaqué Torthègraphe de César, et on a dit : Il faut lire Duricordium ; ce mot vient de Duras et de Cor. On s'est rappelé les preuves de bravoure données par les Rémois, les témoignages d'estime que donnent à leur fermeté, à leur noblesse, à leur énei^e. César, Strabon et les auteurs des anciens jours , et Ton s'est dit : La ville s'appelait Duricordium , parce qu'elle était la patrie des cœurs braves et généreux. Certes, cette étymologie est flatteuse pour Reims, et nous ne
pouvons la dédaigner ; mais pour TadaicUre, il faudrait établir que César s'est trompé.
Nous nous sommes aussi rappelé le vers où Lueain célèbre l'adresse du Rémois à lancer le javelot :
Optimus eœcusso leucus Remusque lacerto,
et nous nous sommes demandé si Durocortum ne venait pas de Dorncortum : dont, en grec, signifie bois de lance, lance, trait.
1^7 avait41 pas d'ailleurs à Reims une febrique d'armes de guerre dont nous parlerons plus loin? Nous ne croyons pas devoir nous arrêter à cette seconde étjmologie, parce qu'elle a besoin d'un mot grec et d'une transposition de lettre, et que nous aimons mieux trouver une racine plus nationale et moins forcée.
On a dit ensuite : Duro vient de Turris. 11 y avait une citadelle au centre de la ville; une enceinte fittrtifiée l'entourait, ainsi que la cité : les deux mots duro et cort s'expliquent par ce troisième système. 11 est certain qu'on admet une foule d'étymologies où l'on substitue le T au D, et qu'on peut faire pour Durocortum ce qu'on fait par exemple pour Dordonensis, Tortone.
Si nous n'avions pas à examiner une quatrième ofMnion, nous pourrions nous arrêter à celle-ci; mais Lacourt en soulève une nouvelle en disant : Duro vient de dur, dure, duren, douren,, mots cel-
Au iv« siècle , on revint à la première orikographe ; mais au xvi* on lui fit subir une noo» velle modification : on Tenrichit de la lettre H, et on écrivit Rhcims. On s'imagina que la première partie de ce nom devait se prononcer avec aspiration, et on récrivit en conséquence. G)mment prononçaiton le mot Rémi du temps de César , nous l'ignorons ; mais nous pensons que mieux vaut écrire le mot comme il récrivait lui-même.
Si Forigine de notre cité présente de ténébreuses diMCurités, rien n^est plus certain que Timportante position dans laquelle elle a su se maintenir dans tous les temps. L'estime des nations Tentonrait, lorsque César entra dans les Gaules.
a Gallorum omnium fortissimi Belgae, » disait César ; et Strabon i\joutait : « Inter istas gentes Rémi » sunt nobilissimi, et eorum urbs primaria Duri- 2) cortora maxime incolitur.»
Elle prospéra sous Fégide de la liberté, quand les Gaules subirent le joug romain, et lorsque les Barbares envahirent le vieux monde, elle était dans tout Féclat d'une grandeur qui devait se perpétuer. Saint Jérôme, au commencement du v^ siècle, l'appelle urbê prapotenSf urhs saneta Remenmm.
A cette époque, les Vandales venaient de la saccager : elle se releva, et bientôt, sous les premiers rois de la race mérovingienne, elle reprit son influence et son rang parmi les grandes citési Sous les Romains, elle avait donné l'hospitalité aux préfets.
aux généraux d'armées, aux consuls, aux empereurs même. Sous les Bis de Mérovée, elle offrait un palais à nos rois, et devenait capitale du royaume d'Austrasie. « Dédit sors Sigiterto «pioque regnum Theu-* » dericî, sedem que habere Remensem,» dit Grégoire de Tours dans son livre IV.
A cette même époque, la ville ét^t riehe et puissante, et nous en trouvons la preuve dans le même auteur : n Remos opulentissimam urbem improviso » impetu occupât Ghilpericus.»
Son histoire se confond avec celle de notre monarchie sous les deux premières races. On se dispute sa possession comme celle du trône. Les derniers descendants de Cbarlemagne y ont encore un palais : A la même époque, les grands vassaux de la couronne arrachent à la faiblesse royale des concessions les plus iniques. La vieille cité, qui pendant neuf siècles avait su défendre sa liberté, devient un comté féodal ; les comtes de Yermandois, les sires de Roucy, 1 les archevêques de Reims, s'en disputent et s'en * partagent la possession. Dans le xi* siècle , elle reste à ccist derniers. Vers 1080, on donne à Reims le titre de duché ; la monarchie en fait le siège de la première pairie de France : elle ne pouvait faire moins pour la ville du sacre.
Sous ses seigneurs d*épée ou d'église, Reims eut le bonheur et le talent de maintenir ses franchises et son importance.
Les archevêques surent protéger le dépôt que leur
confia la monarchie aux abois, et quand la nation, en 1789, leur redemanda la seigneurie qui leur était échue, elle trouva Reims florissante, décorée de somptueux édifices, mère d'une population nombreuse, riche d'institutions libérales, scientifiques et religieuses.
Reims était puissante sous les Romains par le nombre de ses enfiints , car elle mettait sur pied de nombreux corps de cavaliers et de Usuitassins* Son alliance était recherchée , donc elle pouvait se faire craindre. Elle envoyait ses guerriers à Pharsale, sous les drapeaux de FËmpire ; elle levait plu» Uurd des milices pour combattre les Normands, prendre part aux guerres civiles du x« siècle, et repousser les invasions de F Allemagne; plus tard, en 1560, elle arrêtait devant ses murs la grande armée du roi d'Angleterre. A cette époque , il pouvait y avoir à Reims de douze à quinze mille âmes.
Le XV* siècle, si fatal à la France, n'avait pas épargné Reims. En i486 , on n'y trouvait plus que 1,007 feux pouvant loger les gens de guerre. La population avait diminué, la ville s'en inquiétait, et en 1488 elle nommait une commission composée de Jean Cauchon , sieur de Sillery , lieutenant des habitants, de l'historien Fourquart, de Coquillart le poète joyeux, pour aviser aux moyens de repeupler les maisons désertes ; ils n'imaginèrent rien de mi^ux que de présenter une requête au roi. Sa Majesté leur répondit en envoyant à Reims une garnison. Ce
qu'y firent les jeunes et galants hommes d'armes , je r ignore ; mais le conseil de ville ne se plaignit plus. Les rangs éclaircis se remplirent, et les vieillards qui s'en allaient, partaient rassurés sur l'avenir de la population rémoise.
Deux siècles après, elle s'élevait à trente mille âmes. On y voyait marcher i,8i^ métiers [1686]. En 1698, on n'en comptait plus que 950, et la population de la ville se prit à diminuer ; elle finit par tomber à 2^,000 âmes : la révocation de Fédit de Nantes , la vieillesse du grand roi , l'insouciance du régent, l'inertie du cardinal Fleury, laissaient éteindre l'impulsion qu^avait su donner à l'industrie le grand Golbert.
Dans la seconde moitié du règne de Louis XV , les économistes parurent sur l'horizon ; ils se firent écouter ; le commerce reprit faveur, et dès 1765 , la population de Reims s'élevait à 26,000 âmes ; elle habitait 4,200 maisons.
On comptait à Reims 50,000 individus environ en 1770; 52,000 en 1795. Les désastres de la révolution, les guerres de l'Empire, les malheurs de l'invasion sont aujourd'hui réparés par vingtr neuf ans de paix et de travail, et la population rémoise est sur le point de dépasser le chiffre de 40,000 âmes. Il £aiut reconnaître qu'aujourd'hui ceaame toujours, il y a dans nos murs une portion de cette population qui croit ou diminue , arrive ou se retire, suivant les besoins et la prospérité de la Habn-
que. Sur nos rives , il y a du travail pour Thomme qui veut réparer par une meilleure vie les fautes de sa jeunesse ; il y en a pour Tétranger qui vient chercher sur le sol hospitalier de la France la liberté qu'on lui refuse dans sa patrie ; aussi le chiffre de la population rémoise n'est^il jamais fixe. Les journaliers en forment la plus grande partie ; les Allemands , les Belges y abondent ; mais au milieu d'eux on retrouve encore les vieilles familles indigènes, pauvres parfois, mais toujours probes et laborieuses. Avec elles travaillent celles qui, plus heureuses , ont su maintenir leur ancienne position ; toutes ensemble elles soutiennent avec énergie les assauts que leur livre la concurrence ; toutes ensemble elles défendent rhéritage d'honneur et de gloire que leur ont légué leurs devanciers; toutes ensemble elles préparent l'avenir et attendent avec confiance la génération à venir ; elles sont prêtes à leur rendre compte de la mission sacrée qui leur est confiée.
Les grandes populations ne font les grandes cités que quand elles ont au cœur le sentiment de leur dignité, l'amour de l'indépendance , l'énergie nécessaire pour les défendre. Ces trois qualités ne manquèrent pas aux gens de Reims. La liberté s'y soutint de tout temps sur des bases larges et généreuses. Le sol lui-même se ressentait de son influence ; au moyen-Age, les serfe qui s'y réfugiaient étaient libres au bout d'une année, personne ne pouvait plus les rédamer , ils devenaient bourgeois et se trouvaient
placés sous la sauve-garde rojale : la cité de Reims eût rougi de compter des esclaves dans son sein.
Je ne ferai pas le récit des luttes au milieu desquelles les franchises rémoises se soutinrent d^àge en âge : je n'écris pas leur histoire , et quelques lignes suffiront pour exposer les faits dont la connaissance est nécessaire k ce qui suit.
Avant Tarrivée des Romains dans les Gaules, Reims formait une république régie par ses propres lois. Uélection donnait le pouvoir exécutif; le chef militaire avait le titre de vertique; un sénat choisi par le peuple administrait la cité.
Les élections se faisaient, du temps de César, à la fin de rhiver, hieme confectâ; du temps de Strabon 9 au commencement du printemps, primis temporUnu ; au moyen-âge et dans les siècles suivants , on avait respecté cette époque traditionnelle , et les électeurs étaient convoqués à Tentrée du Carême.
U est probable que le christianisme modifia les coutumes et les formes gouvernementales de Reims. L'évèque et son clergé prirent place parmi les membres du pouvcnr exécutif. Plus tard, nous voyons Saint Nicaise, Saint Rémi, Saint Rigobert à la tète de la population et gouverner la ville. Les révolutions qui s'opérèrent dans les premiers siècles de Tère chrétienne ne détruisirent pas chea les Rémois la religion desTieux souvenirs politiques, et dans le xii*;,, siècle on les voit réclamer avec
énergie les franchises dont ils jouissaient du temps de Saint Rémi.
Quand Reims devint capitale du royaume d'Âustrasie , elle vit succéder au pouvoir électif le gouvernement royal, et son sénat dut perdre encore une partie de ses plus précieux privilèges. Son nom disparut. Mais l'institution fat plus heureuse, et la tradition , les monuments historiques établissent toujours dans Reims la présence d'un corps électif» Aux sénateurs succèdent les échevins; ils apparaissent en France sous Charlemagne ; les missi dominid avaient le droit de les destituer. A Reims , on voit Hincmar [84^5-882] soumettre à leur juridiction un procès qui T intéresse.
Vers 940, Louis d'Outremer transmet à l'archevêque Artaud la seigneurie de Reims; l'échevinage, qui s'était sagement incliné devant le sceptre des rois, releva la tète en présence du pouvoir féodal ; il fit ses réserves , ses protestations, et une lutte de plusieurs siècles ne tarda pas à s'engager. La cause de l'indépendance populaire eut à Reims , comme partout, ses victoires et ses défaites; l'échevinage, un instant supprimé ou plutôt modifié par la violence arbitraire de l'archevêque Henry de France vers 4170, fut rétabli dans ses droits en 1182, par l'archevêque Guillaume de Champagne ; la charte qu'il octroya resta célèbre dans l'histoire de Reims ; elle est connue sous le nom de la charte Wilhelmine.
En 1159, la commune de Reims fut créée par
Louis-lenJeune. La monarchie voulait reconquérir ce que les grands vassaux lui avaient arraché ; elle soutenait soss-nain ks prétentions des citoyens , et souvent dans Reima elle eut à s'interposer entre les archevêques et leurs vassaux.
Dès la fin du xui^ siècle, on voit à Reims un capitaine qui commande dans la ville au nom du roi, et qui se place à la tète du gouvernement militaire. L'échevinage régit la commune jusqu'au milieu du xiv« siècle.
En 1358, le {^uvernement municipal est enfin constitué.
Des citoyens dévoués au parti national furent délégués par le Dauphin, depuis Charles V, pour veiller à la défense de Reims, que les Ang^is mena«çaient ; ils acceptèrent cette mission et se maintinrent daas les fonctions qu'on leur avait confiées. Telle fut Forîgine du conseil de ville ; il se régularisa dans les premières années du xv^ siècle, et vit accroître ses prérogatives, son pouvoir et la considération dont il jouissait. L'archevêque, le Ghafâtre, tes couvents qui avaient droit de haute justice dans Reims, y demandèrent et y obtinrent place. Le lieutenant des habitants y présidait.
Le conseil de ville finit par éclipser et même absorber l'échevinage. Cette antique institution, au xvn* siècle , avait perdu son éclat et sa puksan* ce : le bailliage ducal avait usurpé ses pouvoirs judiciaires ; le gouvernement municipal ne lui oon-
fiait que ce qu'on appelait la juridiction du buffet» c'estnà-dire une partie de la police municipale, sur laquelle nous reviendrons dans le chapitre suivant, lies lors de 1789 effacèrent définitivement Fantique institution qui rappelait l'ancien sénat rémois et avait su, pendant tant de siècles, défendre les libertés et les franchises de la vieille cité.
Les échevins avaient, dans Torigine, réuni dans leurs mains tous les pouvoirs judiciaires, le droit de police et certaines attributions administratives. Ils étaient élus au nombre de douae ; le plus ancien avait le titre de prévôt, de président ou même de maire.
C'est chose curieuse de voir à Reims, dès le moyen^ge et sous nos rois les plus absolus, le pouvoir du peuple proclamé nettement dans l€s vieilles chartes, dans les chroniques, dans les monuments administratifs qui sont parvenus jusqu'à nous. Ce ne aont pas Messieurs les électeurs que l'on convoque qamà il faut nommer les magistrats , c'^stle peuple qu'on appelle; c'est le peuple tout entier qui vient donner son suffrage, et délibérer sur les affaires pu-
Les coutumes du pays, les édits rendus par nos rois en 1595, en 1665 et 1764, en réglant les compositions de l'écheyinage et du conseil de ville, proclament les droits électoraux de tous les citoyens. Les étrangers et ceux qui reçoivent Taumène sont seids exceptés. Les élections se faisaient à deux degrés.
SI
Les édils de 1764 et de 1766 composaient le conseil de ville, du maire on lieutenant des hal»tants, de quatre échevins, de neuf conseillers, d*un procureur-syndic, d'un receveur et d*un secrétaire ; dix-sept notables, élus par le peuple, nommaient six conseillers et le procureur-syndic. Les trois autres places appartenaient à Tarchevèque, au Chapitre, aux abbés de Saint-Remi, de Saint-Nicaise et de Saint-Denis.
Les notables devaient être choisis de manière à représenter tontes les classes sociales , tous les intérêts. Il fallait en élire un dans le Chapitre , un dans le clergé , un parmi les nobles et officiers résidant à Reims , un dans le présidial , un parmi lés magistrats du balliage ducal et ceux de police , un parmi les élus et les autres officiers appartenant aux diverses juridictions du pays, un parmi les com-> mensaux de la maison du roi, les avocats et les rentiers , un parmi les notaires et les procureurs , si\ parmi ks négociants en gros et les marchands ayant boutique ouverte , un parmi les médecins e^ autres exerçant les arts libéraux, enfin un parmi les artisans et les laboureurs.
Ainsi, nous voyons dans Reims quiconqiw sait assurer sa vie et celle de sa famille, admis au rang de citoyen ; les capacités , les professions qui ne mènent pas à la fortune, trouvent des garanties d'admission dans le corps électoral. La révolution • n'avait rien à faire à Reims. Le peuple ne pouvait
SB
quj perdre ses droits ; c'est ce qui est arrivé. La plttlosqiliîe et le libéralîsrae ont reculé 'devant les institutions que la monarchie acceptait et régulari* sait. Après avoir déchiré la France, Os n^ont plus osé se trouver en faee d'un peuple quUls avaient tant de fois trompé , dont ils avaient faussé les affections et détruit les croyances. Un jour la nation, éclairée sur son histoire, demandera des comptes sévères à la mémoire de ces hommes , qui , chargés d'opérer des réformes , ont fait une rév(dution.
Dieu nous garde à toujours de nouveaux boulever* sements ! Ce n'est pas avec des ruines qu'on répare d'autres ruines; l'incendie ne relève pas ce que l'incendie a détruit. Mais que Reims n'ouhlie pas qu'elle n'a pas eu besoin de la Terreur, des bonnets rouges et de la carmagnole pour vivre libre pendant dix-huit siècles. La Convention a voulu détruire la vieille France et ses belles traditions ; elle a pu les engloutir un instant sous des décombres et des débris sanglants. Mais l'histoire, le patriotisme, la religion de la famille n'ont pas voulu plier devant ce caprice tyrannique ; Reims ne datera pas sa vie de 1790. Son passé a trop d'éclat pour qu'elle y renonce. L'antique cité saura vivre et croître à l'ombre de ses vieux souvenirs de gloire, de travail et de liberté.
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