CHAPITRE IH
Plrainier arrondtasement. •— Quartier Sainte^Genevière.-* Faubourg SaiiiUEloi. — Moutagoe Sainte-Geoeviëve^ — Les Lavoirs* — Rue du Faubourg de Vesle.— LaBuerie, — Porte de la ville.
BTTB jeune bergère, qui sut défendre Paris contre les Barbares, n'est point une inconnue pour la ville de Reims.
Elle travailla, dit la tradition, avec Saint Rémi à convertir Glovis. Celui-ci, par reconnaissance, ne Foublia pas quand il partagea ses conquêtes. EUe reçut en don la colline qui domine Reims, et * se hâta d'en faire un pieux hommage à Tapétre des Francs. Ce terrain garda son nom. Sur le riant coteau sis au bord de la route de. Paris, s'élevait, sur la droite, une modeste chapelle
connue sous le nom de Sainte -Geneviève -aux- Champs. Elle rappelait la légende dont nous venons de parler. On fait remonter son origine aux premières années du vu* siècle. Landon la nomme dans son testament [645-^51]. Le martyrologe de Téglise de Rome, rédigé sous Tilpin [756-802], fait mention de sa dédicace. Elle avait pour paroissiens les habitants du château de Muire, du moulin et des maisons qui Tentouraient. Pendant le saint temps de Carême, on y venait en pèlerinage. Le dimanche surtout, la foule y accourait. L'on y vendait des pardons. Que le lecteur ne se scandalise pas : il s'agit simplement ici de petites figures de paind'épice commun et assez dur. On visitait aussi un puits miraculeux dont les eaux chassaient la fièvre. Il fut creusé, dit-on, quand la chapelle fut bâtie. Le portail de Téglise regardait le soleil se coucher. Devant était son modeste cimetière ; une oroix le décorait. Le terrain changea de destination quand, en 1722, à Toceasion du sacre de Louis XY, on modifia Falignement de la route de Paris. Elle faisait alors un coude autour de la colline , au bas de laquelle elle passait. On la rendit directe en lui faisant gravir le coteau. La chapelle se trouvait, après ce changement, à la ganche des voyageurs qui sortaient de Reims. La croix du cimetière £ai déplacée et portée plus loin. En faisant ces travaux, et depuis encore en 1748, on trouva des tombes antiques, des médailles, romaines, des cercueils de
pierre ou de maçonnerie. L'un d'eux était fermé par une sorte de toit à deux pentes, construit en briques longues. Le fond était de plâtre recouvert' de stuc. Ces découvertes donnaient à la chapelle et au cimetière une haute antiquité.
La chapelle de Sainte-Geneviève fut détraite vers 1760. Le ch&teau de Mujre, vendu comme bien national, eut le même sort. 11 appartenait alors au marquis de Sainte*Claire. Avant lui, M. de Paris, conseiller au parlement de Paris, frère du miraculeux diacre François de Paris , Pavait
Sur ces ruines s'élevèrent des maisons qui furent renversées pendant les guerres de l'invasion. Sur cette colline se crmsèrent les boulets russes et français. Des poutres noircies, des murs démolis , des pierres amoncelées rappelèrent, pendant quelques années, que la guerre avait passé par-là. La paix finit par réparer ces désastres. De nouveaux bâtiments remplacèrent les anciens. L'un d'eux a reçu, dans une niche, la statue de Sainte Geneviève ; c'est un souvenir du vieux temps. Honneur à celui qui n'a pas oublié la légende nationale ! On ne vient plus maintenant dans ces lieux pour acheter des pardons. Le violon , le flageolet et le tambourin y appellent la jeunesse. La guinguette de Muire est célèbre dans la contrée.
Reims est située au fond d'une vallée. Avant la chute des remparts et le tracé du canal, on ne dé-
couTrait d*aucun côté les campagnes qui renvironnent ; à cet égard, la modeste hauteur de Sainte- Geneviève était privilégiée ; aussi avait-elle reçu le nom de montagne de Bellevne. Ce <piartier, pendant la révolution, fut nommé faubourg d'Epernay, parce que la route qui mène à cette ville y vient a^utir à celle de Paris. On l'appelait faubourg Saint-Eloi à la fin du siècle dernier.
Il dut ce dernier nom à une autre chapelle longtemps célèbre dans Thistoire de Reims ; elle était placée du même côté de la route de Paris, au bas de la colline Sainte-Geneviève et en dehors de la dermère porte de la ville. On vit sa façade rester debout jusqu'en 1789. Une cdonne de pierre qui divisait en deux la porte d'entrée, supportait la statue de Saint Ëloi qui y était adossée ; le portail était en outre coupé dans sa partie supérieure par une trav€r3e en pierre sur laquelle étaient sculptés des ouvrages d'orfèvrerie. Il est fâcheux qu'on n'ait pas fait le dessin de cette ruine, elle ne devait pas manquer d'originalité ; on eût de plus conservé copie des objets d'art que les sculptures représentaient.
Dans une maison qui ouvre sur la rue d'Ëpernay, on voit encore quelques débris de notre petite église ou de l'ancien hôpitaL On y remarque deux colonnes hautes de 10 pieds environ ; l'une d'elles a encore son chapiteau décoré de feuillages en palme (1).
(1) Nous devons cette note i M. Raimbaud-DacheeDe.
La chapelle Saintr-Eloi était un des plus anciens monuments de Reims. L*èpoque de sa construction primitive est inconnue. Elle se trouvait comprise dans le terrain d^une léproserie , connue sous le nom de Saint-Ladre ou Saint-Lazare.
C'est sur ce terrain que se trouvait Thôpital destiné par la ville de Reims à recevoir les individus du sexe masculin atteints de la lèpre ; il se composait d'une ferme, d'un terrain clos de murs, planté d'arbres, renfermant huit petites maisons isolées ; la porte principale ouvrait sur la grande route ; un cimetière entourait la modeste chapelle. On voyait encore en 1750 dans cet humble oratoire une fenêtre grillée ouvrant sur le jardin de l'hospice : c'est par cette ouverture que les lépreux venaient entendre la messe ; un bénitier, placé en dehors au bas de la fenêtre, leur était destiné. Telle était la seule voie de communication que ces malheureux avaient avec le monde qui ne pouvait les guérir et les bannissait. Le droit de joindre leurs prières à celles de leurs frères admis dans l'église, était le seul qui leur fût laissé.
On ne peut guère indiquer l'époque précise à laqueUe fiit fondé cet hôpital. Un dessin de l'église Saint-Eloi aurait pu servira trancher cette question; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il existait en 1170. L'archevêque Henri de France , prince du sang royal, créait, en faveur des malheureux qui y trouvaient asile, une foire dont les droits leur appartenaient.
Afin d'assurer de F importance à ce marché, Tarchevèque y avait créé une mairie spéciale. Elle avait droit de police et de basse justice ; cette puissance protectrice était une garantie donnée aux forains. Ils arrivaient en si grand nombre, que Ton était obligé, pendant leur séjour, de transporter près de SaintrËloi le marché aux comestibles.
Cependant Guillaume de Champagne , successeur de Henri de France, ne crut pas devoir respecter cette fondation. Il remarqua que cette foire , située loin du centre de la ville, obligeait les citoyens à des déplacements onéreux; elle rapportait aux lépreux moins qu'on ne Favait pensé ; de plus , le prélat ne voulut pas que le jour de Pâques fût profané plus long-temps par l'ouverture d'un marché. En 4182, il transporta la foire de Saintr£loi sur le champ de la Couture. Nous le retrouverons plus loin.
Les échevins de Reims restèrent en possession de la mairie de Saint-Eloi ; ils administraient les biens des lépreux, avaient la police de leurs maisons, et ils finirent par exercer sur leur territoire les droits de haute, moyenne et basse justice : c'était à la fin un véritable fief dont ils avaient la jouissance.
Sur la droite, et non loin de la route d'Epernay, à peu près au point où s'élevait Saint-Eloi, se voit de nos jours un petit chemin étroit, resserré entre deux cours d'eau. Le saule aux feuilles argentées l'ombrage dans toute sa longueur. Le rossignol y chante; la fauvette y gazouille. Les fleur» des
champs forment de gracieuses guirlandes le long de cette riante promenade ; son nom est digne d'elle : c'est la Sente-aux-Demoîselles. Par-là s'en allait la jeune fille rêveuse , effeuillant la marguerite; par-là venait à pas de loup le jeune gars dont le cœur battait ; par-là se promenaient, une à une, fillettes gentilles, rieuses bachelettes, devisant du ménétrier, de fleurs ou d'amour : je dis une à une, car elle est étroite, la Sente-aux-Demoiselles. Si on veut y passer deux, ne faut-il pas que les bras s'entrelacent et se posent autour de tailles sveltcs et gracieuses? ne faut-il pas que le cœur du jouvenceau entende celui de sa belle amie faire tictac ? ne faut-il pas que la joue blanche et rose s'appuie sur T épaule du bienaimé? ne faut-il pas... Mais je m'aperçois que cet humide terrain devient glissant ; regagnons au plus vite la grande route.
Sur la gauche, avant d'entrer en ville, on voit un bâtiment construit dans le siècle dernier ; l'emplacement sur lequel il s'élève se nomma long-temps la Buerie ou la Buanderie. C4'était là que depuis nombre de siècles on lavait le linge de l'Hôtel-Dieu de Reims.
C'est là que , le 11 février 1575, Henri III reçut les hommages de la ville avant d'entrer à Reims demander la sainte et royale onction.
* En 1668, une peste meurtrière désole Reims. Une chambre de santé s'organise et cherche les moyens de combattre le mal. Un jeune chirurgien,
nommé Nicolas Colin, deu cajmcîns, les père» Louis et André , un médecin d'Ày, nommé Paget, se dévouent au salut public. Us s^enferment dam la Buerie avecles malades. S'ils ne peuvent les sauver tons, Colin et Paget ont du moins Thonneur de mourir avec eux. Par mesure de salubrité puUique, on désigne un lieu spécial pour ensevelir les malheureux morts de la maladie contagieuse, les bons dtoyens victimes de leur dévoûment. Ce (îit devant la Buanderie qu'on les porta.
En 1740, le charitable abbé Godinot donna deux mille cinq cents francs pour fonder un nouvel hôpital ; on y devait traiter les malheureux attaqués de cancer. Le nouvel établissement fut d'abord fondé rueduBourg-^int-Denis, près de Saint-Marcoul. En 1779, on pensa que Pair de la campagne vaudrait mieux pour les malades que celui de la ville , et on transféra Thospice des cancéreux à la Buanderie. Il y eut une salle pour les hommes et une pour les femmes ; dans la chapelle de la communauté , on voyait une tribune pour les malades de chaque sexe.
Là s'ouvrit encore un asile à l'une des infirmités humaines les plus terribles : douze chambres étaient destinées à recevoir les individus des deux sexes atteints de folie.
L'Hôtel-Dieu finit par réunir tous les malades dans son sein, et l'hôpital Saint-Louis changea de destination en changeant de locataires. Il appartient
encore aux hospices de Reims, qui vont en céder «ne partie pour lirrer passage au canal.
Nous sommes arrivés aux bords de la Vesle, en latin Vesula ou Yidula. Elle se divise en deux bra^ qui finissent par se réunir après avoir baigné les rives de plusieurs Iles. Elles étaient, connues sous les noms d'Iles Saint-Denis et de la Madeleine, jadis de Notre-Dame. Le canal vient de les absorber presqu'entièrement.
C'est sur ce terrain, dit Entre-deux-Ponts, que s'élevaient jadis les trois portes qu'il fallait franchir pour entrer dans Reims. La première, du côté de Paris, était flanquée de deux tours rondes et crénelées, réunies par un corps de bâtiment sous lequel étaient le passage et la herse qui le défendait. Un pont-levis y attenant tombait sur le bras de la Vesle qui séparait et sépare encore ce point de la route de Paris. A côté était un corps de fortification percé de barbacanes. On nommait ainsi des ouvertures longues et étroites permettant aux archers, aux arbalétriers, plus tard aux arquebusiers et fusiliers, de tirer sans danger sur l'ennemi. On appelait Rarbabacane, au xiv* siècle, un bastion mis en tète des fortifications, comme à l'avant-garde. Dans l'accord conclu en 4546, entre les échevins et le clergé, H est question des bretesches, barbacanes ou avantgardes qu'il fiiut édifier. Quant au mot barbacane, il vient peut^tre de la barbe des grosses plumes d'oie dont on garnissait les flèches. Cette constroe-
lion , supprimée eu 17^ , fol remplacée par des piliers qui marquaient son ancienne position. Une maison, qui lui succéda, en avait pris le nom, et par corruption le peuple Fappeia la Maison de la Barbeaux-Cannes, On la décora d'un buste royal, pour rappeler que c'était au sacre de Louis XV que cette vieille tour avait été détruite. Le nouvel édifice appartenait à Féglise Notre-Dame.
Non loin de la Barbacane s'élevait une bôtellerie, portant pour enseigne : Au Beau-Séjour. Nous ne la citons que pour faire voir combien le moyen-âge avait morcelé notre province sous le rapport judiciaire. Cette maison dépendait du bailliage de Chàtillon. Les ofBciers de ce petit tribunal venaient y faire inventaire, vente, testament, saisie et instruction, quand l'occasion le voulait.
* Derrière la première porte il en existait une seconde sans fortification ; elle était située au centre du lieudit Entre-deux-Ponts. Une chaussée , contre laquelle viennent battre les eaux de la Yesle, dont le lit, à cet endroit, forme un bassin, est l'étroit passage qui conduit dans Beims.
La troisième porte de Reims se trouvut au-*<lelà du second bras de la Yesle : elle existe et se nomme porte de Yesle ou de Paris ; elle est encadrée dans les remparts de la ville ; un pont-levis en défendait l'entrée. Une herse de fer suspendue à la voûte descendait à volonté ; ées tourelles per^
cées de meuctricres garnissaient le passage de chaque côté; ces deux corps de fortifications lui avaient valu le nom de porte Jumelle ; un bâtiment également fortifié la couronnait. A droite et y attenant presque , on voyait une grosse tour dont une partie existe encore : on l'appelait tour Saint-Victor, Parfois on empruntait son nom pour le donner à la porte de Yesle, ou bien encore à une poterne sise entre elle et cette même porte. Elle le tenait d'une ancienne diapelle située vis-à-vis dans la rue de Vesle, près de la Porte-aux-Ferrons ; nous en parlerons plus loin. On remarque encore les ouvertures oblongues faites pour recevoir la bouche des canons et celles destinées à Técoulement des eaux. Son sommet est muni de créneaux à larges embrasures et de gouttières en pierres.
En 1774, à Toccasion du sacre de Louis XYI, la vieille porte tomba et fut remplacée par la magnifique grille de fer forgé que nous voyons de nos jours. Elle coûU 28,000 livres, et fut faite par Lecoq et Revel, artistes rémois. Des L entrelacés rappellent Tinfortuné monarque qui fit alors sa joyeuse entrée dans Reims. Au sommet de la grille brillent les armes de Reims. Notre cité porta d'a-rbord sur son écusson celles que nous avons vues sur le sceau des échevins; les fleurs-de-lys qui les remplacent sont une récompense nationale. Charles V permit aux Rémois de les joindre sans nombre sur un champ d'aïur aux antiques rain*-
Nous avons dit qu'à droite en entrant dans Reims, on voyait une grosse tour, dite de Saint-Victor, près de laquelle se trouvait encore en 1665 un vaste abreuvoir. C'était là que commençaient Tenceinte et les fortifications de la ville. Elles dataient du XIV* siècle ; nous parlerons plus loin de celles qui les ont précédées et des détails qui se rattachent aux tours, portes et poternes de chaque quartier ; nous compléterons seulement alors l'histoire générale de nos remparts.
Lorsque Louis-le-Débonnaire eut permis à Farchevèque Ebon de démolir les murs de la ville pour construire la cathédrale, la vieille cité se trouva livrée sans défense à toutes les invasions. Elle finit par sortir de ses premières limites. Les faubourgs se formèrent autour des anciens fossés. On était réduit à les fermer tous les soirs avec des chaînes et des barrières. Les matériaux nécessaires pour élever des barricades étaient toujours prêts, et au moindre péril on les employait. Ces moyens de défense, si facilement improvisés, causaient de Tombrage aux archevêques qui se hâtaient de les faire détruire.
Lors du procès soutenu devant Saint Louis à Foocasion des clefs, il était aussi question de ces fortifications. Le roi ordonna qu elles seraient démolies.
Cependant il ne s'agissait pas ici d'une vaine discussion d'amour-propre. La fortune, l'industrie, r«dstence des citoyens étaient en jeu dans cette grave question. Les archevêques, avec leurs seules
ressources, ne pouviiient protéger les faalHtaiis d'une aussi grande cité contre les bandits indigènes , les courses des étrangers. Les Rémois se plaignirent avec énergie, et Pliilippe-le-*Bel, en 1294, ordonna qu'une clôture générale - embrasserait toute la ville.
Cependant la loi salique amt appelé Mûlippe de Valois sur le trône de France. Les Anglais , qui le lui disputaient, avaient enva^ le sol naCionai, et Reims voyait avec inquiétude son enceinte inachevée. La commune éleva sa voix v«v9 le trône, et protesta de sa bonne volonté. Le roi envoya [1558] de nouveaux commissaires, et les travaux recom* mencèrent. La perte de la fatale bataille de Crécy vint leur donner une nouvelle activité [1545]. Le clergé, qui refusait de nouveau de contribuer aux dépenses à faire, fut de nouveau covidamné à payer [1546]. L*arcbevèque Jean de Vienne ne voulait pas d'abord que Ton ajoutât aux fortifications du château de Mars ; il y consentit à la fin, mais à condition que les nouveaux bastions ne commanderaient • pas son château. On se contenta d'y ajouter un bas^ tion d'avant-fçarde. La mtoie année, la porte Cérès fut défendue par un pmit-levis, et les rempart» embrassèrent la ville depuis la Couture jusqu^à la me de Moulin, en passant par la porte Cérès et le quartier de Saivt^Remi.
Le roi Jean ne voulut par laisser imparfidte l'œuvre commencée par les ordres de son père , et
ce fut sous son règne, vers 1 360, que les fortifications de Reims telles qu^on les voit aujourd'hui ont été terminées.
En 1419, c'était contre Tarmée française qu'on se fortifiait. Le duc de Bourgogne avait livré la ville aux Anglais : lui-même dirigeait les travaux.
Les Anglais , chassés par la Pucellc et Dunois, avaient conservé un pied^-à-terre à Calais, et de là ils convoitaient toujours le royaume de France. Vers 1475 , une nouvelle invasion paraissait imminente ; Reims était menacée : Thonneur d'être la ville du sacre était périlleux. Louis XI envoya dans nos murs un de ses hommes de confiance , Raulin Co^ chinart , Tun des maîtres de son hôtel ; il hii donna les instructions les plus rigoureuses et écrivit aux Rémois lettres sur lettres.
Raulin Cochinart poussa les travaux avec une grande activité : il n'épargna personne. Ses commis allaient plus loin que lui et se permettaient des exactions.et des dilapidations scandaleuses ; ils dépensaient en débauches les deniers versés pour les fortifications, et ce à la barbe des pauvres gens qui les avaient payés et ouvraient à col étendu aux fossés. Le clergé paya non-^seulement le tribut, mais il fut cette fois rançonné. Le poëte Guillaume Goquillart ne fut pas ^:€epté, on lui prit ses serviettes et ses écus d'or. On ne laissait aux marchands que ce qu'on ne pouvait leur enlevtir.Onne distinguait pas les|ours de fête des jours de travail ; les moines eux-mêmes furent forcés de porter la hotte et de remuer la terre.
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Aussi , quand Loui» XI ne fut plus de ce monde , des accusations de tout genre s'élevèrent contre son commissaire ; on lui fit son procès ; il était alors vieux et infirme, et se défendit en accusant la corruption de ses commis et la rigueur des ordres du roi. il est certain que les plaintes des habitants furent exagérées , mais le nom de cet homme n'en resta pas moins o^eux dans le pays ; il devint une injure des plus graves. En i486, Jean Caucfaon, lieutenant des habitants , poursuivit comme '^fl^ ■Mteur un individu qui Tavait appelé mauvais t^u , coraard, cochinardeau. Cette dernière injure^ était celle qui lui tenait le plus au cœur : elle pafnH énorme aux juges, et le coupable fut bien et dûment condamné.
Dans le siècle suivant, la Ligue fit trarailler aux fortifications de Reims [iSS7] ; elle fit de celle ville un de ses boulevards. Ce fut presque son dernier asile, et derrière ses fortifications elle brava quelque temps la clémence de Henri IV vainqueur.
Dans les xvu* et xvin« sièdes, Reims n'eut plus d'assauts à subir, et ses vieilles tours furent un peu négligées.
En 1845, on travaillait encore aux remparts de la ville ; au mois de juin , le général Sabathier était chargé de mettre la place en ^tat de défense ; il fit élever quelques palissades devant les portes. Plus tard , quand le corps d'armée hessois eut pris possession de la ville , son chef fit arracher et vendre
à son profit toutes ces barricades. Les Russes abattirent les arbres qui ombrageaient les remparts.
Dans les premières années de la Restauration, la ville avait commencé la démolition des murs et des tours qui la défendaient : le gouvernement fit arrêter les travaux. Cependant les abords de la cité changèrent d'aspect : des portions de fossés furent comblées» Les vieilles portes firent place à des grilles en fer. Reims ne fut plus une ville de guerre. Nous avons dit qu'il était question de la fortifier de nouveau. Les travaux qui sont encore à faire seront décrits par d'autres que nous. Mais ce que nous pouvons dire, c'est que si l'étranger se présentait jamais devant les jeunes bastions, il se retrouverait en face du vieux patriotisme rémois ; la bannière de 1560 flotterait encore sur nos remparts ; les hommes de nos jours seraient dignes de leurs pères, et des cris de victoire feraient tressaillir les ruines de nos anciens murs.
Revenons à la porte de Vesle, devant laquelle nous sommes restés trop long-temps, et entrons en ville^