SUR LES VIVANTES
ODETTE
Et voilà pourquoi la femme la plus vaine et la plus folle triomphe toujours des plus graves et des plus spirituels.
MNOV.
Mais ces « petits crevés » qui râlent au bord du lac, à pied ou à cheval, quelques-uns en carrosse, ne sout * pas précisément les plus graves et les plus spirituels.
ODETTE
11 parait qu’ils ont leur moment. Ils font plus de mots que messieurs les quarante.
DUNE DE POmEIS.
La femme ensorcelle doucement les yeux et les cœurs ; elle a tant d’artifices pour venir a bout de ses desseins et jouer ses histoires, que ce serait attenter l’impossible que de les vouloir éviter, car sachaut bien qu’elle est le siège de l’amour lascif, sa gloire est de se faire appeler maîtresse et d’entraver en ses filets les plus subtils et les plus rebelles du monde. Pausanias faisant le portrait de la déesse de l’amour, la représente de face, extrêmement belle, lui mettant sous le pied droit un lion, un lièvre, un oiseau, un poisson, et sous le pied gauche une tortue : le beau visage signifie que la femme, par les attraits de sa face, gagne à soi les Hercule, les Samson, les vrais lions; les Sardanapale et Héliogabalc, fièvres en faiblesse et sournoiserie ; les Adam et David , vrais oiseaux en
DIALOGUE DES MORTES
contemplation, les Salomon en science et sagesse, et même tous les autres hommes , exprimés par les poissons nageant en la mer de ce monde. Mais ce qui en est remarquable, Vénus avait une tortue sous le pied gauche, qui est le côté du cœur, pour montrer que comme cet animal elle vil encore le cœur arraché. Lisez les naturalistes. Ainsi la beauté périssable d’une femme a tant de pouvoir sur les esclaves de ses passions, qu’elle leur arrache le cœur pleins de vie et les charme de telle sorte que demeurant aveuglés, elle les expose à mille vanités et à mille misères. Dites-moi, je vous prie , que ne fera point un homme sensuel pour gagner les bonnes grâces de celle qu’il adore en son cœur? De notre temps, notre amoureux était plus ridicule qu’un u petit crevé» . Outre les singeries, les adorations, les idolâtries, les inquiétudes, il fallait qu’il sût les couleurs de sa dame pour s’en vêtir de soie ; il fallait qu’il courût la bague aux tournois, qu’il se trouvât aux bals, aux danses, aux mascarades, qu’il donnât des aubades et qu’il mit les lettres du nom adoré partout entrelacées de jaune, de vert, de gris et de noir, sur les casaques, caparaçons et mandillcs de ses laquais. Il fallait sonner le grelot quatre heures à la porte, conter ses doléances par la fenêtre nu -tête. 11 fallait tout à propos se résoudre au combat contre son rival , lui donner de bonne grâce de l’épée dans le ventre, mépriser toutes les misères, offrir son sang et sa vie pour légitimer le sacrifice de sa flamme, et qui plus est la louer en ses yeux, en ses mains, en ses cheveux et en toutes ses