Relation authentique de ce qui s'est passé a Nancy
De ce qui s’est passé a Nancy, adressée aux députés du régiment du Roi à l’assemblée nationale , par leurs camarades i ff '-
Et observations de l’Ami du Peuple.
Chers Camarades,
N’ayant reçu aucune de vos nouvelles, depuis votre départ de Nancy, nous avons eu beaucoup d’inquiétudes sur votre compte. La nouvelle de votre détention à la force occasionna bientôt une grande rumeur dans la ville, et Je décret du lô nous jetta dans de vives allarmçs. 11 nous étoît impossible d’étre entendus à la barre : comment prouver notre innocence? Heureusement l’arrivée de deux d’entre vous et de M. Pefcheloche nous tranquillisa un peu. ^
Le retard de leur retour à Paris , qui devoît avoir lieu immédiatement, comme on nous l’avoit annoncé , produisit de nouvelles craintes. Il étoit occasionné par l’attente d’un général qui nous arrivoit de Lunéville , pour vérifier les comptes k rendre à la garnison. Il y arriva vers midi le 31 août. A son arrivée, M. de Malseigne se transporta au quartier des
Suisses, où îl reçut leurs re'clâmatîons sur les comptes déjà réglés pâr leurs officiers ; il y jetta un coup d’œil V- et promit de les vérifier sans délai. On ne sait pourquoi il cha^ngea sitôt de ^sentiment : mais^ le lendemain il se rendit au quartier des suisses , où le régiment étoit sous les armes ^ ét il dit aux ^soldats que les deux principaux articles ne pouvoient leur être accordés , sans consulter l’assemblée nationale. A l’inftant il tira son épée comme pour commander l’exercice ; puis tenant son épée à la main , il se présenta à la grille ^poVr sortir. La sentinelle s’y opposa : aussi-tôt il lüi plongea son épée dans le cœur. Une autre sentinelle se présenta: il la blessa dangereusement; il se sauva, et se réfugia chez M. de Noüè, A* l’instant M. de Noüe fit prendre lés* armés au 'régi- •ment du roi ^ qui se transporta Sur la placé Quarrée, àyanth sa tête M. de Lanja'mét. Les députés du corps conjointement aux députés de “la garde nationale et de 'méflre de camp , se rendirent au quartier des suisses , qü’ils enga- gèrent à la modération : puis accompîfgnés de 'quelqu’un d’eux, ils se rendirent: chez- M . de Noue pour assurer M. de Malseigne que sa vie étoit en sûreté , et qu’on allôit lui envoyer un détachement ^ des quatre corps' pour le garder : ce qui fut fait. Ensuite le régiment du roi se rendit ù'sOn quartier; cependant le consèil gené- ^ral de la commune assemblée mahdà MM. de Noue et de Malseigne avec les thefs dés différéns corps de da- garnison , "pour les engager à concourir au rétablissement' de la tranquillité. Dans.
ces entrefaites une députation des suisses vînt représenter à M. ce ^dalseigne qu’ayant été envoyé par le roi d’après le décret de l’asserhblée , il pouvoit arrêter leurs comptes , et ils le prièrent de Je terminer, ün ne fut pas peu surpris de voir pour interprété de M. de Malseigne le fils du miniilre de la guerre , qui ne le ■quitta plus. Les suisses s’etoient retires sur la 'promesse du * générai , que justice leur serok rendue *, et tout fut calme jusqu’au lendemain. A l’arrivée 'du courrier , on répandit dans la ville une feuille qui engageoic les troupes et les gardes nationaux à se méfier des généraux envoyés pour la reddition des coinptes , leur dessein étant de jetter le trouble et la discorde dans l’armée, et de licentier un grand -nombre de soldats, qui se voyant’ sans ressources, se joindroient aux brigands qu’on disoft réfugiés dans la forêt dé Sarbrqiilv Dans la journée ^iLde Malseigne partit à la sourdine : on apprit qii^il se rendoit à Lunéville : aussî-tôt ' un 'piquet de mestre de camp se mit sur ses traces. Il trouva les carabiniers sous les armes , qui lui demandèrent ce qu’il vouloit. ïl répondit qu’il Vendit chercher M, de Malseigne, qui, ayant pris la fuite au mépris de sa parole donnée à la garnison de Nancy' de lui rendre justice, ne poA-. voit être regardé que comme un traître, M. à> Malseigne a son arrivée avoit dit aux carabiniers qu’il étoit poursuivi par des brigands- qui en vouloient à sa vie, et qu’il- accciiroit se mettre sous leur -gardé. Les carabinieis s’opposèrent aux cavaliers’ de nieftre lie camp : on
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en vint anx propos; ils firent feu^ cinq cavaliers furent tués, plusieurs blessés et plusieurc faits prisonniers : le reffe revint à Nancy. A Touie de cet événement , la garnifon qui étoit restée soùs les armes , fut dans les plus vives inquiétudes. Tout le monde, citoyens et soldats demandoit M. de Malscigne. La garnison partit pour Lunéville accompagnée de la garde nationale, à l’exception d’un bataillon de chaque régiment laissés pour la sûreté de la place. Ces corps ayant à leur tête leurs commandants, se rendirent à Lunéville ; ils apprirent que les carabiniers étoient sous les armes au Champ de Mars. Les municipaux venus au-devant de la garnifon, lui demandèrent ce qu’elle vouloît ; elle répondit qu’elle veno't chercher M. de Malseigne coupable de plusieurs crimes envers elle. Ils se rendirent vers les carabiniers au Champ de Mars , pour leur communiquer la demande de la garnison, La municipalité tint ^séance , elle appella des députés de chaque corps ; il fut décidé que M. de Malseigne seroit conduit k Nancy p^ai* dix carabiniers et un détachement de la garnison. Trois heures après le départ des régiments y M. de Pvlalseigne demanda à la mùnicipalité ' d’être conduit a Nancy par cinquante hommes choisis parmi les carabiniers, qu’il avoit long-temps commandés. Le détache- 'ment qui s’étoit tenu au bas de l’escalier de la maison-de-ville où étoit M. de Malseigne, demande qu’il lui soit remis. Le général monte à cheval ; conduit sur la place des Carmes,, il y donne le signai k ces 50 caj-abiniers de faire
feu sur le détachement : 14 foJdats sont tues; à l’instant M. de Malseîgne court avec ses carabiniers au champ de Mars , puis disparoît. Le reste du détachement s’y rendit de son côté : la municipalité y accourut , et il fut arreté avec les carabiniers que M.de Malseigne ser oit conduit le lendemain a Nancy. 11 carabiniers lui' portent cet arrêté : voyant qu’il avoit perdu là confiance de ce corps tant de fois trompe , il en tua deux avec ses pistolets ; les autres le dégradèrent , et le trouvèrent complettement plastronné. Le bruit de cet événement se répandit dans toute la ville : le général fut conduit en voiture à Nancy, escorté de carabiniers et de citoyens de Luneville jusqu’à Neuville ou il fut remis à un détachement de la garni— son , qui le traduisit dans Tes prisons du quartier du régiment du Roi , où les bourgeois voulolent le détenir. Mais à la demande, du régiment du Roi , il fut transféré fur-Ie-chanap a la conciergerie*. Le soir meme le commancTant . du régiment du Roi fit remettre à chaque fol- ^ dat un louis à compte sur la ' masse , sous prétexte de les mettre à même de traiter les carabiniers ; et quoique' Ta retraite eut été retardée , il offrie à ceux qui le desireroient la permission de passer la nuit k se divertir. Sur les 9 heures , le bruit courut que M. Bouille éi'oir aux portes avec une armée : l’alarme est dans la ville; le commandant de da garde nationale , le grand-prévôt ,, etM. Comté , capitaine au régiment du Roi , se rendent au quartier , font battre à l’ordre de campagne , et cherchent a rassurer le. soldat
en disant que AL de Bpidllé est à Mct^^ et que quand même il stroiî aux portes de têancy , 011 ne.dcvoiî rien craendre de sa troupe qui né- ' toit côniposée que de françois et d'amis. Il fut inrerron'cu par l’adiudant de semaine , qui demanda s’il y avoir des caporaux de chaque compagnie , et commanda des patrouilles pour les dehors. A peine en peut-on former deux , à raison de la liberté accordée aux soldats de traiter les carabiniers. L’adjudarit ht ordonner aux soldats qui étoient dans les cabarets de se rendre au quartier , pour prendre les armes en cas d’alerte. A dix heures la plupart ctoient rentres : ils se mirent à faire des cartouches ; la nuit se passa dans l’agitation, malgré les assurances de AL Lanjarnet. Le lendemain matin, en annonça qu’on voyc'it l’armée de IvL Bouillé former une batterie sur la cote S ce. Geneviève, V"ers les ii heures, Beognet /l’un des députés de retour de Paris , proposa aux chefs d’envoyer à M. Boiîilié une députation. Elle- fut composée de 4 municipaux et de 4 hommes de chaque corps. Près la porte -Notre-Dame étoit une compagnie de hussards et un régiment de dragons. En approchant du corps de l’armée on entendoit parmi les régimens étrangers mille voix criant ; les voilà les gueux , les traîtres qui pillent les bourgeois , qui violent les filles et les femmes qui emprisonnent leurs braves officiers : nous vous tenons , vous serc'^pendiis.^ Escortée par un régiment de hussards et de dragons , la députation parvint au quartier général , où bientôt environnée de douze cenr§
soldats, elle' se vît menacée d’étre fusillée; Sept à huit cents soldats portant l’uniforme de Châvteau-Vieux, croisoient leurs revers en criant qu'ils alloicnt pendre, leurs camarades , contre lesquels ils paroissoient le plus acharnés. Arrivée vis-a-vis le château qu’occupoit le général , il s’avança vers elle , la parole lui fut portée par un officier municipal qu’il prît pour un' simple bourgeois , et- à qui il dit ; taisez-vous , vous êtes Jo us . des traîtres^ des gueux ; puis s’adressant aux députés de chaque corps : et vous soldats rebelles et indignes du nom fran^ çois ; retournez^ à vos régimens , et dites-leur que si dans une heure la garnison ne se rend hors des portes , ayant à ja tête les officiers détenus , mon armée va fondre sur eux , et monartillerie les mettra à la raison : tout soldat qui sera trouvé en armes sera passé au fil de Vépée, De plus , je veux qu on me livre , par régimens^ quatre hom.mes des plus coupables ^ afin que justice en soit faite. En même tems ses soldats se sont écrié : que les députés soient pendus. Alors M. Bouilié élevant la' voix dit ; est-ce là le v^eu général de- tous mes braves grenadiers.^ et cent voix répéteront vive Bouilié^ A l’instant M. 'Bouilié se retire , et la députa-^ tion est entourée de soldats ayant la rage dans les yeux- ^ les officiers -Suisses engageoient les leurs à la pendra,: plusieurs grenadiers parurent avec<des cordes ; on alloit la conduire sous, les arbres de l’avenue du .château , lorsque M. Ç-oger de Damas , colonel d’un des régimens , ayant servi dans celui:du Roi , accout-
fut au-devant de se^ soldats, et les pria (leslarmes- aux yeux ) de se retirer à leurs drapeaux,* en leur représentant que c’etoit violer les loix / de’ l’honneur que d’attenter a la vie de ces députes. De retour à Nancy, la députation rend compte de sa miffion,' le régiment du Roi se soumet a la loi. 'Dans les deux autres , plusieurs voix s’écrient ; nous sommes trahis , et nous ferons feu! Le régiment du Roi ayant a sa tête MM. de Balliviere , Lanjamet, et avec eux MM. de Noue et de Malsaigne qui furent remis k M. Bouille , fait halte aux trois maisons. Sous prétexte d’aller prendre les ordres de M. Bouiiié , et disposer la troupe a en-^ tendre le decret du 1 6. M; Lanjamet disparoît. Le régiment ayant obéi se croyoit en sûreté : tout-à-cciip il voit fondre sur lui un ré-^ giment de cavalerie qui fait une décharge. La plupart des nôtres crient : ne faisons pas feu , en demandant au seul chef qui leur restoit de les commander. M. de Balliviere fit le commandement de tour-k-droîte , nous rentrâmes dans la ville par la porte Notre-Dame , et la queue du régiment cssuÿa plusieurs décharges des' régîmens du dehors. Attaquée aussi lâchement, elle fit feu ; puis le régiment se rendit a son quartier, 6ii il reçut ordre de M. Bouille de partir a l’instant pour Verdun. Cependant l’armée entroit dans la place par la porte S tainville, où un combat s’e^ engagé. Le feu d’artillerie et de mousqueterie des ennemis a duré 3 heures; plusieurs soldats de la garnison, détachés de leurs régîmens qui n’avoient aucun
ordre ^ errant dans les rues; les uns armés J les autres sans armes, furent tous massacrés. Le général donna ordre aux, bourgeois de se retirer au premier coup de retraite, menaçant ceux qui seroient rencontrés dans les rues d’être pendus. Cependant la férocité s’étoit assouvie ; des soldats réfugiés chez des bougeois furent obligés d’en sortir le soir même ; on les conduisit dans les prisons : d’autres s’échappèrent dans les bois , et furent pourchassés par la cavalerie.
• Voilà, chers camarades , tout ce que nous pouvons vous marquer de certain , ne sachant de cette malheureuse affaire que ce qui s’est passé sous nos yeux ; et n’ayant pu rien apprendre depuis, faute de nous être trouvé avec d’au-^ très témoins des faits. ’ ^
Observation de l’Ami du Feiiple. ,
Il est constant que la malheureuse affaire de Nancy est une suite des vexations et des fripponeries des états-majors de la garnison , de même que des faussés mesures prises par le pouvoir exécutif et le législateur , pour régler les comptes des régimens ; ou plutôt des mesures violentes et barbares prises par les ministres, pour réduire l’armée sous le joug. On vanté les conseils sages et modérés donnés par le sieiir de ,1a Tour-dü-Pin, ,dans\y^ï /ci'/ré aux inspecteurs
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extraordinaires chargés de la vérification des comptes des régimens. Voilà bien la pièce ostensible; mais ce sont les ordres secrets qu’iî importe de connoître. A en juger par le choix des inspecteurs , il n’est que trop visible qu’il cherchoit à pousser les soldats au désespoir , à leur faire faire quelque démarche inconsidérée qui justifiât aux yeux du public les moyens atroces qu’on préparoïc contr’eux. Rien ne le prou-? ve mieux que le choix du brigadier Malseigne pour inspecteur de la gamifon de Nanci, où il falloît un homme plein de sagesse et de modération.' Or le féroce Malseigne brûloit d’impatience d’amener les scenes d’horreur qui le couvriront d’opprobre à jamais : au lieu de commencer ses opérations par le régiment de mestrede-camp , qui aveit le moins à se plaindre de ses officiers , et dont l’exemple auroit entraîné les deux autres , il les commence par le régiment de Château - Vieux , dont le cœur étoit ulcéré et dont la roideur natale présageoit beaucoup de résistance. Comment s’^y prend-il ? Après lui avoir promis jufiice , bientôt il revient sur sa parole , et sur qu’il va faire des méconrens,ii se prépare à commettre des assassinats ; il tire son épée , poignarde deux
sentinelles , et court se cacher chez le commandant de la place. Il avoir mérité d’étre mis en pièces par la garnison y elle a la générosité , ou plutôt la sotisede lui pardonner, de le protéger , de veiller à son salut. Conduit devant les "municipaux , il renouvelle ses promesses de faire droit aux soldats : mais le perfide méditant de nouveaux forfaits , prend la fuite , gagne Liinévilie , réclame contre de prétendus brigands-qui en vouloient à sa vie , la protection des carabiniers qu’il avoir long-temps commandés , et se met sous leur sauve garde , certain par ce lâche artifice de faire massacrer le piquet de niestre de camp qui le poursuivoit. L’événement justifie son attente. L’alarme se répand à Nancy ^ la moitié de la garnison accourt pour avoir jiiftice.de ce scélérat couvert du sang des suisses 'et de mesîre de camp. Les carabiniers indignés de sa perfidie le livrent; il efl: prêt à être conduit : que fait ce rnonüre ? il conçoit le plus exécrable des forfaits ; il demande comme une faveur d’être escorté par cinquante carabiniers a'son choix : il les connoît tous personnellement ; il choisit l’écume du régiment ; cinquante de' ces hommes vils et rampants , qui n’ont d’audace que pour I«
' ^ crime vHles charge de ses nouveaux assasrinats^ et ils vont l’attendre dans une place ou il se fait accompagner par le détachement de mestre de camp qu’il livre à. leurs assassins ; puis il court avec eux vers leur corps. A . l’ouie^ de cette atrocité , l’infame est abandonné par le régiment. Douze carabiniers lui portent l’ordre de partir pour Nancy, il exhale fa rage en assassinant deux de ces mallieureux : il eft dégradé , et on trouve le lâche plaflroné triplement, Preuve inconteftable que tous ses crîînes étoient prémédités. Ils avoient pour but de révolter la garnison de. Nancy contre^ lui , et de fournir au minitre un prétexte de. crier au sacrilege contre des soldats révoltés qui avoient porté leurs mains sur leurs chefs et sur les mes- \ V sagers de paix, envoyés par le- roi et l’assemblée nationale; puis de mettre aux prises la garnison de Nancy avec le régiment des carabiniers, de causer un àfîreux massacre et de décimer enfin ces quatre corps pour réduire l’armée entière par la terreur. Tant de scélératesses dévoient révolter, et le régiment des carabiniers et la garnison de Nancy : comment ne l’ont-ils pas. livré aux plus alîreuxsupplices l comment se sont-ils laifîes égorger comme des.
moutons l Comment ont-îls pourvu à fa sûreté > Eh 5 voilà donc ces hommes qu^on repréfentoit comme des rebelles contre lesquels on follicitoît de barbares décrets ! Ah l s’ils ont péché , c’est par ignorance : s’ils avoient connu leurs droits, ils auroient massacré ce monstre et tous ses pareils. Tandis que l’atroce Malseigne jouoit ces fcenes tragiques , l’infernal Bouillé se préparoit à faire une affreuse boucherie de la garnison et des patriotes de Nanci : il avoir rassemblé une armée d’Allemands, avec l’écume de quelques régimens François , et des milices bourgeoises du département de la Meurthe. Pouvant à peine trouver une légion de gardes nationaux , il en fait prendre l’habit à sept cents Allemands ; il donne à sept cents autres Punifôrme de Château- Vieux , pour persuader que le régiment renfermé dans Nancî n’est qu’une poignée de rebelles , dont le corps entier demande le supplice. Il conduit dix mille assassins devant la place , après leur avoir re« présenté la garnison comme une horde de brigands, qui pilloient les citoyens , violoient les femmes, emprisonnoient leurs officiers. Des députés arrivent dans son camp, il leur impose silence, et les traite de gueux ^ et tandis que
ses éinîssaîres poussent l’armée a menacer de la corde ces infortunés, il flatte ses satellites, il leur demande si c’est la le vœu de ses -braves guerriers , et il abandonne traîtreusement à leur violence des hommes dont l’honneur seul devoir lui faire protéger les jours. Il avoir imposé des conditions à leurs corps elle sont remplies; le régînienr^u Roi lui ramene intacts deux officiers qu’il auroir du faire périr par la corde.: et ce régiment dont la soumission étoit entière , et qui repofo.it dans la plus profonde sécurité , se voit lâchernent exposé au feu d’une armée, de meurtriers, A peine est-il rentré dans la place , que cette aimée la foudroie, égprge et renverse tç,ut ce qui se présente. Las de faire couler le sa^g, Je soHat stupide qui étoit encouragé au meurtre panda voix dè ses officiers féroces, tombe, de lassitude. Il s’endort,: à son réveil, il est rsaisi d’horreur ^a la vue des for-» faits dont il s’est soiiiilé ; le généra^Lseul poursuit froidement par les supplices les soldats qui ont échappé au fer, Telle est cette horrible et honteuse expédition , pu l’infernal Bouiilé viola à la fois toutes les loix', et foula aux pieds la vérité , la justice l’humanité.,; l’Konneur pour sacrifier à sa rage de malheureux soldats qu’if
avoît calomniés , et dont tout le crime étoît de n’avoir pas osé punir leurs oppresseurs. Et c’est ce monstre que le monarque et l’assemblée nationale ont comblé d’éloges , et ce sont ses forfaits qu’ils ont célébré.
" Le récit de ces horreurs souille les premières pages de l’histoire de la révolution. Le lecteur honnête et sensible n’y jettera jamais les yéux sans fr’ssonner d’effroi ; et tant que la terre nourrira des amis de la liberté, les noms de la Tourdu-Pin , de Malseîgne , de Bouillé seront en exécration : comme ceux de Riquetti , d’André , de Foucault, de Montlaufier, de Dupont, de Desmeunier, de Maury , de Malouet, d’Efpremenil , d’Emery de Regnier , de Régnault ^ de Prugnon , et de tous les autres qui ont fulminé le barbare décret.
Le perfide Motier a tout mis en œuvre pour engager l’armée Parisienne à couvrir ces exécrations en y applaudissant : elle a vu le piege , et l’a évité. Quelques bataillons patriotiques ont même témoigné leur douleur. Ils se sont engagés d’envoyer des commissaires à Nancî pour s’instruire de la vérité des faits , et* amener l’infàme Bouillé en jugement : l’Ami du Peuple les somme, de remplir -cet engagement
sacré; Il In^iee tous les vrais patriotes à faire passer sa feailie a tous les régîmens : qu’ils voient enfin le gouffire creusé sous leurs pas ; que l’indignation les saisisse à la lecture des atrocités exercées contre leurs camarades innocens , et qu’ils se réunissent pour demander vengeance contre leurs calomniateurs & leurs aflafllns.
M A R A T J VAmi du Peuple*
De ' i’Impritnene de MARAT.