DU 8ÀQII& OB CHA.RL£S X
a donné un grand dMer, composé de cent cinquante couverts et distribué en plusieurs tables. M. le maréchal Moncey, duc de Conégliano (d'après l'antique usage) avait invité persofinétiêïneat, en qualité de représentant au sacre du connétable , ceux qui devaient faire partie de la première table^ où étaient Mm. les maréchaux de France et grands-ofïiciers de la maison du roi.
A la seconde table, et invités par le corps municipal , étaient les maires des bonnes villes , les présidens des chambres de commerce, les présidens et secrétaires des académies et les colonels des gardés nationales.
La troisième table était destinée aux localités. Dans ce banquet, M. le maire de la ville de Reims, la main sur le cœur , a porté la santé du Roi.
Prié par tous les convives de porter un toast au nom de tous à la ville de Reims , Tun des colonels de la garde nationale parisienne^ M. le vicomte Sosthène delaRochefoucault l'a fait eu ces termes : « MM. les maires des bonnes villes du royaume et MM. les colonels de la garde nationale de Paris mê font l'honneur de me choisir pour porter en leur nom une santé à la ville de Reims. Je sens vivement, messieurs, tout le prix d'une pareille mission ; honneur donc aux habitans de cette cité fidèle! Nous pourrons rivaliser de zèle avec eux ; mais il ne nous sera jamais possil^le de les surpasser danA
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les témoignages d's^mour et de dévouement qu ils vienneot de donner au meilleur des rois ! n
MM. les colonels de la garde nationale, au nombre de vingt et un , se sont aussi réunis le ag dans un dîner , et ont porté la santé du Roi.
Le même jour, à six heures du soir, cinquante membres du corps diplomatique se sont réunis, vêtus de leur grand costume , à l'hôtel du sacre, où un dîner splendide leur était préparé.
Parmi les personnes assises à ce banquet , on remarquait MM. les barons de Fagel , d'Uchtritz , les comtes de Golz, de Zashow, de Lœvenhielm, de Scott, le duc de San-Carlos , le comte Mulinen et les ministres de Prusse, des villes Anséatiques et de Toscane.
L'ambassade complète de Russie s'est réunie en même temps dans un dîner à cet^hôtel , mais dans une pièce séparée et en habit ordinaire.
M. l'ambassadeur d'Angleterre tfa assisté à aucune de ces deux réunions.
Avant son départ, madame la Dauphine a consacré la journée du i*'. juin à visiter les établisse;* mens publics, les hôpitaux / l'Hôtel- de-Ville et le Collège royal.
DU SâGR£ DE €HA.RL£S X. l55
Son Altesse Royale a témoigné aux élèves le pli» touchant intérêt. Chacun de ceux qu'oQ'lui désignait comme les premiers de leur classe a reçu de la bouche de la princesse des éloges et des encouragemens. Son Altesse Royale a surtout insisté sur la nécessité du travail pourlesélèves qui se destinent à l'école polytechnique : « Il faut,a-t-elle dit, pour y arriver, de grands talens bien cultivés. 7*
M. Anot, auteur des Élégies rémoises^ professeur de rhétorique , a eu Thonneur d'être présenté par M. le maire de la ville à madame la Dauphine , qui l'a accueilli de la manière la plus flatteuse.
La princesse a paru fort satisfaite d'un joli dessin représentant une descente de croix qui lui a été offert par le jeune Rossin, un des élèves du collège.
Les e'tablissemens industriels que madame la Dauphine a visités à Reims sont :
1^ Celui de MM. Assy-Guérin et Givelet, où elle a arrêté ses regards sur la fabrication des circassiennes. Son Altesse Royale a daigné en recevoir une pièce pour le duc de Bordeaux.
si^. Celui de MM. A. B. Seillière , Legrand et compagnie , construit dans l'ancienne abbaye des Louguaux. Après avoir admiré la grandeur et le bel ensemble des constructions et des machines propres à la filature de laines cardées, ainsi que les moulinsà vapeur, Son Altesse Royale s'est informée avec un vif intérêt de l'emploi des diverses mécaniques, et
{56 tjojLTum cowÊtAsB
en reconnaissant la grande utilité dont elles aônt pour livrer à bas prix de beaux produits à hi otm* sommation ^ Son Altesse Royale a formé des vosiix pour le sucoès de la nouvelle filature de laine pek^ gnée, que MM. Seillière viennent de construire pùoÉ filer les longues laines d'Angleterre et de Hollande^ ' Sp. Celui de MM. Jobert ^ Lucas et L. TernatdL fik où Son Altesse Royale a été frappée de ta gfand< variété des produits et de la beauté des divers tidstis.
Son Altesse Royale a visité aussi THô tel-Dieu et « adfessé des paroles de consolation aux militaires malades qu'il renferme. (Cet hôpital sera transféré j^Saint^R^fii.)
De là , madame la Dauphine s'est rendue à Fé'^ glise Saint-Maurice et a visité l'hôpital général oà un compliment en vers lui a été adressé par 'tme jeune fiUe.
Son Altesse Royale a encore visité la bibliofhét que de rjIotel«de-yille. Elle a examiné avec intârét un graduel noiéj orné de magnifiques vignettes^ k l'usage de l'ancienne église de Saint-îf icaise , q^iî-si été détruite pendant la révolution : le fameux Sâtt*. terré l'avait achetée et isiit démolir. La princesse ^ qui ignorait cette circonstance , a demandé eoflOM mient cette église avait été détraite. Mais par -tM sentfanent des convenances, et dans la: crainte de rappeler des souvenir» décbirans pour lé' cceur de la princesse , cette circonstance lui a été<»diée.
Madime la Dauphine s'est arrêtée devant ou ta^
DU ftiiOllB DB CHJJBLCS X. lll^
bléau placé dans la bibUi^héque, 61 ^qoi irèprétiehtè le serment des Rémois ; elle Vest hit- expUqtMRE* 1^ sujet de ce tableau^ qui a été exécuté par M.-Lié^ nard , de Reims , élève de David. 11 repréMnte Gaucher de Chàtillon , capitaine des Rémot» , qui^ ayant réuni ses soldats sur la place d'amnes,: toliir &it jurer de défendre jusqu'à la mott l'entrée dd ta ville au roi Edouard III , qui voulait s^empàref éfé Reims pour s y faire sacrer roi de France y -Cft '^t fut obligé de lever le siège.
Le même jour les dames et le secrétaire-trésorier de la Société de la Charité maternelle, présentés par madame lUiinart de Brimont, présidente,. out^ été reçus par madame la Daùphine avec une bi^veillance toute particulière.
Dans cette séance , qui a duré trois quarts d'heur re , Son Altesse Royale s'est entretenue avec le^ dames , des besoins de la classe indigente, des eau-* ses qui les augmentent, dans certaines aniiéés, et des moyens que la Société emploie pour se ménager des ressources pendant ces années caLamitenses.
Madame la Daùphine s'est fait : représenter un0 layette ; elle a déployé elle-même toutes les pièce» qui la composent, et a. fait sur chacune d'dles.dM observations qui prouvent toute sa sdlicitude en-* vers les malheureux»
Le. matin à huit heures avant le départ dq Roi, monseigneur le Dauphin et la duchesse de Berrf. étaient allés au c^vaire où se^ trouve la o^qîk q|ui
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fot plantée en grande pompe, le 2 3 février iSoii, à l'époque de la fameuse mission de M. Forbin Janson.
Le lendemain , Son Altesse Royale est partie après avoir entendu la messe. Elle a trouvé à la porte de Dieu-Lumière M. le sous-préfet et M. le maire de Reims , qui s'y étaient rendus avec la garde nationale. Mais elle n'a pas voulu que M. le sous-préfet l'accompagnât jusqu'aux limites de son an'oadissement.
Le i". juin, madame la duchesse de Berry a été à pied visiter le bazar rémois. Son Altesse Royale a acheté des mérinos , des schals et d'autres étoffes des manufactures de Reims. Elle est partie à neuf heures et demie pour aller visiter une riche manufacture de mérinos établie à quelques lieues de la ville.
Le 3ô mai, à dix heures du soir, un incendie se manifesta dans l'écurie demi-voûtée , où étaient placés en relais les chevaux du Roi, chez M. Chrétien, aubergiste à Braisne, route de Reims.
Au milieu de cette écurie était fixée, selon Tusage, une lanterne dont est sortie une flammèche qui a mis le feu à la paille. Le garde de l'écurie s*en aperçut et appela au secours. Le maître de la maison accourut aussitôt ; mais, étant pieds nus , il ne
put parvenir à éteindre le feu. Il ise hâta d*aller mettre ses souliers, et, lorsqu'il revînt , le feu n'était encore étendu qu'à un mètre carré. Mais l'air s'étant précipité par l'ouverture de la porte , l'incendie fit tout à coup des progrès si effrayans , qu'il fut impossible de rien entreprendre dans l'intérieur.
On alla prévenir le lieutenant des pompiers, qui donna promptement des- ordres. Pendant ce temps un soldat lancier et autres personnes au service eu Roi, parvinrent, non sans danger, à couper les longes de quelques chevaux. Les pompiers arrivèrent bientôt, et travaillèrent avec intrépidité. Mais une avarie se découvrit malheureusement dans le boyau de la grosse pompe ^ et elle ne put être réparée.
M. le maire de Braisne envoya chercher alors les pompiers de Vailly et de Fismes, à deux et trois lieues de distance. A leur arrivée on était maître du feu ; ils aidèrent à l'éteindre.
A trois heures du matin le danger avait cessé. Heureusement le temps était calme , et les secours ont été prompts; car l'incendie, qui était au centre, aurait pu faire de grands ravages dans la ville. Les sapeurs-pompiers , la gendarmerie , le détachement des lanciers de la garde et MM. les gardes-du-corps stationnés à Braisne pour l'escorte de S. M. ont donné des preuves multipliées de zèle et de dévouement.
Le palefrenier de garde a reçu plusieurs coups de
l6o RCLAXfOAr OOMPJUiTfi
pieds de ehevaiU, et a eu l0 visage brûlé; II, était encore^ le 3o,dàns un tel état d€t.3buQraiice^^il avait bien de la peine à s'expliquer* . Une pauvre femme , qui demeurait dans lé voisinage, a été grièvement blasée par la chute d'un meuble qu elle emportait » pour le préserver 4'e 'V'ukcendie.
L'écurie contenait vingt-cinq chevaux. Quinic ont été trouvés asphyxiés* Ceux dont on avait p« couper les longes se sont échappés. Quatre setder' ment étaient sains et saufs, et on désespérait d'en conserver deux autres. : .,
L'écurie, une grange et un autre bâtiment'OBt été consumés, ainsi que huit cents* bottes de fouiv rage environ, et soixante-neuf moutons jou agneaui^ qui étaient dans une autre écurie ^ où on les a trou^ vés étouffés.
On a joué à Reims deux pièces de circonstance , qui avaient été faites à Paris. L'une intitulée : YHeU' veux jour ou une halte militaire^ par M. St.-Hilalre; Fautre intitulée : Louis XII ^ ou le sacre cCiin bon Roi , par M. a lissan deChazet. Dans cette derniért pièce on a surtout remarqué et applaudi ce passage : Les autres rois ont des sujets , mais Charles X à un peuple,
Ni Sa Majesté , ni aucun membre de la fatnitte royale n'ont assisté au spectacle. Le ag , tout avait été
DU SACRE DE CHARLES X. )r6T
disposé pôiit lés recfe vbii*. Mais l'espérance des spectateurs et ^e fauteur de ^là pièce a été dé^ue.
Messieurs les musiciens et lès dames de la chapelle du Roi, au nombre dedeux ceilts, sont airivèè à Reims, après trois jours de marche, dans qtiarante-huit fiacres de Pârris, dont' les ntimêros savaient été effacés et remplacés par ces niots ' : Sèr^ née de la maison du Roi. Ces messieurs et cès'daiiies n'ont pas eu beaucoup à se louer des soins et 'de îà prévoyance de ceux chargés de fait^ préparer leurs logemens. Quelques-uns ont été assez heureux pour trouver un gîte chez les bourgeois de Rèinis; mais les autres,entasséspât trentaine dans de grandes salles , ont été obligés de coucher sur de mauvais grabats et de se servir eux-mêmes. J'ai été plusieurs fois témoin des justes plaintes de ces artistes estimables.
Le nombre des étrangers , amenés par la curiosité dans la ville de Reims , n'a pas été aussi considérable qu'on s'y attendait > et beaucoup de spéculations ont été malheureuses; il faut surtout l'attribuer à l'extrême cherté des logemens : la plus petite chambre était louée 4oo fr. et 600 fr. , selon l'avantage de sa position: Les bourgeois de Reims n'achetaient pas les denrées plus cher qu'à l'ordinaire.
ifi^ BEIiATION GOMPLin
et cependant les restaurateurs avaient triplé leurs prix : on payait un poulet quinze francs, et une côtelette de mouton deux francs. ^J'ai vu payer treize radis quinze sols.
Toutes les personnes invitées par lettres closes ont été logées et la plupart hébergées par les bourgeois de Reims. MM. les fourriers du Roi s'étaient transportés, il y avait déjà quelque temps, chez les habitans , et avaient pris note du nombre de chambres dont chacun d eux pouvait et voulait disposer en faveur des personnages invités au sacre. Ces logemens avaient été ensuite distribués selon, le rang et la suite des personnes auxquelles ils étaient destinés.
On assure que le nombre des lettres closes a été de seize cents. Au sacre de Louis XYI, il ny en. avait eu que quatre cents. J'ai sous les yeux la liste nominatis^e des Jonctionnaires publics ^ niilitcUres et autres , appelés h la cérémonie du sacre et du cou^ ronnement de leurs Majestés impériales ^ tant par h sénatus'Consulte du i^ijloréal ami que par lettres closes. Leur nombre s'élève à six mille environ. H serait trop long de citer ici les noms de tous ceux qui ont reçu des lettres closes en i8o4 et ehï8a5.
Parmi les membres de la Chambre qui assistaient
au sacre, il ny en avait qu'un seul de l'opposiHon
coo^titUtticHiqellei, c'fi^t HL.U baron ]M[^hio.^ du départemaut de rAispe,,dofft qpatrç députés sijr six siègent au cote gauche^ Cçt hQpôi:^i<9 meflfi** bre, pendant le festin royal , exprioiaît ^ . son ho^ Dorable voisin le plaisir ^qp'jU .j^pronvait ;de. voir les pairs de France et les députés assis et couyerts devant le Roi, et réunis en quelque sorte dans un repas.de.. £amille. (c Quant .à moi, lui répondit^le député du côté droit, ce spectacle me déplaît ^et; me choque; c'est beaucoup trop républicain*»^ . .
Parmi les inscriptions nombrèùseà ' atUD()[iIdlles cette grande circonstance a donné lieu,' on renUtr-* quait celle placée sur la maison de madaniè Fa4 nard, riche Rémoise. La voici telle que je l^i c6|uée sur les lieux mêmes : ..
Charles fut autrefois t'ido^e.des Rhémpis^ St l'on revient tçujours  368 premiers amours.
Mais l'inscription, la phis . extr^Q;rdi|iJ^ir$ était celle du collage ^c^^k Au-dj^ssou^. di^ pprfnaitlde Charles X on avait placé un^lobe terr^^re^, sur lequel étaient inscrits ces mots : Toius m uw* Nç pouvant m'exphquer œtt^ emphatique inscrip-* tk>n , qui ne coûvîtat ni aii Una^èi^p ^i| pri^ç^ ai:|quel elle sadife8.se, ni^ à ^)%|«P9i(î«iii I>^.t^4|lt^>
l64 RELA.TI01V COMPLÈTE
France en Europe, j'interrogeai quelques person-, nës, qui me donnèrent le mot de Ténigme; elles m'apprirent que cette inscription et ce tableau avaient autrefois servi au même usage, lors du passage de Napoléon à Reims.
La magnifique voiture du sacre a été publiquement exposée aux regards des Rémois. Je me trouvais dans la foule qui était venue la considérer et qui ne cessait d'exprimer son admiration, lorsque tout à coup un paysan , en blouse bleue et appuyé sur son bâton, dit assez haut à côté de moi : « C'est superbe ! il nous faudra donner bien des coups de pioche pour payer tout cela ! »
Mille bruits ont couru depuis quelque temps à Paris sur les dépenses du sacre. On prétend que les 6 millions votés par les chambres ne suffiront pas, et que ces dépenses dépasseront lo millions. Ces bruits sont exagérés sans doute, et il serait à désirer que le Moniteur ne tardât pas à publier un article semblable à celui qu'il publia dans son numéro du 2 février i8o5. Lé voici :
ce Puisque nous en sommes à parler des faux bruits, c'est le moment de dire un mot sur tout ce qu'on a débité au sujet des dépenses du sacre. Il ne s'agissait rien moins que de savoir si elles s'étaient élevées à 5o ou 60 millions. Voici à cet égard des détails parfaitement exacts.
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» Ces dépenses ont coûté au ministère de Tintérieur, pour les frais de voyage des fonctionnaires publics appelés au couronnement et des députations de gardes nationales , 700,000 fr. ; au ministère de la justice pour les frais de voyage des fonctionnaires de ce département , 3oo,ooo fr. ; au ministère des cultes pour dépenses de même nature , j 00,000 fr.; en indemnité d'étape, pour les députations militaires , 400,000 fr. ; enfin 3 millions acquittés par le trésorier général de la couronne sur les fonds de la liste civile pour l'arrangement de la métropole , pour la fête du Champ-de-Mars, pour cellti des Tuileries , pour la distribution des médailles , pour les ornemens impérîkux , les habillemens , les équipages de toute nature de leurs Majestés. On peut ajouter la fête du sénat , payée sur les fonds de ce corps et dont la dépense ne s'est pas élevée au-delà de i5o,ooo fr., et celle de la ville dont les frais ont été plus que compensés par l'augmentation que l'affluence des étrangers a occasionée dans les produits de l'octroi. »
im DU SIXIEME ET DERNIER CHAPITRE.
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