SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION
Les évènemens de la dernière révolution qui ont obligé le Roi Charles X et les membres de sa dynastie à chercher un asile dans une terre étrangère, paraissent avoir réveillé E attention de plusieurs chrétiens sur les annonces et prédictions que Thomas-Ignace Martin, laboureur à Gallardon enBeauce, est venu faire au Roi Louis XVlIï, le 2 avril 1816. L’on pouvait se flatter que les vives instances de quelques saintes âmes pour fléchir la colère divine auraient obtenu de plus longs délais à l’accomplissement des grandes menaces que renferment ces prédictions. Mais depuis le terrible bouleversement qui vient de s’opérer en France, l’appréhension des juge mens du ciel devient plus forte , de jour en jour, parmi les fidèles qui ont cru à la mission du bon villageois; ces hommes religieux paraissent singulièrement frappés des troubles et des guerres intestines qui commencent à éclater dans les Etats voisins, et comme ces premiers incendies menacent d’embraser tous les peuples chrétiens successivement, ils appréhendent fort qu’un si grand fléau ne vienne » retomber sur nous, et qu’il ne cause enfin la désolation de la France; de même que les guerres précédentes que nous avons portées jusque dans la Russie, ont fini par nous amener les quatre dominations qui ont fait dès-lors un premier essai de leurs forces coalisées, en portant le ravage dans le cœur même de ce royaume.
Dans ces circonstances, on a cru, d’après les demandes qui en sont faites journellement, qu’il pourrait être de quelque utilité d’imprimer de nouveau la Relation publiée chez A. Egron en 1817, la même dont il y a eu diverses éditions et contrefaçons plus ou moins complètes et fidèles. On s’est fait un devoir de la copier avec exactitude, après en avoir revu tout le texte ; seulement 011 y a ajouté un très petit nombre de notes et quelques lignes éparses qui ont été tirées d’une relation plus abrégée qu’avait rédigée M. Àcher , chanoine de Chartres. L’écrit de cetEcclésiastique s’accorde d’ailleurs fort bien avec la Relation imprimée chez A. Egron; et celle-ci mérite d’autant plus de foi, qu’avant de la faire imprimer,
Fauteur l’a soumise à M. La P**,, alors curé de Gallarclon J lequel Fa trouvée très conforme à la vérité historique. De plus l’auteur a fait lui-même deux voyages à Gallardon , l’un dans l’été de 1816, l’autre au mois de janvier 1817 , pour approfondir tout ce qui regardait cette mission de Martin, et tirer de sa propre bouche, comme de celle de son Curé, le récit le plus exact possible de ce qui lui était arrivé. 11 a aussi, dans le même temps, conféré sur un évènement aussi digne d’attention avec le Directeur et le Surveillant de l’hospice de Charenton, 011 Martin avait été renfermé ; et enfin il a recueilli, tant de M. Royer-Collard, médecin en chef de cet hospice, que de M. l’ahbé Dulondel, tous les documens nécessaires pour être parfaitement convaincu de la sincérité de cet homme simple et droit, tel que Font reconnu tous ceux qui ont été dans le cas de l’entretenir; sur quoi il est bon d’observer que M§r Talleyrand-Périgord, alors archevêque de Reims, avait chargé M. Dulondel d’examiner Martin, avant de se décider à le faire introduire chez le Roi Louis XVIIÏ , qui n’était nullement crédule , mais qui voulut voir Martin aussitôt qu’on lui en parla. C’est après toutes ces précautions que Fauteur qui ne voulait rien publier qu’en pleine connaissance de cause, s’est déterminé à mettre au jour, en mars 1817, la Relation dont il donne ici une nouvelle édition.
Fasse le Ciel que déjà prévenus par ces soulèveraens qui agitent plusieurs parties de l’Europe, nous nous hâtions de recourir, en suivant l’exemple des INinivites, à cette pénitence publique et générale qui a éié le principal objet de la mission du bon villageois; car c’est là très certainement, et l’on 11e saurait trop le dire, le publier, et sans cesse le répéter, c’est là le véritable remède, le remède unique et indispensable pour fléchir la justice divine, procurer la paix de ce royaume , et détourner ce déluge de maux qu’on nous a si fort assuré être à la jjcn-tej et que les nouveaux évènemens font appréhender comme tout près de tomber sur la France.
A la suite de cette nouvelle édition on a joint quelques lettres que le sieur Martin a écrites, en 1821, à son ancien curé, alors résidant à \ersailles, au sujet de nouvelles révélations qu’il avait eues dans les premiers mois de cette année là. Ces lettres ont été copiées sur les autographes que cet Ecclésiastique avait entre les mains.