MANITOBA ET LE NORD-OUEST
Le 5 de novembre 1872, M. Bernard Warkentin, de Russie, et moi, nous laissions Berlin par le convoi du chemin de fer du Grand Tronc pour neus rendre à Détroit (en route pour la province de Manitoba): de ce dermier \ endroit, nous nous dirigeâmes vers Chicago par le chemin de fer du Swdl du Michigan, puis vers St. Paul, Minnesota, et Duluth par le Lac Supérienr et le chemin de fer du Mississippi; de là nous atteign mes Moorehead sar 5 la Rivière Rouge par le chemin de fer du Pacifique du Nord. Mocrelead est situé sur la limite qui sépare les Etats du Minnesota et de Dacotah, et nous nous rendimes ensuite à Pembina sur les frontières de Manitoba.
En pénétrant dans cette provinee, nous parcourûmes en diligence #me distance de 72 milles jusqu’au Fort Garry et Winnipeg, endroit situé towt près du Fort et qui grandit rapidement. Un chemin de fer en voie ds
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construction, devant aller jusqu'à Pembina, sera terminé dans le cours de cette année. Nous aurions pu raccourcir le trajet de 230 milles environ en passant par Breckenridge, mais pour ne pas voyager en diligence, nous avons choisi la route la plus longue par chemin de fer. En partant de Pembina, nous longeâmes la Rivière Rouge sur une distance de 50 milles environ; cette partie de la province n'est pas encore du tout colonisée, et l’on n'y voit que quelques stations ici et {à à tous les 15 ou 20 milles, et où l’on trouve des chevaux de relais et des rafraichissements pour les voyageurs. L'établissement des Métis est situé à l'extrémité de ce district et l’on y voit de petites maisons blanches et des étables, lesquelles deviennent de plus en plus nombreuses à mesure que nous approçchons de plus près du Fort.
A sept milles de Fort Garry nous remarquâmes un moulin à farine ; les maisons avaient meilleur mine à cet endroit, les terres étaient entourées. de meilleures clôtures et nous atteignimes finalement l'Assiboine, affluent de la Rivière Rouge. L'Assiboine est navigable sur un parcours de 60 milles ou plus, et est profonde bien que peu large. La Rivière Rouge est navigable sur un parcours de 280 milles environ au sud et de 30 au nord où elle se décharge dans le lac Winnipeg, qui a une étendue d'environ 1,000 pieds à la ville de Winnipeg. Fort Garry, le principal poste commercial de la Compagnie de ia Baie d'Hudson, possède une petite forteresse avec une garnison de soldats. Il se trouve sur la rive de la rivière un grand magasin d’entrepôt appartenant à 1a Compagnie et dans lequel six commis sont employés. Il y a aussi un Bureau de Télégraphie et plusieurs maisons à deux étages autour du Fort. On a commencé les travaux d'un nouvel hôtel qui sera érigé cette année au prix de $14,000.
A une distance d’un quart de mille ou à peu près, est située la ville de Winnipeg, la capitale de la province, fondée il y a quelques années seulement, mais qui compte déjà 12 magasins, 5 auberges, et une grande scierie pouvant couper de dix à quinze mille pieds de bois par jour. Ily a aussi un moulin à planer et quatre imprimeries. Les maisons sont géneralement construites en bois, celles en brique constituent l'exception, bien que l’on y fabrique la brique maintenant. On peut se procurer de la pierre et de la chaux à une distance de six milles. Les chemins, ainsi que les rues sont dans un mauvais état et les trottoirs sont également rures, mais les travaux de construction de bâtisses et les nécessités du charroyage feront qu'il sera difficile avant une certaine période de temps, d'améliorer les voies publiques. Winnipeg possède aussi vne Banque d'Epargnes et une Eglise Wesleyenne.
Sur le côté sud de la Rivière Rouge se trouve le village de St. Boniface qui possède une Cathédrale Catholique Romain’, une Eglise d'Angleterre, une Eglise Presbytérienne et une Maison d'Ecole. Plus bas, on remarque le Collége St. John (Eglise d'Angleterre). Après avoir visité Winnipeg, nous partimes pour la Mission des Indiens à environ 60 milles au nordouest. Les maisons des Métis sont échelonnées sur un parcours de deux milles environ, après quoi, on ne vit plus quela prairie, jusqu'à “ Castle Farm,” à 20 milles de distance, où nous aperçumes une centaine de bestiaux dans les pâturages. Les bâitisses de la Ferme consistaient en une petite maison avec de grandes dépendances et il y avait, en outre, une meule de foin d'environ 100 tonnes. A la date de notre départ, le 23 novembre, les bestiaux étaient encore aux champs et les pâturages excel lents. Lascène change sur le reste de la distance qui sépare cet endroit
de la Mission des Indiens, la prairie est émaillée ici et là de lisières de ter. rains boisés de un acre et demi jusqu'à dix acres d'étendue. Le peuplier y pousse surtout et les Indiens s’en servént pour construire des édifices quelconques, des clôtures et pour les fins du chauffage, A notre arrivée à la Mission, nous y trouvâmes environ vingt familles de Métis français vivant de chasse et de pêche. Ici, nous rencontrimes M. William Wagner, arpenteur des terres de In province, qui prend un vif intérêt à l'encouragement de l'immigration à Manitoba. Les immigrants, les allemands surtout, feraient bien de s'adresser à ce monsieur pour se renseigner sur la qualité des terres sur lesquelles ils devraient s'établir.
En quittant la Mission des Indiens, nous longeîmes dans la direction sud-ouest, la rive est du Lac Manitoba, et nous vimes de belles prairies émaillées comme ci-devant de bouquets d'arbres. Nous parcourûmes la distance de 40 milles sans voir une maison et ce n'est qu'à la Pointe au Peuplier, sur l’Assiniboine, que nous trouvämes une ferme d'environ 90 acres en culture, appartenant à M. Taylor, qui possède un grand nombre de bestiaux. Duns le voisinage, il y à un établissement de Métis anglais, en partie protestants et possédant trois églises, Anglaise, Presbytérienne, et Méthodiste. En s'avançant plus loin encore vers l’ouest le long des rives de la rivière où sont établis des colons, nous arrivimes à “High Blutt's,” où il y a trois églises et une maison d'école. A cet endroit nous logeämes dans une ferme appartenant à M. Allock, un anglais venu d'Ontario il y a trois ans. Il nous exhiba de superbes échantillons du blé du printemps, et nous dit qu'il en avait recueilli 40 minots pour chaque acre. Il nous montra aussi de splendides échantillons d'avoine, de graine de lin, de patates, de navets, de choux et autres légumes. |
A sept milles plus loin, dans 11 direction ouest, nous nous trouvâmes dans le village du “ Portage la Prairie,’ qui possède six magasins, un moulin à farine, quatre moulins à scier le bois, et où il y a grand nomtkre d'ouvriers. Nous times visite à MM. Grant et Mackenzie dont les Fermes sont situées à une distance de huit milles environ de “ Portage la Prairie,’ et venant tous deux d'Ontario. M. Grant nous exhiba des échantillons de blé dont le rendement avait été de 30 minots pour chaque acre et de belle avoine. Les patates étaientsaussi fort grosses et de qualité vraiment supérieure, Le blé de M. Macl:enzie lui a donné 32 minots pour chaque acre. Il nous montra, en outre, environ 100 minots d'oignons, mesurant de deux à cinq pouces et demi de diamètre. Les navets étaient également ‘fort gros et trois pesaient 60 livres. 11 nous aflirma avoir recueilli 1,200 mi nots de patates sur une étendue de terrain de prairie de quatre acres et trois
‘quarts. Il nous fit voir de plus, de jeunes pommiers provenant des pepins qu’il avait semés et qui semblaient fort vigoureux. Ce monsieur possède à part cela, un troupeau de quatre-vingt-dix têtes de bétail, parmi lesquels
j'ai remarqué un taureau Durham pur-sang et quelques vaches Durham.
Je suis minutieux dans ces détails, atin que le lecteur puisse se faire une
idée de la richesse du sol. La distance qui sépare la Pointe au Peuplier de la Ferme de M. Mackenzie est d'environ 22 milles en remontant la rivière Assiniboine, le long de laquelle il y a de bonnes lisières de terrains boisés et de nombreux colons, en partie des Métis anglais et des immigrants d'Ontario. De retour à la Pointe au Peuplier, nous continuimes notre route dans la direction est par le chemin principal qui conduit à Win-
‘nipeg et à une distance de 12 milles, nous atteign'mes la Mission St. Paul. A six milles plus loin, nous étions au Lac Pigeon, éloigné d'un mille du Poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson connu sous le nom de ‘“ Poste
du Cheval Blanc,’ et où cette compagnie fait la culture sur une grande: échelle. De fait, il a été recueilli 9,870 minots de grains en 1871 sur deux cent quatre-vingt dix acres de terre. La compagnie possède aussi cinq cents têtes de bétail. A douze milles plus loin, nous arrivions à Ileadingly,. petit village, éloigné de quatre milles du Crique à l’Esturgeon, où ilse trouve un moulin mû par la vapeur et une distillerie. En passant par ‘“ Silver Heights,” où réside l'Hon. Donald A. Smith, gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson, nous arrivimes à l’église St. Paul (Eglise d’Angleterre) et après avoir parcouru une distance de cinq milles, nous étions de nouveau à notre point de départ, Le chemin que nous suiv mes est situé sur le côté nord et le long de la rivière Assiniboine; le sol consiste en excellent terrain de prairie parsemé de toutfes d'arbres tels que l’orme, le bois blanc, le frêne, et le peuplier.
Nous quittâmes de nouveau Winnipeg en prenant une direction nordest pour s'avancer le long de la Rivière Rouge vers le Poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, connu sous le nom de Fort de Pierre, où se trouve une petite garnison. Les établissements sont forts nombreux sur la distance qui sépare Winnipeg du Fort. En ce qui concerne la tempé.rature, je dois faire remarquer qu'il neigea continuellement tandisque nous voyagions dans les Etats du Minnesota et de Dacotah, depuis le 10: novembre jusqu'au ler décembre, lorsque la couche de neige sur les plaines n'avait pas plus de huit pouces d'épaisseur. En arrivant à Manitoba nous constatämes qu'il n'y avait que très peu de neige, et le 17 décembre il n'y en avait pas assez pour recouvrir le sol à Fort Garry. Depuis le 18 jusqu'au 28 novembre, il n'y eut que fort peu de neige à Manitoba et le ler décembre, en laissant Fort Garry pours’en revenir, le temps était superbe et nous voyageñmes en diligence à roues sur un parcours de 140 milles. Nous trouvions plus de neige à mesure que nous avancions au sud, et à St. Paul la couche était épaisse d’un bon pied. Ceci confirme ce que disent les habitants de Manitoba affirmant qu'il n’y a pas là autant de neige que dans 1: Minnesota et le Dacotah. Il semble que plus vous vous avancez dans la direction ouest à Manitoba, moins vous y voyez de neige et que le climat est d'autant plus doux.
ETAT ACTUEL ET DEVELOPPEMENT DE WINNIPEG,, LA CAPITALE DE MANITOBA ET DU NORD-OUEST,
Comme l'on désire généralement connaitre l'angmentation précise de la population durant l'été dernier, on s’est livré à toutes espèces de spéculations basées sur les suppositions les plus variées, Si l’on en juge d’après le commerce et les travaux de construction des bâtisses, il est peu de villes qui puissent se vanter d'avoir progressé plus rapidement, Dans l'automne de 1870, la population était de 300 âmes, tandisque dans l’automne de 1871, elle avait atteint le chiftre de 700, Et dans l'automne de l'année dernière, un dénombrement soigné indiquait que la population était de 1,467 âmes, ce qui fait un accroissement de près de 800 durant l'an dernier, Le nombre d'édifices érigés durant la dernière saison des travaux était de trente-quatre pour les magasins, résidences et entrepôts d’un étage; de trente-trois pour les magasins d’un étaze et demi; de cinquante-six pour les maisons à deux étages; et sans compter un magasin de deux étages et demi, ce qui fait un total de 124 nouvelles constructions, Il y a de plus, une auberge devant compter 100 chambres dont le contrat d'érection a été donné par M. A. M. Brown, tandis qu’il surgit de toutes parts de nombreux magasins et résidences privées. 1k
reste à mentionner le Bureau du Receveur-général, la Maison de Douanes et le Bureau de Poste devant être con:truits par le Gouvernement Fédéral, au prix de $15,000 en moyenne pour chacun de ces édifices,
Les salaires, bien que variant suivant les circonstances et les lieux, peuvent néanmoins être fixés comme suit en moyenne: charpentiers, 83.50 par jour: Briquetiers et maçons, $4.00 par jour; peintres, $3.50, et journaliers, $2.50 par jour. Ces prix plus élevés peut-être que partout ailleurs, ne constituent pas le seul avantage, car un homme sobre et industrieux pourrait, à l'aide de ses économies d’un mois ou deux, s’assurer un lot et une demeure en faisant son premier versement.
Les prix des marchés où l’approvisionnement est irrégulier et incertain peuvent se classer comme suit en autant que nousavons pu les déterrniner: blé, 81.25 par minot ; avoine, 81.00 par minot ; orge, $1.10 par minot ; patates, 62 centins ; oignons, 82.00; carottes, 75 centins ; navets, 50 centins, et betteraves 50 centins par minot. Le foin se vend de #7.00 à $8.00 la tonne ; le beurre, 30 centins la livre ; les œufs, 30 centins la douzaine ; le bœuf, 124 centins la livre; le mouton, même prix; le veau, 20 centins:; le lard, 20 centins ; et le poisson frais, environ 5 centins la livre; on demande pour la pension de 85 à $9 par semaine, bien que nombre de jeunes gens y trouvent leur compte a se nourrir,