‹ Relation d'une mission archéologique en TunisieChapitre 27 sur 29 · DES EXPLORATIONS D'UTIQUE · texte numérisé non relu

DES EXPLORATIONS D'UTIQUE

Avant le dernier siècle, les archéologues ou les curieux, comme on disait alors, ne visitaient pas facilement les côtes septentrionales de l'Afrique. Il y avait d'abord les difficultés du transport que la vapeur a singulièrement simplifiées de nos jours, aussi bien que les dépenses alors très élevées ; et d'ailleurs le goût des recherches et des explorations scientifiques était infiniment moins répandu qu'aujourd'hui. Enfin, le fanatisme musulman opposait des barrières presque insurmontables au zèle des explorateurs.

Il est donc à croire que le docteur anglais Shaw est le premier qui, en 1738, se soit livré aune exploration scientifique d'Utique, et ce savant n'a guère été dépassé par ceux de notre époque. Grâce aux fonctions de chapelain de la factorerie anglaise d'Alger, qu'il a remplies de 1720 à 1732, et à la situation officielle qu'elle lui assurait, il put parcourir cette partie du littoral africain avec des facilités et une sécurité dont personne n'avait joui avant lui, et il put se consacrer à loisir à l'étude des antiquités de la Régence de Tunis dont il releva avec soin les épigraphes, alors existantes, et qui, depuis, ont en grande partie disparu. Toutes ses observations furent consignées dans un précieux ouvrage qui

parut à Oxford, en 1738, sous le titre de : Travels or observations 7'elative to several parts of Barhary and the Levant. Ce livre, aujourd'hui fort rare, obtint les honneurs d'une seconde édition et fut publié en français à La Haye, en 2 volumes in-8°, par l'éditeur Jean Néaulme, sous le titre de : Voyage dam plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant (1743). Il y est joint d'excellentes cartes, dont l'une donne les positions de Garthage et d'Utique et l'ancien cours du Bagrada avec la mer s'avançant jusqu'aux murs d'Utique.

Après le docteur Shaw vint le père Caroni, un Italien qui eut la malechance d'être enlevé par les corsaires et mené esclave à Tunis. Rendu à la liberté, il publia en 1805, à Milan, le récit de sa captivité, sous le titre de : Raggnaglio del viaggio compendioso di un dilettante antiquario, sorpreso daï corsarji condotto in Barbaria^ felicemente ripatriato, in-8'', cartes et planches. Cet ouvrage est aujourd'hui fort recherché. Il se trouve à la Bibliothèque de Florence, où nous l'avons consulté (n" VL,131); il traite des antiquités de la Régence de Tunis, et Utique n'y est pas oubliée.

Le capitaine de vaisseau Falbe, consul général de Danemark à Tunis de 1830 à 1834, entreprit des fouilles à Garthage en 1833 et poussa ses explorations jusqu'à Utique. Il était secondé par sir Grenville Temple, lieutenant-colonel de cavalerie de l'armée anglaise. En 1833, M. Falbe publia un ouvrage sous le titre de -. Recherches sur ï emplacement de Carthage, Paris, imprimerie royale, 1 vol. in-8° avec atlas grand m-/o/?o, aujourd'hui fort rare et recherché.

En 1835, sir (îrenville Temple pubha aussi une relation de ses excursions sur les côtes africaines, sous le titre

^Excursions in the Meditsrranean^ Algiers mid Tunis. Londres, 2 vol. in-8°.

Les fouilles exécutées par M. Falbe donnèrent de si brillants résultats, qu'en 1838 il se fonda à Paris une société au capital de trente mille francs pour la recherche des antiquités de l'Afrique septentrionale, et notamment de l'Algérie ainsi que de la Tunisie. Ce fut le savant Bureau de la Malle qui en eut l'idée. La présidence en fut offerte à M. Falbe et à sir Grenville Temple. Les sociétaires étaient au nombre de dix-huit, parmi lesquels il faut citer le duc de Luynes, le duc d'Harcourt, le duc de Garaman, etc.

La direction confiée à M. Falbe et à sir Grenville Temple était purement honorifique. Ils quittèrent Paris le 17 septembre 1838 et arrivèrent à Bône le 29. La relation de leurs premières découvertes se trouve à la Bibliothèque nationale, sous le titre ^Excursions dans ï Afrique septentrionale, 1838. Les recherches de MM. Falbe et Grenville Temple furent ttès fructueuses et enrichirent considérablement la Bibliothèque nationale et le Louvre, non moins que le musée britannique et celui de Copenhague.

Le comte Camille Borgia visita Utique en 1853, y séjourna longtemps et fouilla surtout la partie de la ville que nous avons appelée l'/Ze, où il s'attacha de préférence au temple de Jupiter. Il aurait certainement rendu de grands services à la science, sans une fièvre dont il emportait les germes et qui l'enleva à son retour en Italie. On regrette que ses manuscrits n'aient pas été publiés, car on sait qu'il avait rédigé la relation de ses recherches à Carthage et à Utique.

Feu M. Beulé, membre de l'Institut, mort ministre de l'intérieur en 1874, succéda d'assez près au comte Borgia,

Le résultat de ses recherches a été consigné dans un mémoire qu'on retrouve dans le Journal des savants (1859- 1860). Presque en même temps que M. Beulé, débarquait à Garthage, en 1860, M. Nathan Davis, chargé par le gouvernement anglais de rechercher des antiquités à Utique, pour en enrichir le Musée britannique. M. N. Davis dressa ses tentes dans la plaine, à peu de distance de la citadelle, il y fut bientôt rejoint par lady Franklin, la veuve de l'illustre navigateur, à laquelle on avait conseillé ce voyage pour tâcher de la distraire des tristes souvenirs de la mort de son mari.

M. Davis eut bientôt à sa disposition 50 marins du navire anglais Harpy et vit ses efforts récompensés par la découverte de plusieurs têtes de marbre blanc, qui furent trouvées dans r//e, au-dessous du temple dont on voit encore les vestiges. Il mit au jour plusieurs belles mosaïques et nombre d'objets intéressants. Il avait même commencé à fouiller la nécropole, mais il ne voulut pas croire les Arabes qui lui avaient indiqué ce champ de sépulture comme devant être très productif. Nous avons été mieux inspirés que M. Davis et les magnifiques résultats que nous avons obtenus dans nos fouilles de la nécropole confirment pleinement le dire des Arabes. M. Davis a pubhé à Londres, en 1861, un excellent ouvrage sur Utique et Garthage, ayant pour titre Cartilage and her remains, grand in-8° avec planches.

Presque en même temps, M. Guerin vint à Utique avec une mission du gouvernement français (1860) et publia en 1862 quelques détails fort intéressants sur cette ville, dans son remarquable ouvrage ayant pour titre : Voyage archéologique dans la régence de Tunis; Paris, Pion; deux gros volumes in-S" avec planches. Ge voyage fut exécuté aux

frais du duc de Luynes, cet illustre et regretté savant auque]^ nos musées sont redevables de tant de richesses, parmi lesquelles on compte deux morceaux uniques, le sarcophage d'Eshmunazar et la tablette chypriote de Dhali.

Enfin, M. Daux, ingénieur de la régence de Tunis, vint s'installer sur les ruines d'Utique en 1865, et, grâce à une étude approfondie du sol, jointe à des fouilles très habilement conduites, il put rétablir le plan de l'antique cité carthaginoise et romaine. Le résultat de ces études a été la publication de ses Recherches sur les emporia phéniciens^ grand in-8°avec planches. Imprimerie impériale, 1869. A ce savant travail, il a joint un article très intéressant dans le Tour du inonde^ numéro 590, 27 avril 1872, dans lequel il donne une vue de la ville d'Utique en l'an 45 de notre ère.

M. de Sainte-Marie, chargé par le gouvernement français d'une mission à Carthage, a fait quelques fouilles à Utique en 1874 et en a rapporté quelques objets intéressants, dont une main en marbre, grandeur naturelle, provenant d'une statue, un beau plat en verre et une lampe chrétienne avec monogramme cruciforme, trouvés dans la nécropole.

Nous terminerons cette énumération des explorations d'Utique en rappelant celle de M. R. Bosworth Smith qui date de 1878 et a été publiée par lui à Londres, sous le titre de Carthage and the Carthayinians, Longmans in-8°.

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