‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 13 sur 32 · Voir l'Appendice \ i · texte numérisé non relu

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3. Doulab est un village de trois cents maisons, à peu de distance des ruines de Rey, sur la route de Téhéran à Firouzkouh. Le chah y possède une maison de plaisance.

4. 7 avril 1 85 1 . Le texte persan, imprimé à Boulaq, porte par erreur la date de 1268. 11 faut lire 1267.

5. Le premier ministre qui, à cette époque, portait les titres de Emiri Kebir, Atabeki

tait se rendre dans sa patrie. Mais il changea d'avis et renonça à son projet. Je dirai plus loin ce qui lui est arrivé dans la suite. Les journées du 6, 7 et 8 du mois de djoumazy second (8, 9 et 10 avril), que je passai à attendre mon compagnon de route, furent employées à réunir mes bagages et à faire mes adieux à mes amis et à mes connaissances.

Hémistiche. — « Le jour succéda à la nuit, la nuit succéda au jour. »

Le soir du vendredi 8 (10 avril), un peu avant le coucher du soleil, Ata Niaz Mahrem, envoyé du khan du Kharezm, fît partir de la ville de Rey, qui est digne d'être la capitale de Djem et de Key, ses bagages et les gens de sa suite. Il se mit en route après eux; ses serviteurs se rendirent avec les bagages au sérail de Doulab où ils s'installèrent; quant à lui, il vint me trouver au jardin de Djinnet, suivi de sept ou huit cavaliers. Je l'accueillis de la façon la plus cordiale et avec tous les égards qui lui étaient dûs. J'avais tout fait préparer à son intention dans le jardin de Rizvan qui est situé à côté de celui de Djinnet. Il s'y transporta, mais j'appris,, après son départ, que ses gens ne s'y étaient point rendus et que, privé de ses bagages, il était embarrassé pour passer la nuit. Je fis immédiatement porter chez lui un lit, des bougies, des lampes, tout ce qui lui était indispensable, et de plus, en fait de mets et de boissons, tout ce qu'on put préparer pour le repas du soir. Le lendemain, j'allai lui faire visite et je fis porter de chez moi tout ce qui était nécessaire pour faire le thé. Il put ainsi me recevoir convenablement et, dans la conversation, nous nous prodiguâmes toutes les marques de sympathie, d'amitié, de cordialité et de bonne entente que nous pouvions désirer l'un et l'autre.

'Azem et Sadri Mouazzhem, était Mirza Taqy Khan Ferâhâny qui encourut peu de temps après la disgrâce du Chah et eut les veines ouvertes à Kachan, le samedi 17 du mois de Rebi oui evvel 1268 (;i janvier i852).

Le samedi, 9 (1 1 avril), tous les préparatifs étant terminés, je le fis prévenir que nous allions nous mettre en route et je lis partir les bagages. Ata Niaz Mahrem vint à mon logis et, après avoir dîné, nous montâmes à cheval. Des mendiants s'étaient, selon l'habitude, rassemblés devant la porte. J'avais fait préparer, pour distribuer en aumônes aux pauvres que je rencontrerais sur ma route, des echrefy de deux mille dinars, des châhy frappés au nom du roi et des pièces de mille dinars '. Tous ceux qui se présentèrent devant moi en eurent une part ; puis, nous conformant aux ordres des ministres du gouvernement éternel, nous prîmes, tout contents et tout joyeux, la route de de Sary, pour nous diriger vers le Kharezm. Nous apprîmes que la rivière de Djadjroud était débordée et que son courant rapide et sa profondeur ne permettaient pas de la traverser à gué. Nous franchîmes le pont, en mettant toute notre confiance en Dieu 2. Nous trouvâmes sur notre chemin une haute montagne dont les sommets et les ravins, les escarpements et les précipices étaient incommensurables; j'en fis la description suivante en vers :

Vers. — « Par les ordres de celui qui est digne de porter la couronne de Key, je partis de Rey et je m'acheminai vers le Mazenderan ; mes compagnons et moi nous montâmes sur des chevaux dont la taille égalait la hauteur d'une montagne. Nous franchîmes de nombreuses montagnes à la cime élevée,

1. L'echrefy a la valeur de deux francs; le châhy celle de dix centimes , et la pièce de mille dinars ou sahib qiran celle d'un franc.

2. Le Djadjroud, Jadjroud ou Jajeroud est une rivière qui coule à l'est de Téhéran; elle descend du Demavend et se transforme, à l'époque de la fonte des neiges, en un torrent impétueux qui charrie des glaçons et du limon. Distribuée dans de nombreux canaux, elle arrose et fertilise la plaine qu'elle traverse. Le Djadjroud ne peut être passé à gué que très-difficilement. A l'endroit où il est coupé par la route de Téhéran à Châhroud, s'élève le village de Djadjroud avec un cararansérail. D'après Qazwiny, le pays traversé par ce cours d'eau s'appelle le territoire de Rey. La rivière renferme beaucoup de qi^il-dleh (truites). Souvent le chah se rend, en hiver, dans cet endroit, pour y chasser la perdrix rouge (kebkj. Ritter, Allgemeine Géographie. Berlin, i838. VIII, p. 448 et 55q.

nous en gravîmes les sommets; passant ensuite par les défilés, nous traversâmes les rivières et les vallées. La première montagne qui s'offrit à nous avait sa base appuyée sur le poisson qui supporte la terre et son sommet touchait à la lune. Quand je descendis de ces hauteurs, une rivière profonde se présenta devant moi. Tantôt nous étions dans les abîmes, tantôt sur les cimes élevées; nous pouvions converser avec le poisson et la lune et leur confier nos secrets. »

Du mont Elbouri nommé aussi montagne de Qâf.

Sur la limite de la province de Rey et du Mazanderan s'élève une montagne qui a reçu le nom d'Elbourz. Les villages et les jardins de Chemiran et les campements d'été de la population de Téhéran sont situés sur le versant de cette montagne l ; elle est très-haute et d'une grande étendue. Elle porte aussi le nom de montagne de Qaren ou de Qâf. La verdure dont elle est constamment couverte lui donne l'apparence d'un bloc d'émeraude. Elle incline dans sa partie centrale du côté méridional du Tabarestan. On assure que cette chaîne de montagnes commence aux monts Qomr dans le Sennar, pays faisant partie du Soudan et situé près de la ligne équatoriale où se trouvent les sources du Nil; du Soudan, elle se dirige vers la haute Egypte, traverse l'Egypte moyenne, puis, non loin du Caire, elle suit la direction de l'Orient pendant l'espace de huit

i. La vallée de Chemiran est située dans l'Elbourz au nord de Veramin. Feth Aly Chah y avait élevé une magnifique maison de plaisance. Chemiran jouit d'une grande réputation pour la pureté de son climat, l'abondance de ses fruits et la grande quantité du gibier de plume que l'on y trouve. Ouseley, Travds in various countries of the East, more particularly Persia. London.1819, page 1 19. Morier, Second journey through Persia. (18 10- 18 16.) London, 1818. page 35 1. — Ritter, Allgemeine Géographie VIII, pages 45i et 55-j.

journées de marche. Elle court ensuite vers le Nord pendant la distance que représente un mois de marche, pour atteindre la grande Arménie, la Caramanie et l'Anatolie. Arrivée au milieu du quatrième climat, elle s'allonge vers l'Orient et passe par le Daghestan, la Géorgie et l' Azerbaïdjan; elle court au nord de Téhéran et traverse le Tabarestan , le Khorassan, le Zaboul, le Caboul et le pays des Siah Pouch. Elle coupe la partie méridionale du pays de Badakhchan et couvre tout le Kachmir et tout le Thibet; franchissant la partie sud des pays de Tengtach , de Khoten et de la Chine , elle passe à l'Orient de l'Hindoustan, du Népal et du Bengale pour aboutir à l'Océan. La longueur de cette chaîne de montagnes est de quinze cents fersengs. A ses pieds, on compte douze mille villes et villages, et, dans chaque contrée, elle porte un nom particulier. Des voyageurs affirment dans leurs récits qu'ils l'ont entendu nommer en soixante-douze dialectes et qu'ils y ont vu plus de deux cents peuples parlant des langues et des idiomes différents; ils ont constaté en outre que ces peuples suivaient près de trois cents religions distinctes.

Pour en revenir à notre voyage, nous nous engageâmes dans cette chaîne de montagnes en sortant de la province de Rey et nous franchîmes sur un pont la rivière de Djadjroud qui est célèbre par le volume de ses eaux et par la rapidité de son courant.

Vers. — « Le pont jeté sur cette rivière profonde ressemblait, dans l'obscurité de la nuit, à la voie lactée. Nos cœurs étaient glacés d'épouvante en franchissant cette rivière; entraversant ce pont on pouvait croire qu'on passait le Sirath et que l'enfer se trouvait au dessous de lui. »

Après avoir parcouru la distance de huit fersengs en montées et en descentes, nous arrivâmes au village d'Oustlik appartenant, au beylerbey Issa Khan Qadjar. Après avoir pris notre repas, nous nous livrâmes au plaisir de la conversation et nous y passâmes la nuit,

Le dimanche 10 (12 avril), nous fûmes sur pied dès l'aube, nous adorâmes le Dieu unique en faisant une prière de deux Rikaat, et, après avoir terminé nos préparatifs,, nous montâmes à cheval et nous jetâmes le dé de la conversation. Nous nous dirigeâmes vers Ainèh Verzan \ La rouille des nuages ternit bientôt le miroir du ciel.

Hémistiche. — « Le nuage du Mazanderan descendit de la montagne » et la pluie commença à tomber: nous nous cou^ vrîmes de manteaux imperméables et nous abritâmes notre tête sous des parapluies de toile cirée, mais ce fut en vain.

Vers. — « Comment pourrait-on, avec des broussailles, arrêter le cours d'un torrent? Chacun de nous fut couvert d'eau et par devant et par derrière. Nos robes, sur notre poitrine, devinrent humides et semblables à de la pâte; nos bonnets, sur nos têtes, ressemblaient à des outres remplies de fromage. Nous avions beau pousser nos chevaux, peine inutile! nous avions beau souffler sur le feu, il ne s'élevait aucune fumée. Chacun de nous disait à son compagnon : « La pluie du Mazanderan n'est pas une pluie, c'est un torrent. » Dans le Kharezm, les eaux de la pluie sont aussi abondantes que celles d'une rivière, et nous n'avions point d'abri où nous pussions nous réfugier. »

Sur notre route, nous rencontrâmes la rivière de Boumehen 2, la vivacité du froid nous faisait trembler comme le

1. Ainèh Verzan est un village assez considérable situé dans une vallée bien arrosée et bien cultivée, au sud de la chaîne de l'Elbourz. On y récolte principalement de l'orge et du froment. (J. Morier, Second Journey through Persia, Armenia, and Asia minor to Constantinople. London, 1818, in-4% page35c).)

M. Eastwick orthographie le nom de ce village « Ainêh Berdjan ». (Journal of a Diplomate's three years' résidence in Persia, London 1864, tome II, page 98). Le nom d'Ainèh Verzan indique qu'il se trouvait jadis dans cette localité une fabrique de miroirs. Riza Qpuly Khan y fait allusion dans la phrase qui suit.

2. Boumehen a, en persan, la signification de tremblement de terre. C'est le nom d'un village assez important, près de Demavend, sur la route de Téhéran à Châhroud ;

sol ébranlé par un tremblement de terre. Les eaux grossies avaient emporté le pont; la rapidité du courant nous inspirait les plus vives appréhensions ; plus ardents que le feu, nous nous élançâmes dans les ondes et nous sortîmes de leurs tourbillons avec plus d'impétuosité que le vent soufflant en rafales. Tantôt nous marchions sur un sol uni, tantôt nous gravissions les sommets des montagnes; nous étions brisés de fatigue à cause de l'abondance de la pluie, du triste état de nos compagnons et de notre marche par des montées et des descentes. Nous arrivâmes enfin au village de Guilared l. Mes compagnons éperdus, exténués, s'y précipitèrent et descendirent de cheval dans des maisons de paysans. Pour leur donner toute satisfaction , je m'accommodai avec les propriétaires de deux maisons. Les paysans de Guilared, en voyant notre train , craignirent de nous mécontenter; ils préparèrent deux ou trois chambres et ils nous accueillirent comme des hôtes désagréables et de peu de considération.

Vers. — « Semblables à des fourmis,, nous nous glissâmes dans les fentes de la maison. On mit dans le tennour du pain pour le cuire, et nous allumâmes du feu avec une grande quantité de bois épineux et de broussailles. Nous ne nous apercevions pas que nous brûlions nous-mêmes. Nos habits et notre barbe étaient couverts d'étincelles sans que notre corps et nos joues en eussent le sentiment. »

Les enfants de la maison nous entourèrent pour nous regar-

il est traversé par une rivière qui descend dans la plaine de Veramin (Rey). Morier écrit le nom du village : Boumyeen. Ritter le rapproche du nom de Bamiyan dans l'Hindou-Kouh. En effet, Morier assista à Demavend, non loin de Boumehen, à une fête célébrée à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Zohak, qui, d'après la tradition des habitants, fut tué sur le mont Demavend par Feridoun (voy. page 16, note 2); or, on trouve un château de Zohak, non loin de Bamiyan dans l'Hindou-Kouh. Ritter, Allg. Geog. i838. VIII, p. 559, 56i.

i. Guilared, Guilard , Jilard, village situé près de la montagne Demavend relevait autrefois de la ville de Demavend. Ritter, VIII, p. 56o.

der; les domestiques se mirent à pousser des cris pour les éloigner : « Ignorants, leur dis-je, ce n'est point le moment d'effrayer les gens et de les injurier, c'est plutôt celui de leur distribuer des dinars et des danek l. » Je plongeai ma main dans ma poche et j'en retirai une poignée de châhy et d'echrefy frappés au coin de Nacir Eddin Chah; j'appelai les enfants et je leur jetai cette monnaie; ils s'en emparèrent en riant et en manifestant leur joie et ils se mirent à me remercier et à faire des vœux pour moi dans le dialecte du Mazanderan. Les parents voyant ce qui était arrivé aux enfants, se réunirent autour de moi, dans l'espoir de recevoir quelques pièces d'or; ils se disaient à part eux : « Ce que l'on tient dans la main est un échantillon de ce que renferme le sac, et ce généreux ambassadeur possède de For et de l'argent. » Nos effets et nos bagages, nos coffres et nos tapis arrivèrent bientôt avec les gens de ma suite. Les habitants de Guilared coururent à leur rencontre. En voyant tous les ballots qui formaient notre bagage ils s'en chargèrent comme des ânes, les déposèrent à terre, et, nous rendant les plus grands honneurs, ils se tinrent debout devant nous pour nous servir. L'un, plus ardent que le feu, alla faire cuire le pain, l'autre, plus rapide que le vent, alla puiser de l'eau : ils se mirent à couper et à scier du bois sec et vert et ils apportèrent du pâturage et du potager un agneau et des légumes. Les préparatifs de notre repas furent faits avec soin et nous pûmes bientôt goûter le repos. En vérité, l'or facilite tout et le désir du gain rend le lion aussi docile que l'âne. Nos vêtements trempés d'eau furent séchés, nos corps ^transis de froid furent réchauffés , nos estomacs vides se remplirent et nos cœurs aigris s'adoucirent. Nous fîmes des vœux pour la durée du bonheur du roi du monde et nous dormîmes paisiblement toute la nuit jusqu'au matin. Le lundi n (i3 avril), le soleil éleva sa tête au-dessus des montagnes de l'Orient et ses rayons enflammèrent le ciel couvert de nuages.

i. Menue monnaie de cuivre.

DE L'AMBASSADE AU KHAREZM l5

Vers. — « Le lendemain, lorsque le soleil, semblable à un bassin doré, brilla sur la coupole azurée, » nous sortîmes de notre chambre étroite pour nous élancer dans la plaine immense. La pluie, versée par les nuages, avait lavé la poussière qui couvrait la verdure; un oiseau gazouillait sur chaque arbre. Après avoir parcouru un ou deux fersengs nous aperçûmes le village d'Ainèh Verzan : à gauche de la route, des jardins, des arbres, des habitations et des rivières s'offraient à notre vue. Ainèh Verzan est bâti sur la pente d'une montagne. A la droite de ce village se trouve une plaine d'une grande étendue. Nous pûmes contempler là une chose singulière. Du sommet de cette montagne aussi élevée que le firmament, tombe une eau courante qui, depuis des siècles, a déchiré le flanc de la montagne de telle sorte que son lit semble creusé par la main des hommes. Le ruisseau s'élargit au pied de la montagne et, après avoir fertilisé les champs et les jardins du village, il se dirige vers la plaine. Les rives de ce cours d'eau sont bordées de saules d'une grande hauteur et qui donnent un ombrage agréable sous lequel peut s'abriter le voyageur exténué. Je me dirigeai, avec mon compagnon de voyage, vers le bord de cette rivière ; nous descendîmes de nos montures et après avoir déjeûné, nous remontâmes à cheval, et, tout en causant et en riant, nous nous dirigeâmes vers le village de Serbendan ' qui fait partie du canton de Demavend et qui est un endroit sans pareil pour la chasse du cerf.

i. Serbendan est le nom d'un village situé dans un district montagneux qui s'étend entre Demavend et Firouzkouh. — W. Ouseley, Travels in various countvies of the East etc. London, 1819, 1821, 1823, tome III, page 324.

Le village de Serbendan est situé sur le bord d'un torrent limpide qui sort de la gorge d'une montagne. — Eastwick, Journal, etc., tome II, page 98.

La montagne de Demavend et la province de ce nom.

Le Demavend est une montagne célèbre qui s'élève à la distance d'une ou deux journées de marche de Rey et à l'orient de cette ville. Originairement on l'appelait Dounya Avend c'est-àdire Zarfl Dounya. En effet, dans l'ancienne langue persane Avend signifie Zarf, c'est-à-dire « qui contient, qui renferme ' ».

La hauteur de cette montagne depuis sa base est,, dit-on., de quatre fersengs. C'est la plus haute des montagnes de l'Iraq et les voyageurs l'aperçoivent de fort loin. Au sommet se trouve un plateau sur lequel brille une lueur qui sort, dit-on, d'un puits ou cratère et que l'on aperçoit à une très-grande distance. Le jour, on voit la fumée s'en échapper. D'après la tradition, le prophète Suleyman a emprisonné le Djinn Sakhrèh dans l'intérieur de cette montagne; d'après une autre version Feridoun y aurait renfermé Zohak \ Sur le sommet est, dit-on, une soufrière d'où pendant la nuit, s'échappent des flammes et, pendant

i. L'étymologie de Dounya avend (qui renferme le monde), donnée par Riza Qouly Khan me semble défectueuse. Demèh et quelquefois Dem signifient, vapeur, fumée, Demavend voudrait donc dire l'endroit qui renferme ou duquel s'élèvent des vapeurs, de la famée. Sa'id ben Aly el Djourdjany, dans son Messalik oui Memalik, donne à cette montagne le nom de Dibavend, dont la signification est « qui renferme les Divs ».

2. Firdoussy raconte en ces termes la victoire de Feridoun. « Feridoun accourut, rapide comme le vent; il prit la massue à tête de bœuf, frappa Zohak sur la tête et brisa son casque. Le Sourouch apparut aussitôt : « Ne frappe pas, dit-il, car son temps n'est « pas venu. Il est brisé, il faut le lier comme une pierre et le porter jusqu'où deux ro-

« chers se resserreront devant toi Porte ce captif jusqu'au mont Demavend, en

« hâte et sans cortège; ne prends avec toi que ceux dont tu ne pourras pas te passer et « qui te seront en aide au temps du danger. » Feridoun rapide comme un coureur emporta Zohak et l'enchaîna sur le mont Demavend; et lorsqu'il l'eut entouré de nouvelles

chaînes par-dessus ses liens, il ne resta plus aucune trace des maux de la fortune

Zohak fut séparé de sa famille et de ses alliés et demeura enchaîné sur le rocher. Feridoun choisit dans la montagne une place étroite, il y découvrit une caverne dont on ne pouvait voir le fond. Il apporta de pesants clous, et les enfonça en évitant de percer le crâne de Zohak; il lui attacha encore les mains au rocher pour qu'il y restât dans une longue agonie. » Le livre des Rois par Aboul Kasim Firdousi , traduit et commenté par J. Mohl. Paris, Imprimerie royale, tome Ier, pages 109-1 1 1-1 1 3,

le jour, de la fumée. La vérité est que cette montagne est un volcan près du sommet duquel se trouve un cratère par lequel le feu intérieur se fraye un passage. A ses pieds s'étend un canton riant et bien cultivé qui porte le même nom de Deraavend. Les pommes qu'on y récolte sont renommées pour leur saveur l.

Nous dépassâmes un peu Serbendan et nous plantâmes nos tentes auprès de Baghi Chah, maison de plaisance construite par Aga Mohammed Khan pour lui servir de résidence pendant la saison de la chasse.

Baghi Chah \

Baghi Chah est un vaste parc avec une maison à deux étages ; une large allée plantée de saules et de peupliers le traverse dans toute son étendue. On trouve au milieu du parc une autre allée plantée en quinconce et bordée d'arbres fruitiers. Ce quinconce a, à peu près, un demi-ferseng de longueur. Tout le parc est entouré d'un mur d'une grande étendue. Les fruits que Ton y récolte sont remarquables par leur douceur et leur bon goût. Ce jardin doit son origine à Aga Mohammed Khan; il venait y passer la nuit après avoir chassé pendant le jour du côté du Dely Tchay 3. Les perdrix rouges, les mouflons, les antilopes

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