Le manuscrit porte : Bolonois
complète et plus exacte que celle qu'on a jusques ici. Et comme cette assemblée dura près de deux ans, j'eus occasion d'y entendre ^ de fois à autre la lecture de plusieurs vies d'empereurs romains décrites dans cette vue par ceux qui en avoient eu la commission : ce qui cependant ne pouvoit qu'être d'un succès assez divers, suivant le différent talent de ceux qui s'en méloient. Cette assemblée vint ensuite à se séparer par les attachements du duc d'Aumont à ses emplois en cour et par les voyages du Roi : en sorte que ce grand dessein est demeuré imparfait, sinon que le président Bignon, qui étoit un des curieux et des assistants à cette assemblée, a pris depuis à tâche de la continuer chez lui ; mais ce qui, après tout, n'aura pas grand suite pour l'accomplissement du dessein susdit et pour l'instruction du public. Au reste, le duc d'Aumont avoit épousé en premières noces la fille du feu chancelier [le] Tellier et sœur du marquis de Louvois, dont il a eu un fils, le marquis de Villequier, qui a la survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre, et deux filles mariées, l'une au marquis de Béringhen, premier écuyer du Roi, l'autre au marquis de Créquy, fils aîné du feu maréchal de Créquy. Il a épousé en secondes noces Mlle de Toucy, fille aînée de la maréchale de la Motte , gouvernante des enfants de France, et qui, malgré la réputation de dévote où elle s'est mise, eut le malheur d'être décriée par le fils susdit du duc son mari du premier lit, comme vivant en commerce scandaleux avec l'archevêque de Reims, frère du marquis de Louvois et d'ailleurs propre
1, Le manuscrit porte : entrer.
oncle maternel dudit marquis de Villequier : ce qui fit assez de bruit à Paris et à la cour, et avec une mortification sensible du duc d'Aumont, père et mari, et beaucoup de ressentiment qu'il en témoigna contre son fils, comme calomniateur de sa belle-mère; et, comme il n'y a que le temps qui efface ces sortes d'impressions, il commençoit à faire cet effet quand il s'est fait un nouveau bruit d'une intrigue à peu près pareille entre le même archevêque et la marquise de Créquy, sa nièce et fille du même duc d'Aumont.
Le duc DE Gesvres est encore premier gentilhomme de la chambre, qui a été de même ci-devant capitaine des gardes du corps et, depuis la mort du duc de Créquy, a eu le gouvernement de Paris et de l'Ile-de- France. Il n'y a rien de particulier à dire de ce seigneur, qui a un mérite fort médiocre, l'humeur brusque et peu de considération à la cour, hors celle que sa charge et son rang lui donne. Son fils aîné, le marquis de Gesvres, a la survivance de la charge de premier gentilhomme, qu'il exerce aussi en l'absence du père; est fort civil et honnête dans les manières, mais du reste fort borné du côté de l'esprit, et en sorte qu'on en fait de bons contes parmi les courtisans.
des capitaines des gardes du corps.
Les capitaines des gardes du corps sont encore des principaux officiers de la cour, et ordinairement du nombre et du rang des seigneurs ou officiers considérables du royaume. Ils sont quatre, au sujet des quatre compagnies dont le régiment des gardes du corps à cheval est composé, servant par quartier, et
suivant immédiatement le Roi partout où il va quand ils sont en service : ce qui leur donne un accès particulier auprès de Sa Majesté, et les occasions^ de s'y insinuer dans ses bonnes grâces, s'ils en savent profiter, ou, au besoin, de servir leurs amis. Ceux qui remplissent aujourd'hui cette charge sont : le duc de Noailles, le maréchal duc de Duras, le maréchal duc de Luxembourg et le maréchal de Lorge. Il y aura lieu d'en dire quelque chose en détail , dans l'article des