‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 121 sur 360 · Gi-dessus, p. 23 et · texte numérisé non relu

Gi-dessus, p. 23 et

DE DANGEAU^ quoique d'un rang assez inférieur à celui de duc et pair, eut permission du Roi d'en traiter avec le duc susdit, et, par là, d'être revêtu de cette belle charge moyennant la somme de 300,000 livres qu'il lui en paya. Ledit marquis l'exerce encore à présent, et doit un si grand établissement, de même que celui de gouverneur de la province de Touraine, qu'il avoit acheté, assez longtemps auparavant, du feu duc de Saint- Aignan, il les doit, dis-je, uniquement à sa bonne fortune au jeu, qui lui donna lieu d'y gagner peu à peu de grandes sommes dès son avènement à la cour, où il étoit venu avec un patrimoine assez médiocre, d'ailleurs avec un esprit vif et hardi, un génie assez heureux et facile pour les vers, avec quoi il sut s'introduire et s'insinuer même insensiblement dans les bonnes grâces du Roi. Il a épousé en secondes noces une jeune comtesse de Levenstein, qui étoit une des filles d'honneur de la Dauphine, et nièce du cardinal de Fùrstenberg. Comme ledit marquis de Dangeau y eut principalement en vue de s'illustrer encore davantage par ce mariage et par les alliances où il entroit par là, puisque d'ailleurs la demoiselle ne lui apportoit point de dot, et qu'en échange il lui fallut constituer un grand douaire, cette même vue susdite pensa presque lui être ruineuse par la vanité qu'il eut, ou à laquelle il consentit, de faire prendre le nom de Sophie de Bavière à son épouse dans le contrat de mariage et dans la proclamation qui s'en fit par le prêtre qui les épousoit

1. Le manuscrit porte : marquis d'Angeau, avec une apostrophe ajoutée par Spanheim lui-même. Cette orthographe irrégulière était adoptée par la grande généralité des contemporains.

dans la chapelle de Versailles. Madame la Dauphine ne l'apprit pas plus tôt, qu'elle en fit éclater un dépit et un ressentiment extrême, et qui ne put être apaisé qu'en rayant ce nom de Bavière du contrat susdit, d'ailleurs par les soumissions du cardinal de Fiirstenberg, auquel on en attribuoit la principale faute, et enfin par les larmes de l'épouse. Elle est d'ailleurs fort aimée du Roi et de Mme de Maintenon, et y a contribué par la bonne conduite qu'elle a tenue depuis son mariage, et par tout l'attachement pour son mari en d'aussi longues et fâcheuses maladies que celles dont il a été atteint depuis, et qui l'ont obligé d'essuyer en premier lieu, et à l'exemple du Roi, la grande opération, comme on l'appelle, et ensuite à être taillé de la pierre, comme il l'a été heureusement.

Voilà à peu près les plus grandes et plus considérables charges de la cour, et ainsi qui y attachent presque ordinairement les princes, seigneurs ou autres personnes illustres qui en sont revêtues.

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