Auquel, dans le manuscrit
contrôleur général des finances, et depuis surintendant des bâtiments et directeur du commerce et de la marine. Aussi n'y avoit-il encore que ces trois ministres d'État dans mes envois passés en France, en 1 666 et 1668, de la part du feu électeur palatin Charles- Louis, et auxquels les ministres étrangers rendissent leurs devoirs, ou qu'ils informassent par occasion des sujets de leurs commissions. Le maréchal duc de Villeroy, en considération de ce qu'il avoit été gouverneur du Roi, et fait d'ailleurs chef du Conseil royal- des finances, fut bien honoré du même titre de ministre d'État, mais cependant sans en faire la fonction, ni être appelé au Conseil du Ministère qu'en des cas extraordinaires. Il n'en fut pas de même du marquis de Louvois, fils de M. le Tellier, qui, ayant eu en survivance et exercé déjà actuellement la charge de son père de secrétaire d'État pour la guerre, par la faveur du Roi et la confiance particulière qu'il avoit commencé d'y prendre, eut aussi dans la suite l'entrée dans le Conseil du Ministère , et ainsi fut adjoint pour quatrième ministre d'État. M. de Lyonne étant mort en 1 671 , il eut pour successeur M. de Pomponne, qui demeura dans ce poste de ministre d'État des affaires étrangères jusque vers la fin de l'an 1679, qu'on prit prétexte de le lui ôter et qu'on le donna à M. Colbert [de] Croissy, frère de M. Colbert susdit.
DES MINISTRES d'ÉTAT DURANT MON DERNIER EMPLOI EN FRANCE.
Tellement que, quand je vins en France de la part de feu Son Altesse Électorale, en avril 1 680, il y avoit alors
ces quatre ministres : M. [le] Tellier, devenu chancelier de France peu d'années auparavant, M. Golbert, le marquis de Louvois et le marquis de Croissy ; c'est-à-dire que ce Conseil du Ministère, et généralement la direction de toutes les affaires du gouvernement de l'État, de la justice, de la guerre, du commerce, des bâtiments, en un mot du dedans et du dehors du royaume, étoit partagée entre deux seules familles nouvelles : d'un côté, le père et le fils, MM. [le] TelHer et [de] Louvois ; et de l'autre, deux frères, MM. Golbert et [de] Croissy. La mort qui survint de M. Colbert en automne 1683, n'y apporta aucun changement, sinon que la charge de directeur en chef des finances, sous le titre de contrôleur général, avec celle de ministre d'État, fut donnée à M. [le] Peletier, parent et ami intime du chancelier [le] Tellier, et à sa seule recommandation , et ainsi par où le parti de M. de Louvois se trouva renforcé : en sorte que, des quatre ministres d'État, il y en avoit trois d'un parti, et le seul M. de Croissy de l'autre. Et comme le chancelier [le] Tellier vint à mourir deux ans après, dans l'automne de l'an 1685, sa charge de ministre d'État ne fut point remplie par celui qui lui succéda dans celle de chanceher : en sorte qu'il n'y eut depuis, jusqu'à mon départ de France, au commencement de l'an passé 1 689 , que trois ministres d'État qui composoient tout ce Conseil du Ministère, assavoir : MM. de Louvois, [de] Croissy et [le] Peletier. Ce n'est que depuis quelques mois en çà que le même poste a été donné au marquis de Seignelay, fils de feu M. Colbert et qui avoit déjà exercé, en survivance du père, les charges de secrétaire d'État et directeur des affaires de la marine. C'est ainsi par où le ministère se trouve
de nouveau partagé entre deux partis égaux en nombre : celui de MM. [de] Louvois et [le] Peletier, son parent et créature du feu chancelier son père, et celui de l'oncle et du neveu, MM. de Croissy et de Seignelay.
DU PETIT NOMBRE DES MINISTRES d'ÉTAT, ET POURQUOI.
Tellement , et ce qui est la dernière réflexion que je ferai en général sur ces ministres d'État, qu'on peut recueillir de ce que dessus que, depuis la mort du cardinal Mazarin et la nouvelle forme que prit le gouvernement, ils n'ont point passé jusques ici le nombre de trois ou de quatre, auquel s'est trouvé et se trouve encore restreint le titre et la charge de ces ministres, et ainsi le poids de tout le gouvernement de l'État, et, ce qui est à remarquer, sans qu'on eût même admis jusques ici audit Conseil, au moins jusques à mon départ de France, ni l'héritier de la couronne, à savoir : le Dauphin, quoiqu'âgé déjà de vingt-huit à vingtneuf ans, ni d'ailleurs le duc d'Orléans, frère unique du Roi, ni aucun des princes du sang ou autres grands seigneurs du royaume et officiers de la couronne ; en quoi on peut juger que le Roi a eu trois ou quatre vues principales : l'une, d'abaisser l'autorité des grands de son royaume, dont quelques-uns lui avoient fait la guerre et suscité de méchantes affaires durant sa minorité ; l'autre, de conserver et de ménager le secret dans la direction des affaires et les délibérations importantes de l'État, qui ne se trouvoient confiées qu'à deux ou trois personnes, ou quatre tout
au plus, d'ailleurs d'une fidélité éprouvée ; la troisième, d'en paroître d'autant plus, et au dedans et au dehors du royaume, le maître des affaires et revêtu de toute l'autorité du gouvernement, en n'y admettant au maniement et à l'expédition des mêmes affaires qu'un si petit nombre de personnes, qui ne tiroient d'ailleurs tout leur éclat et leur considération que des bienfaits, des bonnes grâces et de la confiance de leur roi ; enfin, pour éloigner d'autant plus par là et les apparences et l'effet, je veux dire de retomber sous le pouvoir d'un premier et absolu ministre, comme avoit été le cardinal de Richelieu sous le feu roi son père, et le cardinal Mazarin durant et après sa minorité et jusques à la mort de ce cardinal ; c'està-dire que r amour-propre, les sentiments de la gloire, la défiance, la jalousie, l'esprit de vengeance, d'épargne et de précaution se joignirent ensemble, ou eurent au moins leur part dans cette forme du gouvernement et du ministère qui s'établit, et qui subsiste depuis la mort de ce cardinal, et ainsi il y a près de trente ans.