‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 166 sur 360 · Le lui, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Le lui, dans le manuscrit

PAR ÉZÉCHIEL SPANHEM. 213

fait en acquit de son ministère. Aussi est-il fort régulier à donner de l'audience aux ministres publics, et surtout à n'y manquer point dans les jours de la semaine qu'il y a destinés. Il y garde même, dans l'accueil et dans les manières, toute l'honnêteté et les bienséances requises, à moins que la nature des affaires qu'on a à traiter avec lui, ou quelque autre prévention ne lui fasse prendre quelque travers : ce qui lui arrive assez souvent, par le défaut du tempérament qui le rend sujet à s'emporter aisément et à ne garder pas alors tout le flegme et toute la modération qui seroit requise dans un emploi pareil au sien : à quoi se joint le penchant qu'il a à prendre les affaires avec trop de hauteur et sans ménager assez ce qu'il en dit, ni les personnes avec qui il en parle. C'est ce qui l'a brouillé plus d'une fois avec les ministres de l'Empereur qui se trouvoient à la cour de France depuis son présent emploi, et avec d'autres ministres publics, qui croy oient avoir lieu de s'en formaliser. Et en etfet c'est cette même conduite qui le rend difficile à traiter d'affaires qu'il ne croit pas conformes au gré de son roi et aux intérêts de son royaume, et ainsi plus propre à conférer avec des ministres des amis et alliés de la France, et sur des vues communes et agréables à celle-ci, que d'en avoir* avec eux à débattre d'autre nature, ou d'ailleurs à négocier avec des ministres de puissances ennemies ou suspectes à cette couronne. Il est vrai qu'il revient assez aisément de ses emportements, et s'en rend après plus traitable pour peu qu'on ait soin de s'en prévaloir. Il ne manque pas même de docilité, pour ainsi dire, à donner

l.Ce verbe a été ajouté par Spanheim en interligne.

lieu aux informations qui peuvent servir à le désabuser ou à le mieux instruire des choses ou des faits dont on a à lui parler, et ainsi à n'être pas toujours entêté de ses premiers sentiments. Il se laisse aller quelquefois à les découvrir trop facilement là où il y auroit lieu à les ménager davantage, et par conséquent où il n'apporte pas toujours toute la circonspection que requerroit le poste où il se trouve. Son application d'ailleurs pour les affaires ne laisse pas d'être assez grande pour y satisfaire aux obligations de ce même poste, et principalement à tout ce qu'il croit important pour le service du Roi et le bien de l'État. Après tout, elle pourroit être ou plus réfléchie sur le détail de ce qui y est requis, et à s'en décharger ^ moins sur les commis dont il se sert pour l'expédition des affaires de sa charge. D'ailleurs, il n'est pas assez maître de son département, ni assez autorisé auprès du Roi ou dans le Conseil, pour soutenir aux occasions et faire réussir au besoin ce qui en dépend et ce qu'il en juge. La concurrence ou les obstacles qu'il y trouve de fois à autres du côté de M. de Louvois ne peuvent^ que lui faire de la peine, dont il ne peut même pas se cacher dans les rencontres, et ainsi être un contre-temps fâcheux pour les affaires qu'on n'a cependant à traiter qu'avec lui seul. Il s'y joint encore de ses indispositions de goutte, qui se rendent plus fréquentes et plus fâcheuses, et qui ne peuvent que contribuer à redoubler ou entretenir son chagrin. Il a d'ailleurs ce malheur particulier de passer

1. Sic, dans le manuscrit. Le sens est que M. de Groissy pourrait donner une application plus réfléchie au détail des affaires, et s'en décharger moins sur les commis.

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