‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 216 sur 360 · DE QUELQUES AUTRES PRÉLATS FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DE QUELQUES AUTRES PRÉLATS FRANÇOIS

DE l'archevêque DE REIMS.

Après ces cardinaux françois et l'archevêque de Paris, dont j'ai assez parlé, le prélat le plus considérable à la cour et en passe, suivant les avis de France, d'avoir aussi le chapeau de cardinal à la nomination du roi Jacques, est l'archevêque de Reims, en cette

qualité premier duc et pair de France, et d'ailleurs maître de la chapelle du Roi. Il est fils, comme on sait, du feu chancelier [le] Tellier et frère de M. de Louvois. Cet avantage de sa naissance est aussi sans doute celui qui a le plus de part à son élévation ; au moins on ne l'attribueroit pas aisément aux préjugés qu'on peut tirer d'un extérieur peu capable de prévenir en sa faveur. Il est véritablement grand de taille, et avec tout l'embonpoint d'un homme bien nourri, mais d'ailleurs avec un air rude, grossier, et des manières qui y ont beaucoup de rapport. Cependant, comme la considération et les services du père ne purent que procurer de bonne heure des bénéfices considérables à ce second fils, destiné aux emplois de l'Église, il n'épargna rien aussi pour le faire instruire dans les connoissances qui y étoient requises. Ce fils ne s'y rendit pas mal habile, et étudia par degrés jusques à être promu docteur en théologie de la Sorbonne. La faveur et les postes du père et du frère ne purent d'ailleurs que concourir à en procurer de plus avantageux à celui-ci que la qualité qu'il portoit d'abbé le Tellier, et ainsi à le faire déclarer coadjuteur de l'archevêque de Reims, un des premiers et plus considérables bénéfices de France par les revenus, par le droit de sacrer les rois et par le rang qu'il donne de premier duc et pair de France. Il en remplit aussi le poste dès la mort de l'archevêque, mais en ne laissant pas de rester plus en cour que de résider en son diocèse.

DE SA CONDUITE A l'ÉGARD DES JANSÉNISTES ET DU PAPE. La faveur de l'archevêque de Paris, dont le carac-

PAR ÉZÉCHIEL SPÂNHEIM. 271

tère étoit assez différent du sien et pour le tour d'esprit et pour les manières, comme on peut assez juger de ce que j'en ai dit ci-dessus S et qui s'étoit appuyé du crédit des Jésuites, ne put que donner du penchant à l'archevêque de Reims pour le parti de leurs ennemis les Jansénistes, et le porter à garder quelques ménagements avec eux, sans oser cependant se rendre ouvertement leur protecteur. L'affaire de la régale étant venue ensuite sur le tapis, les démêlés accrus là-dessus entre ^ le défunt pape et la cour de France, et qui avoient le même archevêque de Paris en tête^, il tâcha, dans les assemblées du clergé qui s'en tinrent à Paris, et depuis, d'y chercher des tempéraments qui, sans offenser la cour, pussent choquer moins celle de Rome, ou même y être reçus, et s'en faire un mérite auprès du pape. Mais, comme tout cela n'eut point d'effet par l'inflexibilité et la prévention du pape dans le droit et dans le fait en question, et d'ailleurs par les décisions qui survinrent de la députation du clergé de France dans l'affaire des quatre propositions contre l'infaillibilité et le pouvoir des papes, et à quoi l'archevêque de Reims, qui y avoit assisté, n'avoit pu que se conformer, joint au différend qui arriva encore entre les deux cours pour la fi'anchise des quartiers, il se vit par là hors de toutes les mesures de garder, pour ses vues particulières et en haine de l'archevêque de Paris, quelque ménagement avec le défunt pape.

Page 1