Le besoins, dans le manuscrit
I. Les constitutions de rente qui se font par ordre et pour compte du Roi sur les rentes de l'hôtel de ville de Paris, et dont on s'avisa aussi d'en faire dès l'entreprise du siège dernier de Philipsbourg, en automne 1 688, par l'emprunt de dix millions de livres. On n'a pas manqué depuis, et suivant le besoin, dépasser à un plus grand emprunt, et pour lequel on a trouvé jusques ici les fonds dans les bourses des particuliers de Paris, qui prenoient ces occasions de tirer bon intérêt de l'argent qu'ils ont dans leurs coffres.
II. La création de nouveaux offices et les deniers qui se tirent de ceux qui en sont pourvus. C'est encore un des moyens dont on ne manque presque jamais en France de se servir dans les besoins extraordinaires de l'État , et ce qui aussi y a donné lieu à la vénalité des charges. Aussi vient-on déjà de le mettre en pratique par la création de plusieurs officiers, comme de nouveaux intendants des finances, d'un premier président et autres présidents au Grand Conseil, et pareils, et dont on ne pourra que tirer des sommes très considérables, de même que de celles qu'on demande à tous les officiers du Châtelet de Paris, avec menace autrement d'en diminuer la juridiction et par là l'autorité et les revenus de la charge. On peut y ajouter la création qu'on vient de faire d'un certain nombre de conducteurs de barques à Paris, avec des privilèges qui y sont attachés, et moyennant les droits qui en reviendront au Roi.
III. Le don gratuit que les grandes et bonnes villes du royaume font au Roi en de pareils besoins, et comme aussi les villes de Paris, Lyon, viennent déjà de le pratiquer.
IV. Le don gratuit du clergé de France, que le Roi a coutume de lui faire demander à proportion des besoins qui y donnent lieu , et aussi lequel don , vu les biens immenses qui sont possédés par ledit clergé, monte ordinairement à plusieurs millions de livres. Les derniers dons gratuits de cette nature ont été de cinq à six millions, et, comme le clergé de France doit bientôt être assemblé pour y pourvoir, il ne faut pas douter qu'on n'en prétende et exige du côté de la cour un don beaucoup plus fort et proportionné aux conjonctures du besoin présent du Roi et de l'État. Aussi vient-on déjà d'apprendre que, du côté de la cour, on prétend que ce don de l'assemblée du clergé ira à onze ou douze millions de livres.
V. Le rehaussement du prix des monnoies ou des espèces d'or et d'argent qui ont cours en France, et la fabrique de nouvelles espèces de cette sorte sur ce nouveau pied, en place des vieilles : ce qu'on vient aussi d'y pratiquer par ordre du Roi, et dont on ne pourra que tirer des sommes immenses.
VI. De même l'argenterie du Roi, de la maison royale, celle des particuliers à Paris et du superflu des églises, qui a été ou doit être portée par ordre du Roi à la Monnoie , pour la fondre et en faire de l'argent monnoyé : ce qui, au cas qu'il s'exécute ou ait été exécuté suivant l'ordre qui en ait été donné, ne peut encore que produire des sommes immenses, et pour donner lieu au Roi de s'en pouvoir servir dans le besoin.
VII. Des impôts extraordinaires qu'on a déjà commencé de mettre, suivant les avis publics de Paris, sur diverses denrées, comme sur le bois, en accordant
aux vendeurs de bois, à Paris, de prendre cinq sols de plus par chaque voie de bois , comme on parle en France : moyennant quoi ils s'engagent de payer comptant au Roi quatorze cent mille livres. Item, sur les chapeaux, savoir : avec obligation aux chapeliers de payer au Roi dix sols pour vente de chaque chapeau de castor, cinq sols pour autres chapeaux de moindre prix, et deux sols et demi pour les communs, ce qui ne pourra encore que faire une somme considérable, vu les grandes manufactures et le débit de cette marchandise qu'on fait à Paris, et qui se transporte par tout le royaume et dans les pays étrangers, lorsque le commerce n'y est pas défendu. On parle aussi d'augmenter l'impôt qu'il y a déjà sur le papier timbré : ce qui^ ne pourra qu'augmenter considérablement la ferme qui s'en paye au Roi.
VIII. On peut mettre aussi en compte les facilités ou les secours extraordinaires que le Roi ne peut que tirer en temps de guerre de la promptitude de la noblesse françoise et autres particuliers à lever des compagnies et des régiments sans qu'il en coûte presque rien, ou fort peu, au Roi, et dans la seule vue de lui faire valoir leur zèle et leur courage , et de se pousser par là aux emplois militaires. On ne voit guère jusqu'ici que cela se pratique ailleurs, et moins avec un pareil concours ou empressement qu'on l'a vu en France jusqu'ici.
IX. EnJSn, on peut ajouter ici, en dernier lieu, le retranchement des dépenses superflues en luxe, en fêtes, en bâtiments, en tables, en équipage, en pen-